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Programmes d’enseignement : Valoriser les œuvres nationales

Amorcée il y a quelques années, l’introduction des œuvres littéraires burkinabè dans les programmes d’enseignement est appelée à s’amplifier au fil du temps. C’est une option salutaire car la littérature peut contribuer à façonner des citoyens pleinement conscients des réalités et richesses sociologiques et culturelles de leur pays. Il ne s’agit pas d’un repli sur soi ou d’une attitude tendant à vanter les mérites d’un passé glorieux. L’étude des œuvres nationales permet au contraire de contextualiser l’enseignement et de doter les apprenants de bases solides pour un dialogue contemporain décomplexé et fécond.

La littérature burkinabè est l’expression d’un imaginaire africain en mutation. Elle est héritière des formes narratives et poétiques traditionnelles qui prennent légitimement leur place dans le patrimoine national du Burkina Faso, et à travers lui, dans le grand trésor de la littérature mondiale. Cette littérature est jeune et toujours en pleine construction. Le Burkina Faso n’a manifesté sa présence sur le terrain littéraire qu’à partir de 1962 avec l’œuvre de Nazi Boni Crépuscule des temps anciens. Il est vrai qu’en 1932 et en 1934, Dim Dolobson Ouédraogo publie L’empire du Mogho Naba et Les secrets des sorciers noirs. Mais selon nombre de spécialistes dont Salaka Sanou, ces ouvrages relèvent plus du champ ethnographique que littéraire. Malgré ce démarrage tardif dans l’arène de l’écriture, la littérature burkinabè connaît un essor dans les années 80. Les publications sont le fruit des efforts de compte d’auteur, de l’administration, des maisons d’édition internationales. L’histoire de la pratique littéraire est liée à celle du pays. En effet, la Haute Volta (actuel Burkina Faso) était une réserve de main d’œuvre pour les pays côtiers, comme la Côte d’Ivoire et le Ghana. Le pays a été constitué en 1919 comme colonie, supprimée en 1932 répartie entre les colonies de la Côte d’Ivoire au sud, du Niger à l’Est, et du Soudan au Nord et à l’Ouest. Elle sera reconstituée en 1947 après la seconde guerre mondiale. Ces turbulences de l’histoire ont fortement perturbé les intellectuels voltaïques de l’époque susceptibles de s’adonner à des activités de création et partant, à la constitution d’un univers littéraire national. Des écrivains comme Lompolo Koné, Sékou Tall, Mahamadou Sawadogo… sont parmi les pionniers de la littérature burkinabè. Prenant conscience de l’importance de la littérature dans le développement du pays, le Burkina Faso ne cesse de développer des initiatives pour une véritable éclosion littéraire. Il en est ainsi du Grand Prix National des Arts et des Lettres, du Grand Prix Littéraire du Président du Faso. A l’échelle internationale, quelques écrivains burkinabè ont obtenu des prix. On retient Kpiélé Pierre Dabiré primé par l’Office des Radios et Télévisions Francophones (ORTF) en 1968 avec sa pièce de théâtre Sansoa dans le cadre du concours théâtral interafricain, et Maître Titinga Frédéric Pacéré. Il a été primé par l’Association des Ecrivains de Langue française (ADELF) en 1982 pour ses deux recueils de poèmes La poésie des griots et Poème pour l’Angola.
Il y’ eut d’autres consécrations avec Patrick Gomdaogo Ilboudo, Bernadette Dao, Monique Ilboudo et bien d’autres. Au plan administratif, on note l’érection de la direction du livre et de la promotion littéraire (DLPL) et de la Bibliothèque Nationale du Burkina (BNB). Ouverte en 1998, cette bibliothèque est venue combler un vide juridique. Au niveau des manifestations à caractère littéraire, on assiste à des olympiades dans les différents établissements du pays et surtout à la Foire Internationale du Livre de Ouagadougou (FILO) organisée annuellement depuis 2000. Le développement de la production littéraire est à la fois le fruit de l’engagement des autorités mais aussi de la richesse du patrimoine culturel qui constitue la source d’inspiration des écrivains.

