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Les collecteurs de sachets plastiques refusent l’oubli

A peine installé dans sa fonction de président, que Rock Marc Christian Kaboré a déjà des doléances sur la table. L’une d’entre elle vient de l’Association professionnelle des entreprises de valorisation des déchets plastiques. Le 8 janvier dernier, le collectif a donné une conférence de presse pour informer l’opinion sur les difficultés dans le secteur et demander l’aide du gouvernement. Croulant sous le poids des sachets plastiques accumulés, et sous les dettes dues à l’achat de ces sachets auprès des petits collecteurs, l’Association fait face à d’énormes difficultés qui touchent des milliers de personnes à travers le pays.

Depuis décembre 2014, le gouvernement a cessé de reprendre les stocks collectés et acheté par les collecteurs. Conséquence, les collecteurs se retrouvent avec plusieurs tonnes de déchets et de l’argent perdu. En effet, dans le cadre de la lutte contre les sachet plastiques, le gouvernement de Blaise Compaoré avait mis en place des mesures sociales visant à mettre en place des associations et des groupes de personnes chargées de collecter les sachets plastiques non biodégradables. Ces sachets étaient ensuite rachetés par le gouvernement qui les stockaient dans le but de débarrasser les rues, mais aussi de mettre à long terme, une unité de recyclage de sachets. Le processus envisagé par le gouvernement était la collecte et la transformation de ces déchets. Dans ce cadre, trois unités de traitement devraient voir le jour pour la valorisation des déchets collectés.

Cette campagne «zéro sachet non biodégradable» débuté en 2014 devrait se poursuivre jusqu’en 2018. Le budget initial était de 10 milliards de F CFA, mais a été revu à la baisse au fil des années. La première année, un budget de 1,55 milliards a été voté, mais seul 500 millions ont été reçus avec l’aide des partenaires comme la Chine Taiwan. Avec l’insurrection populaire, le gouvernement de transition a transformé ces mesures sociales en projet de catégorie A. Toutefois, les stocks ne sont plus rachetés depuis quelques temps. Ce qui pose problème car les collecteurs ont dû payer les déchets à coût de millions et attendent d’être remboursés. Sur 5.000 tonnes collectées, seule 2.000 tonnes de sachets a été rachetés par le gouvernement, comme l’explique Yacouba Belemviré, président de l’Association professionnelle des entreprises de valorisations des déchets plastique, «notre projet a été suspendu par le gouvernement de transition qui ne voyait plus en lui une urgence à prendre en compte dans les dossiers de la transition. Ainsi, le budget alloué à cet effet a été suspendu.

Le problème est que le gouvernement s’était engagée auprès des collecteurs qui ont fait leur boulot pour se retrouver ensuite avec des tonnes de sachets plastiques sous les bras. Avec les différentes associations engagées dans ce projet, nous avons donc décidé de nous battre afin que le projet continue». Cette mesure a permis certains avantages. Notamment la protection de l’environnement, la création d’emplois (femmes et jeunes), la prise en compte des associations qui œuvrent dans ce domaine. Les collecteurs aimeraient donc que le projet soit poursuivi dans le but de protéger l’environnement, mais aussi permettre aux jeunes et aux femmes d’avoir du boulot. Bien avant ce projet, de nombreuses associations œuvraient déjà dans le domaine de la collecte des déchets plastiques tels que les seaux, les chaises, et les bidons en plastiques.

La collecte des déchets plastiques est un secteur pourvoyeur d’emplois et très rentable. Cependant, les collecteurs se plaignent du manque de vision du gouvernement qui n’investit pas dans le secteur. Les déchets plastiques sont bien exportés dans les pays étrangers comme le Ghana qui en redemande. Selon les chiffres de Yacouba Belemviré, le prix des déchets plastiques varient selon la qualité. Les déchets constitués de bidons coutent 200.000 la tonne, les seaux 300.000, et les chaises 450.000 la tonne. Cependant, ces déchets gagneraient en plus-value si ils étaient transformés sur place avant l’exportation dans les pays comme le Ghana où ils coûteraient 600 mille la tonne. «Les déchets plastiques sont une vraie aubaine qui permettraient à de nombreuses personnes de sortir de la pauvreté. Cependant, le gouvernement ne mène pas d’action concrète dans ce sens. Il nous faut une unité de transformation de ces déchets et une meilleure organisation du secteur qui emploie de nombreuses personnes et qui pourrait davantage embaucher», soutient Yacouba Belemviré.

De nombreuses personnes concernées

La situation sociopolitique de ces dernières années avait mis un frein au bon déroulement du projet de collecte des sachets plastiques. Du coup, les collecteurs se sont retrouvés avec de gros stocks. Cette situation a créé de vive tension. Certains collecteurs désespérés ont dû bruler leurs stocks devenus trop encombrant. Les sachets plastiques collectés étaient rachetés au prix de 125.000 la tonne par le gouvernement. Plus d’une centaine d’associations employant de nombreuses personnes à travers le Burkina Faso sont concernées par ce projet qu’elles espèrent reprendra bientôt.

Germaine Birba

Source: L’Economiste du Faso n°141, du 18 au 24 janvier 2016

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