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Terrorisme-Investissements privés : « La théorie qui veut qu’à cause de l’insécurité l’on ferme tout ce qui est investissement ne va pas tenir longtemps » dixit Mahamoudou Sawadogo, Expert en sécurité

Le Burkina Faso ainsi que d’autres pays du Sahel, font l’objet d’attaques récurrentes qui endeuillent les communautés provoquant des déplacés internes. Dans un tel contexte, l’économie secteur sensible, est négativement impactée dans certaines zones. Fermeture d’institutions financières, couvre-feu, problème de ravitaillement en carburant. Les précautions se multiplient pour venir à bout de ce phénomène. Mais pourquoi les civiles sont de plus en plus ciblés ? Peut-on s’attendre à un changement de stratégie ciblant les investissements privés ? Quel rôle les opérateurs économiques peuvent jouer pour venir à bout de cette guerre ? Réponses avec un ancien gendarme, chercheur, spécialiste des questions sécuritaires, Mahamoudou Sawadogo.

 

ECODUFASO : Monsieur Sawadogo, l’actualité nationale est quotidiennement animée par la situation sécuritaire du pays ainsi que celle des pays du G5 Sahel. Les attaques se multiplient, les térroristes changent de techniques et aujourd’hui les civiles sont régulièrement touchés. Quelle lecture pouvez-vous faire à ce sujet précisément ?

Mahamoudou Sawadogo : Depuis 2015 -2016, les attaques ont non seulement évolué au niveau même de la stratégie et aussi au niveau des cibles. Au départ, c’était les Forces de défenses et de sécurité qui étaient attaquées ainsi que les symboles de l’Etat. Mais depuis 2019, l’on observe un nouveau tournant et c’est maintenant les populations qui sont devenues les cibles. Cela a commencé par les églises et maintenant les temples et les mosquées.

Il y a plusieurs explications. Premièrement, nous avons remarqué qu’avant ces zones étaient entièrement contrôlées par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans qu’on appelle le JNIM qui est un groupe qui a des principes. Par exemple l’un de leur principe c’est de ne pas toucher à la population. Mais malheureusement on a vu qu’en 2019, il y a un autre groupe qui a été créé. Si vous voulez le groupe a été créé en 2016 mais il s’est installé au Burkina Faso à partir de fin 2018 début 2019 qu’on appelle l’Etat Islamique au Grand Sahara (EIGS). Il est venu prendre une partie du territoire c’est-à-dire la partie Oudalan et l’Est du territoire. Et le mode opératoire de ce groupe est de porter atteinte à toute personne sans distinction. Voilà ce qui explique pourquoi la situation a évolué ainsi.

On peut dire aussi que cela a été aussi encouragé par un certain nombre de réponses qu’on peut qualifier d’inadaptées par l’Etat. La dernière réponse par exemple porte sur celle de la création des groupes de volontaires qui fait que désormais, les autres groupes, c’est-à-dire que ce soit le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ou que ce soit l’état islamique au grand Sahara, désormais ils vont considérer toute personne comme un militaire et potentiellement armé. Du coup le nombre de victimes risques encore d’augmenter et les civiles feront désormais l’objet de ciblage.

 

De ce qui nous reviens, cette situation impacte forcement l’économie du pays. Nous avons pour preuve, les heures de couvre-feu qui impactent les activités commerciales nocturnes dans les zones concernées. Le cas des difficultés d’accès aux hydrocarbures a été récemment soulevé à Djibo. Faut-il encore s’attendre au pire notamment les attaques sur les investissements privés ?

 

Ces groupes terroristes ont une stratégie économique qu’ils mettent en place. Cette stratégie consiste à fluidifier un ensemble de couloir qu’on appelle le couloir de trafic de drogue, de minutions, d’armes, etc. Il part depuis les ports côtiers jusqu’à vers l’hinterland. C’est une manière pour eux dans un premier temps d’être indépendant sur le plan financier et de s’autofinancer.  Ils s’installent toujours non loin des mines d’or, et aussi d’autres types de richesses naturelles et minéralières que possède les pays.

Aussi leur objectif étant que les populations en veuillent au pouvoir central, ils veulent miner l’économie. Ainsi la défiance de la population va de plus en plus se faire sentir en l’encontre du pouvoir central qui va les accuser de tous les maux. Du coup, cela va leur favoriser le recrutement et leur donner beaucoup plus d’adeptes. Par ce qu’il y aura beaucoup plus de mécontents.

Malheureusement, il y a certaines réponses qui favorisent les groupes terroristes. De celles-ci l’on a les couvre-feux, les fermetures des marchés, l’interdiction de circuler à certaines heures. Tous cela impacte négativement l’économie et ce, en faveur de ces groupes qui sont vraiment entrain d’atteindre leur objectif. En effet, en asphyxiant l’économie ça fait des frustrés, des jeunes en manque d’emploi. Par exemple il y a des banques qui sont fermées dans certaines localités donc des sources de revenus que les jeunes ne peuvent plus avoir. Donc les jeunes se rallient aux groupes terroristes leur permettant de recruter au maximum.  C’est une stratégie très bien élaborée par ces groupes.

 

La contribution du secteur privé à la mobilisation des recettes fiscales et douanières est estimée à 1.500 milliards de francs CFA en 2019 après 1 400 milliards de francs CFA en 2018 et 1.248 milliards de francs CFA en 2017. Même si les investissements ne sont pas directement menacés quelles sont les mesures que peuvent prendre les hommes d’affaires pour sécuriser leur investissement ?

 

Absolument. Le fait que ces groupes empêchent le ravitaillement de la ville de Djibo en carburant prouve qu’ils sont en train de chercher à tout prix à asphyxier et à réduire l’économie à néant. Il n’est pas exclu que leur mode opératoire change par ce qu’ils s’adaptent très rapidement. Ce qui veut dire que les prochaines cibles pourront être les stations-services, les banques qui sont toujours ouvertes.  Donc il y a lieu qu’on anticipe sur ces menaces.

L’économie est le nerf de la guerre. Elle joue un rôle primordial dans le renforcement de la résilience des communautés. A mon avis, c’est une place importante que doivent jouer ces acteurs, s’ils veulent contribuer à gagner cette guerre.

Les acteurs économiques doivent voir tout d’abord dans quelles mesures continuer à faire fonctionner l’économie dans les zones touchées par ces attaques. Cela va permettre aux populations résilientes d’espérer et de continuer à résister et à ne pas basculer dans l’extrémisme violent. Désormais, l’on doit avoir cette culture de la sécurité partout. Il y a des stratégies que les entreprises doivent savoir mettre en place pour atteindre leur objectif malgré le contexte. La théorie qui veut que lorsqu’il y a l’insécurité l’on ferme tous ce qui est investissement ne va pas marcher réellement et tenir longtemps. Cela est en train d’asphyxier tout le système.

 

La stratégie voudrait que lorsqu’il y a des difficultés, que les entrepreneurs puissent trouver des stratégies de mitigation pour pouvoir affronter ces difficultés. Il y a aussi des stratégies de sécurité qui permettent que malgré la sécurité volatile, ces entreprises puissent fonctionner même si c’est au minima.

Les opérateurs doivent continuer à investir dans ces zones pour ne pas qu’elles basculent entièrement. Par ce que dès que c’est le cas c’est non seulement une perte pour les entreprises et aussi les autres zones.

Je reste convaincu que l’un des principaux acteurs qui peut impacter positivement cette lutte c’est bien le monde économique.

 

Transcription Balguissa Sawadogo

Balguissa Sawadogo

Ecodufaso.com/Ecodafrik.com

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