Lire pour s’approprier sa culture

Littérature 2Les œuvres littéraires écrites intègrent des formes et des techniques de création empruntées à la tradition orale, contribuant ainsi à donner une particularité certaine et remarquable à cette production. L’écriture permet aux Africains de pérenniser une partie de l’histoire de leur continent en témoigne des œuvres comme Soundjiata ou l’épopée du Madingue (DT Niane) les contes d’Amadou Koumba (Biraogo Diop), La légende de M’pfoumou Ma Mazono ( de Jean Malonga) pour ne citer que ceux là. L’introduction des œuvres nationales dans les programmes d’enseignement vise à donner une certaine image du Burkina et de sa culture à l’apprenant afin de l’y ancrer. L’institution scolaire peut aider à la consécration, à la promotion et surtout à la consolidation de l’identité et de la conscience nationales, ce qui est énorme à une époque où la mondialisation prend quelquefois l’allure d’agression culturelle. Au Burkina Faso, selon Auguste Robert Nébié, Inspecteur de l’Enseignement secondaire tout élève, à l’issue des classes du premier cycle, doit confirmer trois capacités : pratiquer une lecture autonome, accéder à une lecture consciente, acquérir le goût de la
lecture. Dans le même esprit, au second cycle, les objectifs visent à la pratique raisonnée
de la langue, à l’acquisition des méthodes de pensée et de travail, à l’accès à d’autres
cultures. Au niveau des deux cycles, si quelques œuvres sont recommandées par les
programmes, les instructions officielles laissent toute latitude aux professeurs dans le
choix des textes et des ouvrages en fonction de critères tels que le genre, les capacités et
les besoins des élèves selon les niveaux, la difficulté, l’intérêt…, voire la disponibilité
des ouvrages en bibliothèque ou sur la place. La littérature burkinabè, en fonction des objectifs des deux cycles, occupe sa place, selon les principes et les critères définis dans les programmes en vigueur. Au premier cycle, on peut se féliciter d’un bon éventail de contes, nouvelles, poèmes et autres ouvrages spécialement écrits pour la jeunesse (Hien Assomwin Ignace, Bernadette Dao, Jacques Prosper Bazié…) Un extrait du poème « Je m’appelle professeur » du poète Emile Lalsaga a été retenu pour la session de remplacement du Bac 2015. Ce poème émane de son recueil Les Sillons de l’existence publié en avril 2014 aux Editions Le GERSTIC. C’est une reconnaissance des efforts de la jeunesse. Maintenant, pour une véritable promotion de la littérature burkinabè, chacun est interpellé, des auteurs eux-mêmes, en ce siècle de marketing, jusqu’aux opérateurs économiques, en passant par les pouvoirs publics,…

Aimé Florentin BATIONO
Ecodufaso.com/ Groupe Ecodafrik

Quelques œuvres recommandées
PREMIER CYCLE.
L’Enfant noir, C. Laye. Le Pagne noir, B. Dadié. Maïmouna, A. Sadji. Sous l’orage, S.
Badian. Sansoa, P. Dabiré. Le Fils aîné, P. Claver Ilboudo. Refrains sous le Sahel, F. T .
Pacere. Crépuscule des temps anciens, Nazi Boni. Etc.
Le Cid, Horace, Corneille. L’Avare, Molière. Les Caractères, La Bruyère. Eugénie
Grandet, Balzac. Le Lion, J. Kessel. Le Petit Prince, Saint-Exupéry. Le Temps des
secrets, M. Pagnol. Vendredi ou la vie sauvage, M. Tournier. Etc.
Le Vieil Homme et la mer, E. Hemingway. La Perle, J. Steinbeck. Pleure O Pays bien-
aimé , A. Paton. Etc. –

CLASSE DE TERMINALE
Les œuvres sont classées par genres (roman, théâtre, poésie). Il est impératif de traiter au moins deux œuvres intégrales de chaque genre: une en littérature française et une en littérature africaine.
Exemple pour le roman. Œuvres au programme :
Eugénie Grandet, Balzac. Thérèse Desqueyroux, Mauriac. La Condition humaine,
Malraux. La Peste, Camus. Les Choses, Perec.
Le Fils d’Agatha Moudio, F. Bebey. Les Soleils des Indépendances, A. Kourouma.
L’Étrange Destin de Wangrin, A.H. Bâ. Le Pleurer-Rire, H. Lopès. Les Écailles du ciel,
T.Monemembo.

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