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Marchés financiers : S’endetter à l’infini, c’est possible, mais prudence !

Des économistes ont établi une théorie économique qui avance que des pays ont le pouvoir de s’endetter indéfiniment sans jamais faire faillite ou créer une crise de confiance avec leurs prêteurs, car demeurant toujours solvables. Cette théorie dénommée « Théorie monétaire moderne (TMM) », développée dans « Leblogpatrimoine », stipule qu’un pays qui crée de la richesse nette, a le pouvoir de s’endetter aussi longtemps que durera cette période de croissance nette.

La Théorie monétaire moderne (TMM) qui vient d’être élaborée par des économistes, ouvre de nouveaux horizons pour les marchés financiers. Selon un article du « Leblogpatrimoine », le concept de cette théorie monétaire moderne, qui fait tache d’huile actuellement aux États-Unis, puise ses fondements des travaux de Keynes et a été implémentée par des économistes comme Stéphanie Kelton, professeur à l’université du Missouri à Kansas city et chroniqueuse dans Bloomberg opinion.

Des hommes politiques tels les présidents Donald Trump des États-Unis et Emmanuel Macron de la France, semblent opter pour cette nouvelle théorie économique, du fait de son potentiel d’opportunités de création perpétuelle de richesses pour l’économie. Nonobstant ces opportunités, les risques de catastrophes inflationnistes peuvent susciter des retenues et l’État est seul décideur de la quantité monnaie à mettre en circulation. Dans les pays en développement, la prudence est pour le moment observée, quant à la pertinence de cette théorie de l’endettement continuel.

Les postulats de la théorie

Selon cette théorie monétaire moderne, « celui qui emprunte à moins de 1% pour créer des richesses de plus de 1% alors que l’inflation est à 1 %, celui-là s’enrichit ». C’est donc dire que celui qui emprunte à un taux en dessous de l’inflation alors que la croissance est supérieure à l’inflation, celui-là voit sa dette s’éteindre d’elle-même à terme. Il est donc possible de s’endetter à l’infini, puisque l’on ne rembourse jamais le principal mais seulement les intérêts. Vu sous cet angle, il ne fait aucun doute que les créanciers resteront confiants, quand on sait que l’on réempruntera pour rembourser l’emprunt. Et les particuliers n’auront pas l’impression de s’appauvrir, puisque l’inflation est somme toute presque négligeable.

Si la croissance venait à ralentir, passant en dessous de l’inflation, il suffit de réemprunter davantage à la fois pour accroître la consommation et l’investissement (politique de l’offre et de la demande simultanément) pour rétablir de nouveau la croissance. L’excès de dépense publique qui était jusqu’ici considérée comme un mal endémique (le cas des PAS en Afrique) devient alors une solution bénéfique, acceptable et même nécessaire. Car selon cette théorie, il y a toujours possibilité d’endettement continu lorsque la croissance est toujours supérieure à l’inflation. Reste que le pays dans cette situation doit garantir un minimum de conditions pour pouvoir créer des richesses au profit de ses citoyens.

Le cas du Burkina Faso suscite des interrogations

Selon Jacques Gueda Ouédraogo, professeur de macroéconomie et de monnaie à l’Université Ouaga II, « l’économie burkinabè n’est pas une économie de marché mais plutôt de monopole ou d’oligopole pour la plupart des secteurs stratégiques ». En considérant le domaine de l’énergie, le secteur bancaire, celui du textile et du transport ferroviaire, l’on réalise que ces marchés ne sont pas concurrentiels. Or, pour des économies qui aspirent au progrès et au développement, le marché doit, au maximum possible, être concurrentiel au risque d’enrichir les mêmes individus au détriment de la plus grande partie de la population.

Un pays comme le Maroc déclare avoir atteint 100% d’électrification rurale. Ce qui constitue une prouesse et est une conséquence de conditions favorables créées dans ce domaine ! Selon l’économiste Jacques Gueda Ouédraogo, « le marché bancaire de la sous-région est un oligopole. Les conditions non-souples de ce marché le rendent rigide et monopolistique. Ce qui contribue à enrichir très considérablement les propriétaires de capitaux bancaires. Si ce marché était concurrentiel, le taux de rémunération de l’épargne serait un peu plus élevé et les prêts faits à des conditions plus souples et favorables à l’investissement ; ce qui constituerait un gain pour les économies de la sous-région ».

