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Situation des entreprises : Le taux de mortalité évalué à plus 16%

Quelle est la viabilité des entreprises régulièrement créées dans les Centre de formalités des entreprises (CEFORE)? L’on s’interroge, mais le sujet constitue une préoccupation pour la Maison de l’entreprise du Burkina Faso (MEBF). En tant que structure publique dont le rôle est de promouvoir la création d’entreprises privées et de les accompagner par des moyens et mécanismes favorables à leur essor, la MEBF s’intéresse à l’espérance de vie des entreprises nouvellement créées. C’est suivant cette logique qu’elle a commandité récemment une étude sur « la mortalité des entreprises créées dans les CEFORE du Burkina Faso entre 2006 et 2013 ».

Cette étude réalisée par un cabinet privé, le Laboratoire de recherche en gestion des entreprises et des organisations (LaReGEO), s’est faite au cours de l’année 2015 dans 10 centres urbains du pays dont Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Elle fait suite à une première étude du genre, réalisée en 2010 sur les entreprises créées de 2006 à 2008. Déjà, les résultats de cette première étude avaient alimenté les réflexions sur la problématique de l’accompagnement et du suivi des entreprises nouvelles. Maintenant, on cherche à améliorer.

Les résultats de la nouvelle étude ont été présentés pour la première fois le 10 juin 2016 à des invités constitués de représentants du secteur privé, représentants de structures administratives ou de promotion des entreprises, ainsi que des partenaires de la MEBF. De façon générale, l’étude révèle un taux global de mortalité de 16,37% des entreprises créées au CEFORE entre 2006 et 2013. Le taux de mortalité a été calculé en rapportant le nombre d’entreprises mortes entre deux (02) dates «t» et «t+1» à celui des entreprises actives à la date «t». Ce résultat global de 16,37% est à la fois inférieur au taux de 38% indiqué par l’étude 2010 de la MEBF et supérieur au taux de 11% auquel est parvenu l’étude 2014 de Global Entrepreneurship Monitor (GEM).

Ce dernier étant une plate-forme internationale réalisant des études sur les entreprises. C’est donc un taux intermédiaire. Au-delà du chiffre global de 16,37%, l’étude 2015 menée par le LaReGEO ré- vèle que le taux de mortalité des entreprises est variable suivant des paramètres comme le genre, l’âge du promoteur, sa motivation et sa personnalité, le secteur d’activités, le capital humain, le capital social, la planification et le contexte environnemental. C’est ainsi que « les entreprises créées et dirigées par les femmes sont moins viables que celles créées et dirigées par les hommes ». Il y a 30% de chance de survie en plus pour les entreprises initiées par les hommes.

« Dès le 4e anniversaire, le risque d’échec est plus élevé, avec une vitesse de survenance plus grande pour les entreprises créées par les femmes que pour celles créées par leurs homologues hommes », affirme l’étude. Partant de l’âge du promoteur, le risque d’échec est plus important pour les entrepreneurs se situant dans les tranches d’âge de 45-55 ans et 55-64 ans. Pour cette catégorie d’âge, le risque s’accélère pour atteindre les 50% après seulement 4 anniversaires. Un autre facteur de mortalité des entreprises c’est « la motivation et la personnalité » du promoteur. Il ressort que les initiatives conduites par des promoteurs hésitants ou peu déterminés ont moins de chance de survivre que celles pilotées par des personnes engagées et optimistes. Concernant le capital humain, chez les entrepreneurs, l’étude a abouti à un double constat.

Le premier, qui peut paraitre surprenant, porte sur le niveau d’instruction du promoteur. Il apparait que « le risque d’échec est plus élevé et intervient plus tôt pour les entreprises créées par les promo teurs les plus instruits (niveau licence et plus) ». Ce sont donc les promoteurs les moins instruits qui résistent le mieux à la mortalité. L’autre constat révèle que « le risque d’échec est plus élevé et intervient plus tôt pour les entreprises créées par des promoteurs qui s’invitent sur le terrain inconnu, sans aucune expérience ».En dehors de ces facteurs liés directement à l’identité du promoteur, d’autres paramètres sont aussi décisifs dans la mortalité des entreprises. Il s’agit notamment du « secteur d’activités ». Suivant ce critère, il ressort que le risque d’échec est minime pour le secteur de l’artisanat, alors qu’il existe dans les autres secteurs avec une ampleur plus marquée pour le service et le commerce.

Par ailleurs, les entreprises dans lesquelles la stratégie n’a pas fait l’objet de déclinaison en actions avant le démarrage connaissent un échec précoce par rapport à celles où le travail de planification a été anticipé. Le contexte environnemental, notamment les difficultés d’accès au marché et aux capitaux, la concurrence des produits étrangers et la fiscalité sont également des facteurs qui peuvent expliquer la vulnérabilité et la disparition des entreprises dans le contexte du Burkina Faso. Selon l’étude, le risque d’échec est plus élevé et intervient plus tôt pour les jeunes entreprises dont les produits subissent très tôt une forte concurrence. Idem pour les entreprises dans lesquelles les promoteurs n’intègrent pas le financement bancaire, ainsi que pour les entreprises dont les promoteurs n’ont pas intégré l’obligation fiscale dans le mode de gestion.

Grande affluence, mais très faible endurance

D’après le constat de l’étude menée par le LaReGEO, les actions conjuguées de l’Etat et de toutes les organisations qui l’accompagnent dans le développement socio-économique du pays ont permis d’accroitre substantiellement le nombre annuel moyen de création d’entreprises. Les données provenant des CEFORE montrent une augmentation continue du nombre d’entreprises effectuant pour la première fois leur enregistrement au Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM) au cours de la décennie écoulée. Au total, ce sont 35 400 entreprises dont 20% de sociétés et 80% d’entreprises individuelles qui ont été créées par le truchement des CEFORE entre 2006 et 2013, soit en 8 ans d’activités. Cette bonne dynamique de naissance d’entreprises cache cependant des difficultés qui empêchent le secteur d’avoir le rayonnement qu’on attend de lui sur le plan économique, en termes de création de richesses et d’emplois. Ces difficultés sont à l’origine de la mortalité des entreprises. Au niveau public, il convient donc d’ajuster l’appui et l’accompagnement contre ces maux.

 

 

Karim GADIAGA
Source : l’Economiste du Faso, n° 171 du 13 septembre 2016

 

 

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