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« Si les chauffeurs manifestent de cette façon, c’est par ce qu’ils sont les témoins oculaires d’une injustice » Dixit Amadouba Ouattara, Président de l’ABCTRANS

Le secteur des transports au Burkina Faso est une fois de plongé dans une énième crise. En effet, si certains chauffeurs réunis au sein de l’URCB réclament une meilleure condition de vie et de travail, d’autres exigent sans négociation le départ du président de l’Otraf, Issoufou Maïga. les réunions de sortie de crise qui se tenaient depuis le samedi 25 août avec les autorités en charge du transport et du commerce n’ont finalement pas abouti. Le gouvernement a décidé de suspendre les deux organisations en conflit au vu des répercussions socioéconomiques de la crise ? Dans cet interview du  Président de l’Alliance Burkinabè des Chargeurs et Transporteurs (ABCTRANS) Amadouba Ouattara, accordée lève un coin de voile sur la gestion du fret au sein de l’OTRAF. Lisez plutôt !  

 

ECODUFASO : Parlez-nous brièvement de l’ABCTRANS

Amadouba Ouattara : L’Alliance Burkinabè des Chargeurs et Transporteurs (ABCTRANS) est une structure syndicale de transporteurs qui a vu le jour après les élections consulaires de la chambre de commerce et de l’industrie du Burkina Faso. Elle est membre d’un groupement d’intérêt économique dénommé Groupement des Transporteurs de Minerai du Burkina Faso.

Quel type d’affiliation existe -il entre l’Organisation des Transporteurs Routiers du Faso (OTRAF) et votre syndicat ?

Aucune structure syndicale ne saurait être affiliée à l’OTRAF d’autant plus qu’elle-même est une structure syndicale. Chaque structure syndicale dispose d’un récépissé qui est comme un acte de naissance. C’est en ce sens que l’OTRAF est une structure syndicale au même titre que l’ABCTRANS et bien d’autres. Nous sommes au moins une dizaine dans notre secteur d’activité. Mais il y a la rumeur qui circule comme quoi l’ORTAF devrait être considérée comme une faîtière. C’est de la  désinformation. L’OTRAF est née de la fusion de structures syndicales qui ont disparu. Elle aurait été une faîtière qu’aujourd’hui l’on aurait pu dénombrer les structures qui la composent. De ce point de vue, j’estime que nous devons tous être traités en tant que structures syndicales partenaires de l’administration des transports et ce sans préférence. Malheureusement, la réalité sur le terrain est tout autre.

Malheureusement, ceci a laissé certains opérateurs penser que l’OTRAF est le syndicat de l’Etat. Ce qui qui n’est pas une interprétation abusive. Par ce qu’elle a vu le jour par la volonté du gouvernement d’alors de fusionner les syndicats. Aujourd’hui, la meme structure estime qu’elle a été mise en place par le gouvernement et dans ce sens, qu’ elle doit bénéficier d’un certain regard. Ce qui ragaillardi les membres de cette structure notamment son président Monsieur Issoufou Maïga dont le comportement est remis en cause par des acteurs du secteur.

C n’est pas la première crise du genre, il ya eu celle du transport du zinc il y a quelques années  ?

Cela fait pratiquement six ans que je suis arrivé dans ce milieu. En 2015,  c’était d’abord la crise du transport du zinc à destination du port d’Abidjan qui a été un cauchemar par la suite. Voilà un monsieur qui se met devant au titre de l’Otraf qui fonctionne en tant que structure leader pour les négociations, mais à notre grand étonnement, c’est lui qui joue le conseiller de l’autre camp.

Expliquez davantage

Nous avons commencé à transporter le zinc de Perkoa au port d’Abidjan, et la tonne était transportée à 40 000 F CFA au départ. Ce, parce que la demande de camions était forte tandis que l’offre n’était pas assez. Pendant longtemps, l’on est resté à transporter sous la bannière de DAMCO. Qui par la suite est devenu COTRADIS. Nous avons compris que DAMCO ne pouvait pas assurer le transport du zinc, d’autant plus qu’elle n’était pas une société de transport mais de transit. Lorsque nous nous sommes organisés davantage, COTRADIS a vu le jour en tant que société de droit burkinabè. COTRADIS -DAMCO deviennent la chambre et le salon. La preuve, c’est un même bâtiment qui les abrite.

Nous avons estimé que le transport du zinc est un droit et  en tant produit national, il devrait profiter au fils du pays. Et là-dessus, on a vraiment mis les moyens pour ce faire entendre. On a saisi entre temps la commission nationale de la consommation et de la concurrence, qui a même enquêté. Mais que ne fut la surprise d’apprendre que dans le secteur précisément du zinc, il n’y pas de monopole sur le zinc ni d’exclusivité. Ce que nous avons dénoncé par qu’en son temps c’était COTRADIS qui venait nous écarter tous pour prendre le contrat directement avec la mine à travers DAMCO. Il fallait passer par COTRADIS. Là aussi quand COTRADIS a pris le zinc des mains de DAMCO, la tarification est passée de 37 000 F CFA à 28 000 F CFA. Ce qui ne nous arrangeait pas. Alors, on nous dit qu’il faut aussi désormais transporter le zinc de Perkoa à destination d’Abidjan et au retour le clinker à destination de CIMAF. Vous transporter le zinc à 28 000 F et vous revenez avec le clinker à 28 000 FCFA dont un total de 56 000 FCFA.  Nous avons dénoncé ce couplage.