Jacques Gueda Ouédraogo, professeur de macroéconomie et de monnaie à l’Université Ouaga II.

Le marché ferroviaire est aussi un monopole total, empêchant le pays d’acheminer une quantité importante de produits. Une société française est en train de se voir confiée l’exploitation de ce marché pour 50 ans, ce qui va hypothéquer le développement de ce secteur. Il aurait fallu morceler le marché du chemin de fer en tronçons, pour les attribuer à des opérateurs économiques qui désirent s’y investir. Cette manière de faire doit s’étendre à tous les domaines du secteur des transports. L’État a pour rôle de créer les conditions de la concurrence dans certains secteurs stratégiques et non de se positionner en investisseur.

Retard technologique

Un autre frein au développement du Burkina Faso, selon le professeur Jacques Gueda Ouédraogo, c’est « son retard sur le plan technologique. Tout ce que le pays consomme dans ce domaine est importé. Que ce soit dans la métallurgie (le fer et l’acier), dans l’agriculture (fabrication de tracteurs, de pesticides et d’insecticides et mêmes de semences), dans la médecine (fabrication de produits pharmaceutiques), dans le domaine électronique et de l’informatique, dans le domaine du transport (les moyens de locomotion), etc., le pays dépend totalement de l’extérieur.

Cette situation fait que les richesses produites à l’intérieur sont toujours utilisées pour l’achat des biens et services consommables de l’extérieur. Pour s’y soustraire, le pays doit créer le personnel qualifié nécessaire, les conditions pouvant se créer elles-mêmes en fonctions de potentialités de l’économie ».

Si le pays décide de former 100 ingénieurs en agronomie, 100 autres en électronique, 100 en pharmacie, 100 en métallurgie, tout de suite des entreprises en intrants agricoles, en textile, en télécommunication, etc. se formeront, et à partir de cet instant, l’économie pourrait connaître un décollage et prendre petit à petit son indépendance formelle vis-à-vis de l’extérieur. Bien sûr qu’il n’existe pas de nation indépendante au sens strict du terme (guerre commerciale entre États-Unis et la Chine populaire) mais chaque pays peut au moins affirmer une certaine autonomie technologique, source de développement.

Par exemple, l’Arabie Saoudite a essayé de reconvertir ses richesses pétrolières en richesses industrielles et touristiques. Les ressources minières étant tarissables, ce pays utilise les gains du secteur pétrolier pour développer le tourisme et l’industrie, de sorte qu’après épuisement de cette ressource, ces secteurs prennent le relai et continuent de pourvoir aux besoins de l’économie nationale.

Le Burkina Faso peut à son tour décider que les richesses tirer de l’exploitation minière, soient exclusivement destinées à développer le secteur des transports (le ferroviaire) et celui de l’agriculture, si bien qu’après épuisement des ressources minières, l’agriculture et le chemin de fer soient assez performants à remplacer au mieux les mines.

« Le développement n’est possible qu’endogène »

Un dernier frein au développement du pays est l’incivisme de sa population et le déséquilibre de développement entre ses différents confins, dû à la mauvaise répartition des investissements publics qui sont concentrés beaucoup plus au Centre. Après, l’on s’étonne du surpeuplement du Centre, du manque d’emplois et de la prolifération du grand banditisme dans les zones défavorisées. L’incivisme, pour sa part, mérite un sérieux diagnostic national et des corrections de comportements.

La Théorie monétaire moderne vaut son pesant d’or certes, mais la prudence recommande des pays de ne pas s’endetter à l’infini, sans précautions de création de richesses nettes, sans garantie de capitaux internes stables et sans résorption des inégalités sociales. Car l’on peut être créateur de richesses, mais demeurer pauvre. Le professeur Joseph Ki-Zerbo le dit si bien : « Le développement n’est possible qu’ endogène ». Et ce, exclusivement.

Etienne Lankoandé
(etiennelank555@gmail.com)
Lefaso.net

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