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Valentin Bouda, DG de la promotion de l’entrepreneuriat féminin: «La stratégie nationale a un coût de plus de 51 milliards de F CFA…»

En sa séance du jeudi 25 juin 2015, le conseil des ministres a adopté un décret portant adoption de la Stratégie nationale de la promotion de l’entrepreneuriat féminin (SNPEF) pour la période 2016- 2025. A six mois du démarrage de la première phase, nous avons rencontré le directeur général de la promotion de l’entrepreneuriat féminin, Valentin Bouda pour parler des missions de sa structure et les principaux axes de la mise en œuvre de la SNPEF.

Sidwaya (S.) : Pourquoi une direction générale de la promotion de l’entrepreneuriat
féminin ?

Valentin Bouda (V.B) : La direction générale de la promotion de l’entrepreneuriat féminin a été créée par décret 856 adopté en 2013 portant organisation du ministère de la Promotion de la femme. L’érection de cette direction est l’une des recommandations du forum national des femmes du 8-Mars 2014 qui s’est tenue à Banfora.

S. : Depuis quand êtes-vous à la tête de cette direction ?

V.B. : J’ai d’abord été nommé, le 7 janvier 2015 comme directeur de l’autonomisation économique des femmes. C’est une direction technique de la direction générale de la promotion de l’entrepreneuriat féminin. Et le 13 mars, j’ai été nommé directeur général de la promotion de l’entrepreneuriat féminin.

S. : Quels sont les missions et les attributs de cette direction?

V.B : La direction générale de l’entreprenariat féminin a principalement pour missions de renforcer, de valoriser et de rendre plus visibles les contributions des femmes à la croissance économique et au développement durable du Burkina. Il s’agit d’accompagner les femmes pour la création et la gestion entreprises artisanales et modernes. Appuyer les femmes du secteur informel à formaliser leurs entreprises, œuvrer à l’autonomisation socio-économique des femmes et des jeunes filles. Globalement, il s’agit d’œuvrer à ce que les femmes aient accès aux moyens de productions et créer des conditions favorables pour l’emploi et l’auto-emploi.

S. : Qu’entend-on par entrepreneuriat féminin ?

V.B : La notion d’entrepreneuriat est très complexe et on ne saurait lui donner une définition précise. Il s’agit d’une notion qui se rattache au contexte et diffère d’un pays à l’autre. Par exemple, la définition de l’entrepreneuriat féminin ne saurait être la même au Japon, ni en Amérique encore moins en Afrique. Toutefois, à travers la lecture de quelques théories, il y a des définitions qui se dégagent. Ainsi, de façon théorique, selon Samuel B et al (2009) «l’entrepreneuriat est le fait de combiner des ressources, de la main-d’œuvre, de la matière et d’autres actifs afin d’accroître la valeur». Quant à Y. Gassé, il serait «l’appropriation et la gestion des ressources humaines, matérielles et financières dans le but de créer, de développer et d’implanter des solutions permettant de répondre aux besoins des individus». Dans le contexte du Burkina, la notion d’entrepreneuriat regroupe donc les activités à but lucratif ayant un impact considérable en termes de création d’emplois et qui contribuent significativement à la croissance économique. Cela laisse transparaître plusieurs dimensions de l’entrepreneuriat, notamment de la personne qui entreprend et l’environnement au sein duquel elle exerce. De tout ce qui précède, l’entrepreneuriat féminin au Burkina Faso pourrait être analysé sous l’angle micro, méso et macro, parce que, initialement, le ministère en charge de la promotion de la femme était axé sur les Activités génératrices de revenus (AGR) des femmes. Mais avec l’adoption de la stratégie nationale de la promotion de l’entrepreneuriat féminin, on a essayé d’aller un peu plus loin. C’est -à-dire, au lieu d’appuyer les femmes à 100 000 F CFA, il faut plutôt cibler les grosses entreprises de femmes et les accompagner de façon substantielle avec une subvention de près d’un milliard de F CFA à celles qui peuvent employer plus de 500 femmes.
Le niveau micro correspond aux activités individuelles ou coopératives menées par les femmes qui ne font pas appel à beaucoup de moyens et communément appelées activités génératrices de revenus. C’est le début de la démarche d’entreprendre par les femmes. Une étape qui leur permet d’acquérir ou d’apprécier leurs capacités à évoluer dans un environnement règlementé. Pour la plupart, elles évoluent dans l’informel et mènent des activités de subsistance. Au niveau méso, les activités sont menées sous forme de petites et moyennes entreprises ou industries (PME /PMI) ou d’entreprises coopératives. Cette catégorie bénéficie de protection parce qu’évoluant dans un cadre formel. Quant au niveau macro, il se réfère au contrôle et à l’influence du monde des affaires ainsi qu’à la contribution des variables de croissance notamment la création d’emploi, la production, les taxes et impôts. Mais, traditionnellement, le ministère est là pour accompagner les femmes. Et on ne peut pas ignorer cet appui des AGR pour aller directement sur les grosses entreprises, car cela va poser un problème.