Et COTRADIS, en effet avait constitué son parc automobile à travers un accompagnement de la mine de perkoa par le truchement de DAMCO. Pour le retour avec le clinker, c’était une forme de compensation avec CIMAF qui avait accompagné la réalisation. La preuve les camions étaient estampiller Cotradis-Cimaf.

Après des luttes et des échanges, c’est encore la personne de Maïga qui à consulter d’autres transporteurs afin qu’ils viennent en renfort.

C’était des Burkinabè ?

Oui effectivement se sont des Burkinabè, mais ils ne sont pas du domaine en réalité. On qualifie Monsieur Maïga de transporteur mais il a beaucoup de camions qui ne lui appartiennent pas. La preuve, ceux qui ont tenté l’expérience avec lui, pensant que c’était une opportunité ont laissé tomber. Ainsi, donc les autres cimentiers ayant constaté cette baisse, ont aussi baissé leur proposition. Par exemple, au Togo le transport du clinker au Burkina, ils sont passés de 38 000 Fcfa à 34 000 Fcfa. Il a fallu lutter davantage pour que l’on se retrouve à entre 35 000 F à 36 000 F.

La personnalité de Monsieur Maïga est à polémique à travers la grève des chauffeurs. Que lui reprochez-vous à votre niveau ?

On lui reproche de toujours s’accaparer de la part du marché qui doit nous revenir de droit. Si les chauffeurs manifestent de cette façon c’est par ce qu’ils sont les témoins oculaires de cette injustice. En tant que membre du patronat nous ne sommes pas forcement sur le terrain mais la réalité est triste.

Pourquoi ce ne sont pas les transporteurs qui revendiquent mais les chauffeurs ?

Un adage dit que de la même manière qu’on vient au pouvoir, c’est de cette même manière qu’on le quitte. Monsieur Maïga doit son arrivée à la tête de l’OTRAF grâce à l’Union des Chauffeurs Routiers du Burkina (UCRB). L’un des problèmes qui a précipité le départ du l’ancien président de l’ORTAF Boukary Niandé Sankara, un doyen du secteur portait sur une mauvaise gestion au niveau de Téma qui laissait à désirer. Il a été débarqué suite à un mouvement d’humeur des chauffeurs . C’est après une période d’intérim que monsieur Maïga est arrivé au pouvoir. Alors je vous informe que ceux qui ont été à la base du départ de son prédécesseur sont les mêmes qui lui demandent de partir. Et ce, par ce qu’ils estiment qu’il a trahi la cause pour laquelle on l’avait placé à l’Otraf. Ces chauffeurs et les transporteurs sont liés par le même destin.

D’aucuns soulèvent le fait que les camions de ce dernier sont compétitifs comparativement à ce que l’on voit sur le marché. Comment réagissez-vous à ce fait ?

On parle de compétition lorsqu’il y a égalité de conditions. Il faut qu’il y ait l’équité dans une compétition. Ce qui n’est pas le cas. Je vous explique.  Après avoir constaté que la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso étaient deux pays où les véhicules étaient vétustes, la Banque mondiale avait accompagné une nouvelle dynamique à travers le programme d’appui à la modernisation du secteur du transport pour la facilitation du commerce. Un des aspects de ce programme était de procéder au renouvellement de ce parc. Pour y parvenir, les différents gouvernements devaient constituer des fonds de garantie dans deux ou trois banques où effectivement qui allaient permettre aux acteurs des transports de bénéficier de l’accompagnement de leurs établissements sans être inquiété par la question de sûreté. Ceci n’a pas véritablement pas été respecté au Burkina Faso. Nous sommes même aller une fois de plus au dialogue. Sur près de 400 citernes par exemple il y a près de deux cents qui sont revenus à Monsieur Maïga. Des anomalies ont été vraiment retrouvées. Je devais faire partie même de cette commission mais il a refusé catégoriquement arguant qu’un seul représentant suffit pour le secteur transport soit l’Otraf donc sa personne. Du coup, il a demandé à ce qu’on réduise la place du nombre de transporteurs dans la commission. Aujourd’hui, ce processus est un échec. Plus tard, nous avons compris que ce n’était pas une opération qui a été organisée pour nous acteurs mais plutôt pour des gens tapis dans l’ombre.

Un dernier mot ?

J’ai un appel a lancé aux autorités. On a toujours dit que ce sont des personnes qui en veulent à l’OTRAF et à son président. Lors des réunions, on nous dit que l’Otraf est la structure syndicale qui a beaucoup de membres. Mais, il n’y pas de fidélité en matière de structures syndicales. Je peux être dans un syndicat mais de l’autre côté dès que je perçois qu’il y a un autre qui peut sérieusement défendre les intérêts moraux et matériels des acteurs de transport, j’y vais. Ce sont même ses membres qui lui en veulent. Qu’on soit membre de l’Otraf ou non, l’organisation perçoit de l’argent au port. Alors qu’on n’a jamais appris qu’ils ont construit un hôpital ou une école pour les communautés. Ou va donc cette manne financière ?

Nous demandons à ce que l’autorité prenne à bras le corps ce problème et qu’enfin on puisse   mettre en place la faîtière des syndicats de transporteurs qui fera l’unanimité. Que l’on arrête de parler de l’Otraf et qu’on mette définitivement en place la faîtière avec ses organisations membres connues de tous.

Entretien réalisé par Balguissa Sawadogo

Balguissa Sawadogo 

Ecodufaso.com/Ecodafrik.com

 

 

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