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Médicaments de la rue : Une consommation dangereuse pour la santé

La santé dit-on n’a pas de prix. Mais, ce bien si précieux s’effrite de jour en jour et cela est très souvent dû à la pauvreté ou à l’ignorance. Autant de facteurs qui conduisent certaines personnes à consommer les médicaments qui se vendent dans la rue. Lesquels sont, pour la plupart du temps, vendus par des analphabètes ou encore des mineurs qui n’ont reçu aucune formation en matière de santé et ignorent le mode de conditionnement de ces produits. Chose choquante, ces dits produits sont exposés à la chaleur. Toute chose qui, évidemment, contribue à les rendre nuisibles à la santé. Constat !

Un jeune homme, ayant requis l’anonymat, qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école, vend les médicaments de la rue depuis 17 ans. M. A, comme nous l’appelons, explique le mode de prescription de ces produits qui laissent à désirer : « Les images figurant sur les emballages nous indiquent clairement les différents maux que peuvent soigner les produits. Il y en a certains sur lesquels sont indiqués le nombre de comprimés à prendre. En ce qui concerne ceux sur lesquels il n’y a pas d’image, nous faisons appel à des lettrés qui nous expliquent le mode de prescription et les maladies que ces médicaments sont censés soigner», confie-t-il. Voilà une situation alarmante qui se déroule à Ouagadougou. A l’instar de M. A, ils sont nombreux, ces jeunes gens, qui sillonnent les rues de la capitale burkinabè pour évacuer leurs produits médicamenteux illicites. Selon le Docteur Alfred Sandouidi, président de l’Ordre national des pharmaciens du Burkina Faso, pour qu’un médicament soit commercialisé au Burkina Faso, il faut au préalable une autorisation de sa mise en vente sur le marché qui garantit sa qualité. Mais avant tout, poursuit-il, il faut au moins 10 ans de sa formulation en laboratoire jusqu’à sa mise en vente car un certain nombre d’essais humains bien encadrés et sur des animaux en laboratoire sont nécessaires. Pour lui, ces analyses n’excluent pas le fait que le médicament est potentiellement toxique et peut encore engendrer des effets secondaires. Ce qui n’est pas le cas, dit-il, pour les produits vendus dans la rue. Il soutient par ailleurs que ces produits ne contiennent pas de principe actif et même s’ils en contiennent, ce sont des substances surdosées qui entraînent des échecs thérapeutiques. Et de préciser que leur prise régulière engendre, à long terme, des intoxications aiguës, voire chroniques. Le Docteur Alfred Sandouidi, pour sa part, déplore le fait que les vendeurs de ces faux produits mettent en péril la santé de la population dans la mesure où ils usurpent la fonction de médecin qui n’est pas la leur. « Il appartient au médecin qui a le monopole de la prescription médicale de s’assurer de l’état de santé du malade. Le médecin lui-même a souvent besoin de soutien d’un laboratoire de biologie médicale pour faire des examens complémentaires avant de confirmer un quelconque diagnostique. C’est à l’issue de ce diagnostic qu’il fait sa prescription médicale», déclare-t-il. Alors que dans la rue, ajoute-t-il, il n’en est pas pareil.
Quant au médecin généraliste du centre médical Don Orione de Kossoghin, Saaviel Patrice Hien, il révèle au plan sanitaire les dangers auxquels s’exposent les consommateurs de ces produits prohibés. « La prise des médicaments de la rue peut affecter tous les organes c’est-à-dire depuis la consommation jusqu’à l’élimination.Leur prise peut conduire à des accidents vasculaires cérébraux, des maladies comme l’insuffisance rénale, les maladies cardio-vasculaires, l’hypertension. Aussi la prise des anti-inflammatoires stéroïdiens pour prendre du poids ou s’éclaircir la peau n’est pas sans effets néfastes », indique-t-il.

Pourquoi la persistance de ce phénomène ?

A entendre le président de l’Ordre national des pharmaciens du Burkina Faso, la persistance de ce phénomène est liée au fait que des autorités prennent parti pour les trafiquants de produits illicites. « C’est vraiment dommage, sur le terrain nous avons même eu affaire à des autorités qui nous ont tenu des propos tels : ‘’ce sont des jeunes qui se débrouillent ‘’ alors qu’eux-mêmes n’en consomment pas et savent que ces faux produits sont toxiques», déplore-t-il. De plus, il estime que le trafic des médicaments de la rue génère plus de revenus que la vente de la drogue. « Pour ce qui est de la drogue, les peines de prison sont d’une certaine ampleur alors qu’il n’en est pas de même pour le trafic des produits illicites et souvent dans les législations nationales, ceci n’est pas incriminé», remarque-t-il.

Yembi Salif SoudréDe l’avis du chef de l’unité anti-drogue de la police nationale, le commissaire Yembi Salif Soudré, c’est généralement la forte demande qui explique la présence de ces produits un peu partout. Et de continuer que malgré leur lutte quotidienne, il leur est difficile d’éradiquer immédiatement ce phénomène parce que les frontières sont poreuses.
« De façon générale, ce sont les transporteurs de marchandises, de bois de chauffe qui font entrer ces produits sur le territoire burkinabè », affirme-t-il. A l’en croire, l’incivisme dont fait montre la population à leur endroit constitue une entrave à la lutte contre ce phénomène. «Il est difficile pour un agent de la force publique d’accéder ou du moins d’opérer dans les marchés, étant donné que la population soutient les vendeurs de ces médicaments d’où leur forte concentration dans ces lieux », souligne-t-il.

Quelles stratégies pour une lutte efficace ?

Docteur Alfred SandouidiSelon le Docteur Alfred Sandouidi, la stratégie nationale de lutte contre les médicaments de la rue s’articule en deux points essentiels à savoir, le volet sensibilisation et celui de la répression qui consiste à former les forces de l’ordre et de sécurité sur les dispositions à prendre pour appréhender les médicaments et les procédures judiciaires à suivre. Il affirme en outre que des stratégies ont été développées avec les médicaments essentiels génériques dont l’accessibilité est réelle au niveau des officines et à des prix abordables. « Dans la sous-région et même au plan mondial, le médicament essentiel générique coûte moins cher au Burkina Faso », renchérit-il. A l’en croire, le phénomène a pris de l’ampleur à telle enseigne qu’il est question d’inscrire dans le code pénal de nouvelles dispositions pour criminaliser le trafic de ces médicaments. Il s’agit, précise-t-il, de définir le code pénal et les peines dissuasives qui l’accompagnent. Il clarifie par ailleurs que le Burkina Faso, depuis 1998, a développé une stratégie nationale de lutte contre les médicaments de la rue sous la direction du comité national de lutte contre la drogue. C’est, dit-il, un comité interministériel au sein duquel le ministre de la Sécurité occupe le poste de président et celui de la santé, le poste de vice-président. Ce comité, poursuit-il, est composé, entre autres, des ministères des Finances, de l’Action sociale. Le directeur de la police municipale de Ouagadougou, Clément Ouongo, lui, affirme que la police nationale, la police municipale et la gendarmerie travaillent à faire en sorte que les vendeurs des médicaments illicites n’aient pas de facilité à écouler leurs produits. «Nous faisons la répression contre tous ceux qui vendent ces produits. Si nous avons connaissance de la présence de ces dits médicaments dans des magasins, nous les vidons de leur contenu et procédons à leur incinération», assure-t-il.

Diane Sibdou OUEDRAOGO
(Stagiaire)
sidwaya.bf

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