Connecte-toi avec nous

Développement

   |

Le racket : Sport favori aux postes frontaliers africains

En Afrique, l’intégration régionale a du plomb dans l’aile. Le racket est devenu un sport favori aux frontières. Conséquence, la libre circulation des biens et des personnes est une chimère. Des commerçants burkinabè en ont fait l’amère expérience en Côte d’Ivoire. Malgré les dénonciations, le phénomène perdure.

Sous anonymat et sur le site du faso.net, un citoyen témoigne de sa mésaventure alors qu’il se rendait en Côte d’Ivoire le 09 août dernier. Alors qu’il est en direction de Bouaké, il précise : « En cours de route, nous serons arrêtés deux fois pour avoir teinté les vitres arrière de notre véhicule.  » Mon frère je sais que tu parles trop, le bic-là est debout, il faut prononcer la formule magique pour que ça tombe, haï toi aussi ! « , nous dit un agent de police. Il a fallu débourser 1000 f CFA pour récupérer nos papiers. » Arrêté une nouvelle fois, un agent de police lui balancera à la figure : « Regarde mon galon-la toi aussi, 1000f CFA, hum ça n’atteint pas mon galon la hein ! ». Il a dû débourser encore 1000 FCFA. Le citoyen continue sa narration : « À 30 km de Bouaké, nous avons un problème ; un véhicule poids lourd, à la montée d’une cote, freina devant nous et nous ne pouvons pas l’éviter, car n’ayant pas respecté la distance de sécurité. Nous nous faisons donc tracter par un autre véhicule. À la rentrée de la ville, le duo police-gendarmerie nous arrête en nous faisant savoir qu’il est interdit de se faire tracter en Côte d’Ivoire. Les négociations durèrent plus de 30 mn et là, il a fallu débourser la somme de 5000 f CFA pour récupérer nos documents et ceux du chauffeur qui avait accepté de nous rendre ce service. »… Voici un échantillon du calvaire que les usagers des routes africaines rencontrent souvent. Même si ces cas ne sont pas à généraliser, ils gagnent tout de même de plus en plus de terrain. L’Afrique a mal à son intégration. En 2008, l’Observatoire des pratiques anormales, l’OPA, une structure dépendante de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, (UEMOA), a publié un rapport sur le racket routier en se basant sur 3 axes : Ouaga-Lomé, Ouaga-Bamako et Téma-Ouaga de 4 pays : Burkina Faso, Mali, Togo, et Ghana. Il est parvenu à la conclusion que « le racket auprès des chauffeurs est quotidien. Il est pratiqué par la police, la douane et la gendarmerie. Il pénalise considérablement l’activité économique des pays. »

Réduction drastique des recettes douanières

Le secteur des transports en Afrique Occidentale joue un rôle essentiel dans le développement économique de la sous-région. Le transport génère approximativement 6% de son produit intérieur brut. Mais le prix du transport en Afrique de l’Ouest est le plus cher au monde. La corruption constitue un handicap pour le développement social, économique des pays. Selon le RENLAC, le harcèlement routier et la corruption sur les corridors conduisant vers les pays intérieurs conduisent à :
-une augmentation des coûts du transport des marchandises et des passagers. L’Afrique de l’Ouest a le cout de transport le plus élevé du monde.
-une répercussion de ces couts sur le prix des marchandises par les importateurs. Ce qui entraine le renchérissement des coûts produits.
-des retards dans l’acheminement des marchandises. Retards observés au niveau des postes frontaliers tout le long des corridors,
-L’entrée de produits de mauvaises qualités sur le territoire national. Des produits impropres à la consommation entrent ainsi dans les différents pays du fait de la corruption des agents aux postes
frontaliers.
-La baisse des recettes douanières. Du fait de la corruption, il y a une mauvaise déclaration de la valeur des marchandises et cela amène des agents véreux à procéder à une une sous imposition des taxes
-La surcharge des camions: les agents (police/gendarmerie/ douanes) prennent l’argent avec les transporteurs et laissent passer les camions surchargés. Ce qui contribue à dégrader les routes.
-Un impact négatif sur le tourisme: cela se manifeste par des tracasseries policières sur les routes (racket des touristes, exigence de versement de pots-de-vin avant la délivrance de certains documents,…)

Se mobiliser contre le fléau

Face à une telle situation, les responsabilités doivent être situées et chaque acteur doit jouer son rôle. Les Etats doivent par exemple travailler à l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents affectés aux contrôles routiers, punir tous les corrompus et corrupteurs pour donner l’exemple, sensibiliser les populations et usagers des services publics, diffuser à grande échelle des textes et lois relatifs au secteur du trafic routier et à la libre circulation des personnes et des biens,… Les populations pour leur part doivent procéder aux dénonciations systématiques car le silence ou la peur face à la corruption et au racket permet aux fautifs d’évoluer impunément dans leurs malversations et abus.

Aimé Florentin BATIONO
Ecodufaso/groupe Ecodafrik

Annonce publicitaire
Lecture en continue
Commentez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


 

slide

NEWSLETTER

Recevez gratuitement notre newsletter

récents articles