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Portrait Laure Sawadogo/Guitou : « Toute jeune je rêvais de devenir chanteuse »

Sa voix suave et douce très appréciée par les auditeurs de la Radio Légende ne laisse pas indifférent. Jeune dame très dynamique et ambitieuse, elle a été récompensée meilleure journaliste féminin 2015 par le prix Norbert Zongo du Journalisme Féminin du Centre de Presse Norbert Zongo. Allons à la découverte de Laure Sawadogo la journaliste aux multiples talents.

Ecodufaso.com : Qui est Laure Sawadogo ?

Je me prénomme Sawadogo Laure Wendémaneghdé. Je suis née à Ouagadougou et originaire de Kongoussi. Je suis la fille de feu Patrice Sawadogo séminariste, et promotionnaire de Monseigneur Anselme Sanon archevêque émérite de Bobo Dioulasso. Même s’il a étudié la théologie et qu’il a fait le grand séminaire de Pabré mon père n’a pas eu la chance d’être ordonné prêtre il deviendra Sociologue Démographe et finira par se marier.

J’ai vécu entourer de deux grandes sœurs dans une famille monoparentale, ma mère ayant divorcée quand j’avais 17 mois. Je n’ai été élevé que par mon père qui n’a jamais voulu se remarier par amour pour nous, mais aussi par conviction religieuse. Pour lui aux yeux de Dieu, on ne se marie qu’une seule fois. Ce manque d’amour maternel fut une douleur intense et un grand vide, un déchirement qui m’a suivi tout au long de ma vie et qui a fait de moi quelqu’un de timide, et renfermé. Ma vie n’a pas été de tout repos mais mon père nous disait que dans les épreuves, les pires moments de la vie, nous pouvions puiser des éléments positifs qui pourraient transformer l’échec en réussite. Introvertie, je suis passée de l’ombre à la lumière, je suis la preuve qu’avec de la volonté on peut se surpasser et y arriver. Je suis mariée et mère de trois enfants : deux filles de 9 et 3 ans, et un garçon de 6 ans.

Quel est votre cursus scolaire ?

J’ai quitté le Burkina Faso très jeune (à l’époque ça s’appelait la Haute Volta) pour rejoindre mon père dans son pays d’affectation l’Ethiopie. J’ai fait mon école primaire en France non loin de Paris ainsi qu’à l’Ecole française d’Addis- Abeba et de Conakry. J’ai étudié dans une filière scientifique avant d’obtenir un BTS en marketing et Management à l’institut Supérieur Polytechnique de Ouagadougou. J’ai donc appris le métier de la radio sur le tard mais aussi à travers plusieurs stages de formation : au CIERRO Centre Internationale d’Etude en Radio Rurale de Ouagadougou, et des stages en animation radio et journalisme à Ottawa au Canada.

Racontez-nous une anecdote de votre enfance

J’en ai beaucoup ! J’ai quitté le Burkina Faso très jeune à l’âge de 2 ans et à 6 ans déjà j’étais à l’internat avec mes deux grandes sœurs non loin de Paris. Dans cette école il y avait beaucoup de vie. Toutes les nationalités s’y retrouvaient et chacun partageait son histoire et sa culture. Il y avait des libanais qui avaient quitté leur pays en guerre, il y avait des français et pas mal d’africains. C’est à Paris que j’ai découvert la cuisine africaine: le tchep djen chez des camarades de classe Sénégalais, l’attiéké chez une camarade guinéenne qui était à l’époque la fille du ministre guinéen des eaux et Forêt Tiana Diallo. C’est le panafricanisme ! Mais le tô je connaissais puisque chaque année nous rentrions au Burkina pour rendre visite à la famille.

Je garde de très beaux souvenirs de cette école qui était parfois mouvementée. Loin de nos parents nous y avons appris l’entraide et la solidarité. Nous étions âgés de 7 à 10 ans mais notre capacité de mobilisation était grande. Toute l’école s’était réunie pour dire non à des propos racistes proférés par une fille d’à peine 8 ans à notre égard. Nous ne voulions pas en arriver là mais elle a fini par se faire renvoyer de l’établissement. Aussi j’ai fréquenté avec Denis Sassou Nguesso Christel actuel fils du Président du Congo. Il était dans la même classe que mes deux grandes sœurs. Nous étions à l’internat ensemble. Tant d’années se sont écoulées et son père est toujours président ! Je salue l’alternance politique dans notre pays.

Le journalisme métier par passion d’enfance ou sort du destin ?

Je suis venue à la radio par passion. Toute jeune je rêvais de devenir chanteuse, mon père avait promis de m’inscrire à la chorale de la Cathédrale Notre dame de Paris pour que j’apprenne les chants grégoriens, mais cela ne s’est jamais fait. J’étais consciente que j’avais des potentialités mais je me rendais compte que je ne savais pas chanter et je n’avais personne pour m’encadrer. Arrivé à Ouaga, à l’époque j’écoutais beaucoup la radio Horizon FM qui était la première radio Libre et notamment l’émission de Thierry et Didi, ensuite il ya eu radio Pulsar. C’était un milieu qui me fascinait et je me suis dit pourquoi ne pas faire de la radio ? Je voulais que ma voix soit mon instrument de travail.

