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Union des pêcheurs du Yatenga : Une mésentente sur fond de rivalités

Le climat n’est plus à la sérénité entre les acteurs de la pêche à Ouahigouya. Une mésentente sur fond de rivalités oppose les membres des groupements Nebnooma et Wendwaoga réunis au sein de l’Union provinciale des pêcheurs du Yatenga.

Le navire des pêcheurs de la commune de Ouahigouya qui tangue depuis plus de trois ans, risque de chavirer si rien n’est fait. En effet, un bras de fer oppose de façon sournoise deux groupements de pêcheurs qui, pourtant, sont tous membres de l’Union provinciale des pêcheurs du Yatenga (UPP/Y). Il s’agit du groupement Nebnooma, dirigé par Hamadé Ouédraogo et de celui piloté par Mamadou Naciré, baptisé Wendwaoga. A l’origine de ce désamour, la rareté des ressources halieutiques doublée d’une crise de jalousie, selon certaines langues. Au mois d’octobre 2014, l’ex-ministre des Ressources animales, Jérémy Tinga Ouédraogo, accompagné des pêcheurs de la localité, est allé aleviner le barrage de Lougri, à une quinzaine de kilomètres à l’Est de Ouahigouya. La consigne était que personne ne devrait pratiquer la pêche dans le bassin d’eau, avant six mois. Depuis lors, les services de l’Environnement, auxquels la protection des espèces piscicoles du barrage a été confiée, ont créé une police de pêche qui veille au grain. Parallèlement, le groupement Nebnooma crée aussi sa « police » en vue de renforcer, selon lui, l’action des forestiers. Toutefois, la pêche pouvait se poursuivre du côté des barrages du secteur n°4 ou «barrage Kanazoé» et de Goinré, à la périphérie Nord de Ouahigouya. Au mois de mars 2015, le barrage Kanazoé est à sec et les pêcheurs se sont rabattus sur celui de Goinré. La survie de la pêche prend un sérieux coup, surtout avec l’assèchement des points d’eau. Dorénavant, les acteurs ont les yeux rivés sur la retenue d’eau de Lougri, leur seul espoir pour engranger quelques kilogrammes de poisson. Mais au mois de mai 2015, soit plus de six mois après l’empoissonnement, aucun signe d’ouverture du barrage à la pêche ne vient du côté des services de l’environnement. L’attente se fait lassante et le doute commence à s’installer au sein des pêcheurs. Au même moment, l’un des membres du groupement Wendwaoga, en la personne de Bamoin Naciré, frère cadet de Mamadou Naciré, est appréhendé avec un filet dans les eaux du barrage de Lougri avant que l’autorisation ne soit donnée. Il est vite maîtrisé par les éléments du groupement Nebnooma qui étaient en embuscade. N’eut été l’intervention des bonnes volontés, le pire aurait pu se produire puisque les protagonistes avaient commencé à bander les muscles. «Quand ils (Ndlr : ceux en embuscade) sont arrivés, ils ont voulu s’en prendre à moi et des gens se sont interposés », relate le mis en cause, Bamoin Naciré.

Les forestiers pointés du doigt

« Nous l’avons saisi avec un filet non autorisé. Quand nous avons signalé aux services de l’Environnement de Ouahigouya, ils ont fait venir un forestier de Namissiguima pour l’arrêter. Mais dès le lendemain, on l’a vu se pavaner encore au barrage Kanazoé avec le même filet.

Hamadé OuédraogoNous estimons qu’il n’a pas été sanctionné », déplore le président du groupement Nebnooma, Hamadé Ouédraogo, par ailleurs président de l’UPP/Y. A ces récriminations, le chef de service départemental de l’Environnement et des Ressources halieutiques de Ouahigouya, David Yaméogo, répond : « Ce sont les forestiers qui constituent la police de pêche et non les pêcheurs eux-mêmes. Il n’y a pas de preuves tangibles qui indiquent que le monsieur était en train de pêcher, car ce sont eux qui l’ont arrêté ». Pour lui, tant que l’intéressé n’est pas pris en flagrant délit de pêche par les forestiers, il est difficile de le sanctionner. C’est la raison de la relaxe pure et simple de Bamoin Naciré et la restitution de son matériel saisi. Dès lors, le clan de Hamadé Ouédraogo s’est dit lésé. Il entreprend alors des démarches auprès des agents des eaux et forêts en vue de l’obtention d’un quitus pour l’accès au barrage aleviné. Car, estime-t-il, les pêcheurs doivent être traités avec équité. Des multiples rencontres avec les forestiers, il ressort que le moment n’était pas propice à l’ouverture du barrage à la pêche. « Quand les pêcheurs m’ont saisi, je leur ai dit que la décision ne vient pas de moi seul, car Lougri est un complexe appartenant à plusieurs villages (Oula, Namissiguima et Ouahigouya). Il fallait également faire une étude technique pour voir si les résultats attendus de l’empoissonnement sont atteints et toucher aussi le partenaire qu’est True Gold », confie M. Yaméogo. Et d’indiquer qu’une visite du barrage le 7 mai 2015 par les techniciens a révélé une insuffisance de résultats due au manque de pluie. « Nous avons expliqué aux pêcheurs qu’il faut attendre la prochaine pluie mais beaucoup n’étaient pas d’accord. Alors que si on fait la pêche maintenant, il n’y aura même plus d’alevins pour la prochaine campagne », prévient l’assistant des eaux et forêts, David Yaméogo. Mais le camp d’en face n’entend pas cela de cette oreille, criant ainsi au favoritisme des forestiers. L’incompréhension s’installe et la tension monte d’un cran.
« On nous fait tourner en rond alors que d’autres vont pêcher en toute impunité. C’est cette discrimination qui nous frustre», s’insurge Hamadé Ouédraogo. Du côté du groupement Wendwaoga, la balle est saisie au rebond par son président qui rejette en bloc toutes les allégations. « Nous n’avons l’aide d’aucun agent. C’est plutôt eux (ceux de Nebnooma) qui ont le soutien des forestiers. Car ils ont détruit à maintes reprises nos filets et nous avons alerté les forestiers en vain », se défend le président Naciré.
« Non ! Nous n’aidons aucun groupe », rétorque l’agent Yaméogo. Et le Directeur régional (DR) en charge de l’Environnement du Nord, Ousséni Bayiré, de renchérir :
« Nous n’avons aucun intérêt à travailler avec un camp contre un autre ». Exacerbés, les éléments de Hamadé Ouédraogo haussent le ton et se disent prêts à violer les clauses, advienne que pourra. Ils sont vite dissuadés par leur patron qui préconise le dialogue avec les forestiers. Le lundi 25 mai, les frondeurs sont de nouveau reçus par les spécialistes de l’environnement. Croyant que l’autorisation allait leur être accordée ce jour, ils seront encore désenchantés du fait de la position invariable de leurs vis-à-vis.

