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Les Brics surmontent leurs divergences et s’entendent sur le siège de leur banque de développement

Les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont finalement surmonté leurs divergences sur le siège de leur propre banque de développement, lors de leur 6eme sommet annuel au Brésil.
La question du siège avait compliqué les négociations, le président sud-africain Jacob Zuma ayant insisté jusqu’au bout pour Johannesburg, alors que la Russie penchait pour Shanghai, au risque de froisser l’Inde, inquiète d’une domination chinoise. Finalement, c’est Shanghai qui été choisie pour abriter le siège de la nouvelle institution.
Pour ménager New Dehli, il a été annoncé, dans un subtil dosage, que le premier président de la banque serait issu d’Inde. «Ces initiatives montrent que nos pays sont engagés dans une association solide et productive malgré leur diversité», s’est félicité la présidente brésilienne Dilma Rousseff.
Longtemps annoncée, la banque de développement, qui sera érigée par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du sud (BRICS), rencontre ses premiers défis, témoignant du chemin qu’il lui faudra parcourir pour devenir une banque de développement indépendante, du même niveau que la Banque mondiale. Déjà, les différents pays ne semblent pas s’être accordés sur le siège de la future banque, l’Inde et la Chine revendiquant chacun de l’accueillir.
Selon des sources internes citées par Reuters, la création de la banque sera effective au terme du sommet qui réunit ces pays émergents à Fortaleza au Brésil. Mais certaines questions comme celles du siège risque de faire l’objet d’une clause de rendez-vous.
Dans ce scénario, la Russie de Vladimir Poutine semble donner son traditionnel soutien à la Chine. « Le siège de la banque sera Shangaï, c’est ce qui est prévu dans les documents », a déclaré à des journalistes au Kremlin, Yuri Ushakov, un des conseillers du président Russe.
Un autre point de désaccord toujours entre l’Inde et la Chine, c’est que New Dheli souhaite qu’au sein de cette banque, les droits de vote soient égaux, au contraire de ce qui se passe au sein des institutions de Brettons Wood qu’ils veulent aujourd’hui challenger. Un fait qui va être difficile à consacrer. L’économie chinoise à elle seule est bien plus large que celle de l’ensemble des autres pays membres des BRICS et Pekin travaille toujours à asseoir son influence, ce que New Delhi ne peut tolérer.
Enfin la rivalité entre la Chine et l’Inde risque de peser sur la mise en place des différents segments de la Banque de développement des BRICS. Les deux pays ont des différents, modérés certes, sur des questions frontalières. La balance commerciale entre les deux pays est excédentaire pour la Chine, ce qui ne va pas pour plaire aux Indiens.
Pourtant, les BRICS ne peuvent se permettre d’échouer sur ce premier projet d’envergure, depuis six ans qu’ils sont reconnus officiellement sur la scène internationale. On ne peut s’empêcher cependant de penser qu’entre temps les contextes ont beaucoup évolué dans chacun de ces pays, et la courbe de la croissance qui les caractérisait il y a encore quelques temps, est en train de s’infléchir.
Autre défis, la nouvelle banque de développement des BRICS est créée par des pays qui, en leur sein, ont de gros problèmes structurels. Dans les pays comme le Brésil, la Russie, l’Afrique du sud et l’Inde, les clivages sociaux, les problèmes de corruption et leurs adossement sur les marchés des capitaux sont tels, que les ressources de la nouvelle banque de développement des BRICS ne suffiront pas  déjà à adresser ces problèmes.
A titre d’exemple, le rapport de l’Organisation mondiale de la santé du 7 juillet 2014 s’alarmait en effet des maladies chroniques et des difficultés pour accéder aux soins dans ces pays
Enfin, bien que constituant un groupe unique, les BRICS devront aussi surmonter les rivalités qui les opposent sur le plan économique. L’Afrique du sud, la Russie et le Brésil sont en compétition sur les exportations de ressources minières. La Chine et l’Inde sont engagées dans une bataille pour le leadership dans le domaine de l’informatique.
Interrogé sur le sujet par une radio sud-africaine, Iraj Abédian le directeur général de Pan-African Capital Holdings, a affiché tout son scepticisme de voir la Banque des BRICS prendre à contre pied des structures anciennes comme la Banque mondiale et les autres Banques régionales (BAD, BID etc…), sur le moyen terme. « Je crois qu’il leur faudra du temps pour compéter efficacement contre la Banque mondiale et les autres banques de développement. Il en faut du temps pour mettre sur pied une Banque multilatérale de développement et, pour les BRICS, il faudra surmonter en plus leurs propres défis », a-t-il déclaré.
Un autre expert sud-africain, lui aussi s’interroge sur la capacité qu’aura la Banque de développement des BRICS à venir en aide à d’autres pays que ses membres. « C’est ce que font les BM et autres, elles mobilisent des ressources pour venir en aide à d’autres pays. Ici nous n’avons que 5 pays et la question est : Où vont-ils trouver de l’argent pour financer le développement international ? », s’est interrogé David Shapiro, un des experts de la gestion de fortune au sein de la banque sud-africaine Sasfin .
A la Banque mondiale, on accueille la nouvelle avec philosophie. « Notre compétition est la lutte contre la pauvreté, notre ennemi est le manque de croissance ou encore une croissance non inclusive », aurait déclaré son président, l’américain Jim Yong-Kim, selon des propos rapportés par le China Morning Post.
Idriss Linge
 

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