Parler nous brièvement de votre carrière de journaliste?

Quand on est journaliste on à tendance à croire qu’il faut traiter les questions de politiques pas forcément. J’ai privilégié des domaines qui me tiennent à cœur : la santé, l’enfance et la cause féminine. En plus d’animer des émissions musicales, j’ai mis ma voix au service de la promotion des droits de l’enfant à travers la campagne radiophonique « Je suis enfant mais j’ai aussi mes droits ! » avec l’ONG plan internationale. A travers mes émissions, j’ai travaillé à la sensibilisation contre le VIH Sida et contre la stigmatisation des personnes vivants avec le VIH.J’ai mené des campagnes radiophoniques contre la pratique de l’excision avec l’ONG italienne AIDOS et effectué des reportages sur les cardiopathies infantiles. Au cours de ma carrière de journaliste, j’ai reçu plusieurs distinctions qui m’ont poussées à aller de l’avant : prix Gallian de la meilleure interview radio en 2012, prix d’encouragement du Jury pour la meilleure journaliste burkinabé en 2014 et enfin récemment le prix de la meilleure journaliste 2015.

Vous avez commencé dans le cinéma, doit-on s’attendre à revoir Laure Sawadogo dans les écrans ?

Je suis arrivée au cinéma tout à fait par hasard. A la suite d’un communiqué d’une société de production qui recherchait des jeunes pour une sitcom, j’ai saisi l’opportunité .C’était une façon pour moi de m’occuper pendant les vacances et de soigner ma timidité. Des années plus tard mon époux m’a encouragé en vain à refaire du cinéma, mais il fallait rester dans le milieu, être à l’affut des castings pour obtenir un rôle, je pense que j’ai perdu la fougue d’autrefois. Par contre je suis tentée par la télévision pour animer une émission hebdomadaire.

Nombreux sont les Ouagalais qui reconnaissent l’unicité et la douceur de votre voix, quel est votre secret ?

Avec mon père j’ai découvert le monde au gré de ses affectations en tant que fonctionnaire de l’ONU : le Burkina Faso, l’Ethiopie, la France, le Cameroun, la Tanzanie, le Kenya, l’Angleterre, les îles Comores, la Guinée Conakry, Sao Tomé et Principe etc.

Ma voix s’est forgée par mes nombreux voyages à travers le monde, elle s’est imprégnée des différents milieux, des différentes cultures qui m’ont accueillie. Mon père a peut être aussi cultivé en nous cette douceur dans la voix. Lui qui nous a élevé tout seul était un père aimant et doux. Il n’a eu que des filles mais il en était fier, il manifestait à notre égard beaucoup de tendresse, ce fut un homme exceptionnel ! D’ailleurs ma grande sœur et moi nous avons exactement la même voix, difficile de nous reconnaitre au téléphone !

Cette année vous avez été sacrée meilleure journaliste féminin, Prix Norbert Zongo du Journalisme Féminin du Centre de Presse Norbert Zongo. Racontez-nous cette expérience.

Le rêve de tout journaliste est de voir un jour son travail reconnu. Ce prix est pour moi une expérience enrichissante. C’est une reconnaissance qui me pousse à m’investir d’avantage. Je remercie le Centre de Presse Norbert Zongo pour son encouragement à l’excellence féminine.

L’année passée j’avais obtenu le prix d’encouragement du jury cette année c’est la consécration !

L’œuvre primée intitulée « 500f peuvent vous sauver la vie » est une interview sur le cancer du col de l’utérus réalisée avec le docteur Aboubakar Bambara Oncologue au Centre hospitalier Universitaire Yalgado Ouédraogo. Je le remercie au passage pour l’accueil chaleureux qu’il m’a réservé et pour sa disponibilité, ainsi que pour les témoignages émouvants que j’ai réussi à lui soutirer. Les gens ont beaucoup de préjugés, je voulais rétablir la vérité et passer une information capitale le cancer du col de l’utérus se traite au Burkina Faso à condition de s’y prendre tôt, d’où la nécessité d’un dépistage précoce. 500 FCFA c’est le prix du test de dépistage à l’hôpital Yalgado, un dépistage précoce peut vous sauver la vie. Si le cancer du col de l’utérus est la première cause de mortalité féminine dans notre pays, c’est parce les femmes arrivent trop tard à l’hôpital par honte, par négligence ou par ignorance, elles attendent que la douleur devienne insupportable et là elles n’ont plus le choix mais pour la plupart du temps, c’est beaucoup trop tard !

Des projets ?

Oui des projets d’émissions pour la radio, nous envisageons de mettre en place une émission pour la femme. Cela manque à notre grille de programme.
Un autre projet imminent dans la musique mais je n’en dirais pas plus. Je laisse la surprise !

Nous vous remercions pour votre disponibilité. Bonne suite dans votre carrière.

Merci à ecodufaso.com pour le travail que vous faite pour informer le public burkinabé en particulier et le monde en général à travers votre plateforme. Merci à nos auditeurs car c’est eux qui font notre radio et qui nous permettent d’exister.

Entretien réalisé par Balguissa Sawadogo

Balguissa Sawadogo
Ecodufaso.com/ Groupe Ecodafrik

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