Une chicane vieille de 3 ans

Impuissants face à la fermeté des forestiers, ils se résolvent eux-aussi à braver contre vents et marrées la police de pêche. Ils tirent également à boulets rouges sur les membres du groupement Wendwaoga et en particulier sur Bamoin Naciré. Un veto est même brandi contre ce dernier. « Au cas où l’autorisation est accordée, nous ne voulons pas le voir au barrage », fulmine Hamadé Ouédraogo. « Même si je suis en faute, ce n’est pas à eux de m’interdire, dans les normes, l’accès au barrage mais plutôt aux forestiers », rétorque l’« indésirable». Il soutient pour sa part qu’il a obtenu l’autorisation auprès du délégué de Lougri dans l’intention d’apprendre la pêche aux jeunes du village. Les deux parties se regardent désormais en chiens de faïence. Pendant que la polémique reste vive à Ouahigouya, d’autres individus anonymes étaient en train de pêcher allègrement à Lougri, au grand dam de la police de pêche. Un tour que nous avons effectué au barrage ensemencé le 26 mai nous a permis de détecter deux personnes en activité illégale. Elles avouent ne pas savoir que la pêche y est pour l’instant interdite.
A en croire les forestiers, ce clash, vieux de trois ans, entre les deux associations serait dû à une crise de jalousie par rapport aux prises du poisson.
« Pendant que certains pêchent des tonnes de poisson, d’autres n’ont que quelques kilogrammes. C’est ce qui engendre les conflits entre eux », explique l’agent Yaméogo. A ce qu’il dit, M. Naciré et ses éléments qui sont des Maliens naturalisés Burkinabè, sont aguerris en techniques de pêche et possèdent le matériel nécessaire.

Naciré« Nous utilisons du matériel de valeur pouvant atteindre 300 mille francs CFA. C’est pourquoi, les autres pêcheurs sont jaloux de nous », se convainc Mamadou Naciré. A l’entendre, cette émulation malsaine se matérialise par des destructions clandestines de leurs outils de travail, des agressions verbales et même physiques. « Actuellement, nos concurrents nous empêchent de travailler. Ils ont interdit nos parents maliens qui sont pourtant détenteurs de permis de pêche d’exercer. Celui qu’on déteste le plus, c’est mon petit frère Bamoin alors qu’il est Burkinabè comme moi », peste M. Naciré. En réplique, Hamadé Ouédraogo dit ne pas se reconnaître dans ces accusations. La question de nationalité, les forestiers ne veulent pas en entendre parler. Pour l’agent Yaméogo, c’est plutôt une question de technique de pêche et de matériel car les pêcheurs sont catégorisés en petits et en gros exploitants. Mais M. Naciré reste persuadé que cette «haine« à leur égard a un lien plus ou moins avéré avec leur origine «étrangère«. « Tous ceux qui étaient venus du Mali pour nous aider ont été obligés d’aller vers d’autres destinations laissant leurs permis de pêche qu’ils ont acquis à 35 000 FCFA l’unité », indique-t-il, l’air dépité. Son souhait est que les forestiers prennent à bras-le-corps le problème afin de trouver une solution définitive. Du côté des services de l’environnement, on dit s’activer pour la réconciliation des deux parties. Jusqu’au mois d’août 2015, le barrage querellé n’est toujours pas officiellement ouvert aux pêcheurs. Cette situation, à en croire le DR Bayiré, est due au fait que la période coïncide avec la fermeture de la pêche sur toute l’étendue du territoire.

Mady KABRE
dykabre@yahoo.fr
sidwaya.bf

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Les déboires de Mamadou Naciré

Venue du Mali, la famille Naciré s’est installée à Ouahigouya il y a près d’un demi-siècle (48 ans). Ses membres se sont tous naturalisés burkinabè. Du côté social, ils disent être bien intégrés mais leur profession les oppose à leurs concurrents. « On nous empêche de travailler alors que nous sommes des Burkinabè et avons des permis de pêche «A». J’ai fait des mois sans aller dans un barrage, de peur d’être agressé. Je suis déçu. J’ai envie de partir mais je suis né ici, j’ai grandi ici, j’ai tout ici. Au Mali, je suis un étranger car je ne connais personne là-bas », s’indigne l’aîné de la famille, Mamadou Naciré. Et pourtant, reconnaît-il, « nous nous côtoyons lors des événements sociaux comme si de rien n’était ».

M.K.

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