S. : Est-ce qu’il y a un fonds alloué à la promotion de ce secteur ?

V.B : Oui, il y a des fonds et initialement, on avait prévu des plages pour chaque catégorie. Mais à un moment donné, on s’est rendu compte, qu’il y a des difficultés pour établir les frontières entre les différents types d’activités. Par exemple, au lieu de fixer 100 000 F CFA pour les activités génératrices de revenus, on a essayé de définir et de répertorier les activités qui vont concourir dans telle ou telle autre catégorie.

S. : Le gouvernement vient d’adopter en conseil des ministres du 25 juin 2015 la Stratégie nationale de la promotion de l’entrepreneuriat féminin(SNPEF), pour la période 2016- 2025. A quoi répond cette politique ?

V.B : En tant que document de cadrage et d’orientation, en matière d’autonomisation économique de la femme, la SNPEF tire ses fondements des engagements de notre pays au niveau national et international. Pour une durée de dix ans, elle est axée sur la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) et tire son fondement de l’Etude nationale prospective (ENP) Burkina 2025. Au départ, nous avons voulu deux plans quinquennaux de 2015- 2020 et 2020-2025, mais, suite aux recommandations de la Commission nationale de planification du développement (CNPD), de la session du 25 mai dernier, le plan d’actions a été redéfini sur une période triennale glissante dont la première année est de 2016- 2018. Avec ce procédé, les activités non exécutées de la première phase sont reprogrammées dans la suivante et ainsi de suite. L’un des avantages de ce plan est qu’il rime avec les différents outils de planification au niveau national. L’objectif général est de contribuer à l’autonomisation économique de la femme. Il s’agit, entre autres, d’améliorer le cadre institutionnel et juridique pour l’entrepreneuriat féminin, l’accès et le contrôle des femmes et des filles aux moyens de productions, favoriser l’écoulement des produits des femmes et des filles et le renforcement des capacités techniques des femmes et filles entrepreneures…

S. : Quel est le montant global affecté à cette stratégie?

V.B : La SNPEF a un coût global de 51 923 588 000 F CFA pour le premier plan triennal. Il s’agit d’un montant théorique qui sera financé par le budget de l’Etat et l’ensemble des partenaires au développement du Burkina Faso. C’est le même montant qui avait été évalué pour les plans quinquennaux.

S. : Comment se fera la répartition de ces milliards de F CFA?

V.B : Pour le moment, rien n’a été arrêté. Mais au cours de cette semaine (la semaine du 29 juin), nos partenaires au développement vont lancer une étude diagnostique, de faisabilité pour la mise en place d’un fonds d’appui à l’entrepreneuriat féminin. Ainsi, à travers cette étude, ils vont déceler les forces et les faiblesses des fonds déjà existants. Parce que leur souhait est la pérennisation de ce fonds qui va cibler les besoins réels des femmes. A l’issue donc de cette étude, nous allons élaborer un document de planification qui va déterminer les mécanismes de financement, les conditions d’éligibilité, les critères de sélection et les montants alloués à chaque type d’entrepreneuriat avant de lancer les appels à projets.

S. : En attendant les résultats de l’étude de faisabilité, est-ce qu’il est prévu des mécanismes de suivi et des garanties pour le remboursement des fonds ?

V.B : Sans abandonner les AGR, nous voulons cibler les entreprises structurées parce que nous avons un sérieux problème de récupération des fonds. Vu les difficultés de récupération des financements avec les fonds antérieurs, cette fois nous allons mettre en place un mécanisme de suivi et d’encadrement. Avec ce fonds, nous allons signer des cahiers de charges avec les différentes bénéficiaires avec des suivis-évaluations trimestriels, semestriels et annuels avec des rapports détaillés au niveau de chaque entreprise. Il est prévu également des sanctions en cas de non remboursement et nous prendrons des garanties solides. Sur ce point, l’accès au financement est déjà conditionné par des garanties. Parce que ces garanties constituent un facteur important limitant l’accès des femmes au financement . Et si une femme arrive à avoir une entreprise avec un capital de 50 ou 100 millions, elle doit quand même à avoir une garantie, ne serait-ce que le terrain. Si vous prenez un crédit avec des avals ou en hypothéquant par exemple votre bien immobilier, vous allez faire l’effort de rembourser pour éviter la saisie du bien. Sinon cela ne sert pas de mettre plus de 50 milliards F CFA pour trois ans, sans pouvoir les renouveler.

Mariam OUEDRAOGO
mesmira14@gmail.com
sidwaya.bf

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