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Portraits

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Larlé Naaba Tigré Agriculteur, éleveur, industriel

Le Larlé Naaba Tigré, est un chef coutumier cumulant moult activités : Cultivateur, éleveur, industriel Pionnier dans la production du biocarburant au Burkina Faso, il dispose également de centaines d’hectares de terres à travers le pays où sont cultivés du maïs, du haricot, du coton, du riz, etc. Ce ministre du Moogho Naaba a fait de la promotion du monde rural, son cheval de bataille.

«Au départ, nous étions environ huit opérateurs sur le terrain national. Mais aujourd’hui, je suis seul à toujours pratiquer et à croire en cette filière». La filière dont parle le Larlé Naaba Tigré, c’est le biocarburant à base de jatropha. Son unité installée dans la zone industrielle de Kossodo, à Ouagadougou, se spécialise depuis sa création en 2010, à la production d’huile végétale à base de jatropha. Les huiles qui y sont extraites sont utilisées en complément ou en substitution de combustibles fossiles, comme le gasoil. «Ce sont des unités embryonnaires, modestes mais qui tiennent la route», lance modestement, le Larlé Naaba Tigré, à l’annonce de notre visite sur le site. Nous voici à Belwet biocarburant, à Kossodo. A l’entrée de l’usine, plastronnent à droite, une forêt d’arbres de jatropha et de moringa. Les connaisseurs de ces deux plantes ne peuvent s’y tromper : ils sont bel et bien dans le domaine du Larlé Naaba Tigré, grand promoteur de ces deux espèces au Burkina Faso. A l’approche des bâtiments, les machines produisent un vacarme assourdissant. Des ouvriers sont à l’œuvre. Pour le directeur technique de l’entreprise Belwet, Mahamadi Siemdé, l’huile de jatropha produite ici a deux qualités différentes. En effet, mélangée juste avec du gasoil, elle peut faire fonctionner les moteurs diesel lourds. «Mais nous sommes en mesure de la purifier et de la rendre plus propre pour qu’elle soit proprice pour la fabrication des produits cosmétiques», précise-t-il. Il poursuit que l’unité a aussi la capacité de produire du biodiesel, en mesure de remplacer à 100% le gasoil. «Dans ce cas, nous n’avons pas besoin d’effectuer de mélange. Le biodiesel est fabriqué à partir de l’huile de jatropha en association avec de l’alcool léger tel que le méthanol ou l’éthanol. Mais, présentement, nous utilisons le méthanol», indique le directeur technique de l’entreprise, Mahamadi Siemdé.
L’unité Belwet biocarburant, à écouter le directeur technique, est à même de produire 4.200 litres d’huile de jatropha par jour et 1440 litres de biodiesel. Mais la réalité journalière est tout autre, relativise-t-il, car l’usine tourne entre 20 et 25% de ses capacités. «Nous produisons en fonction de nos moyens. Nous avons eu à effectuer de gros investissements en très peu de temps. Alors, il nous faut un très bon fonds de roulement pour pouvoir faire fonctionner l’entreprise à plein régime. Or, vous savez que nos banques hésitent à accompagner ce genre d’initiative», justifie Mahamadi Siemdé.
A Kossodo, à côté de Belwet biocarburant, se dresse Belwet industrie. Cette autre unité de production du Larlé Naaba a été portée sur les fonts baptismaux en 2009. Elle produit de l’huile alimentaire, des produits cosmétiques, des aliments pour bétails et volailles, à base essentiellement de jatropha et de moringa. Les productions d’huile des deux unités, Belwet biocarburant et Belwet industrie, confie le directeur technique de l’usine, Mahamadi Siemdé, sont prélevées pour la fabrication des produits cosmétiques de l’entreprise. «Nous prélevons une partie de l’huile de jatropha que nous associons à d’autres produits tels que le beurre de karité pour fabriquer des savons antiseptiques, des savons de lessive, bref du savon de haute qualité vendu au Burkina Faso et à l’extérieur», énumère-t-il. En ce qui concerne les huiles alimentaires, l’industrie a une capacité de production d’environ 2.000 litres/jour. Mais, souligne Mahamadi Siemdé, elle fonctionne à près de 40% de ses capacités. «Pour ce qui est du savon, nous avons une capacité de production de 2 à 5 tonnes/jour. Quant aux tourteaux pour bétail, nous sommes en mesure de produire de 10.000 tonnes l’an», souligne le Larlé Naaba Tigré.

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L’agroforesterie,
la solution

Quid des matières premières nécessaires au fonctionnement de ces usines ? En plus d’être un industriel, le Larlé Naaba s’investit depuis une décennie dans la culture du jatropha et du moringa. «Le jatropha, je l’ai connu avec beaucoup d’espoir en 2007 et je l’ai pratiqué dans la difficulté financière. Mais, je ne perds pas espoir», affirme-t-il d’entrée, lorsque l’on l’invite à parler de cette plante, qu’il qualifie d’ailleurs de «miraculeuse». Pour le ministre du Moogho Naaba, les Allemands qui l’ont accompagné au départ, ont abandonné le projet en 2009 à cause de la crise économique qui prévalait en Europe. Or, poursuit-il, il avait déjà parcouru beaucoup de contrées du pays pour inviter les paysans à planter du jatropha. «Il est inconcevable qu’un chef coutumier ait deux langages. Lorsque mes amis allemands se sont retirés, je ne pouvais plus reculer, et surtout dire aux paysans de stopper la plantation du jatropha. J’étais obligé de contracter des prêts bancaires qui me coûtent encore aujourd’hui», relate le chef traditionnel. A force de persévérance, révèle-t-il, ils sont de nos jours environ 70.000 producteurs de jatropha à travers le Burkina Faso, avec près de 65.000 ha de plantations.
Le moringa est l’autre plante massivement produite par le Larlé Naaba. A domicile, comme dans ses nombreux champs ainsi qu’au sein de son usine à Kossodo, il a toujours une place de choix. L’arbre aux 300 vertus (selon les spécialistes) est bien visible. A Dapelgo, à une quarantaine de kilomètres, à la sortie Nord de Ouagadougou, 6 ha sur les 46 ha de la ferme du Naaba sont affectés à la plantation du moringa. Déjà, on y aperçoit une véritable forêt d’environ 3 ha, irriguée par le système goutte à goutte. Un bassin de 120.000 litres assure son approvisionnement en eau. «La forêt a été créée il y a seulement une année. Et ses feuilles sont prêtes pour la consommation», assure le Larlé Naaba. Aussi, une pépinière jouxte la forêt, afin de reboiser les surfaces restantes.
Graines, feuilles, racines, gousses, fleurs…toutes les composantes du Moringa sont utilisées comme aliments ou médicaments. Cependant, selon le promoteur, c’est dans la pratique de l’agroforesterie que cette plante ainsi que le jatropha s’avèrent précieux. «Le moringa vit entre 40 et 45 ans et le jatropha, 80 à 90 ans. Comparé au café et au cacao qui produisent à partir de la 3e année, et ce, jusqu’à 18 ans, nous avons grand espoir que l’agroforesterie peut être un héritage important pour le monde paysan», s’enthousiasme-t-il. Pour ce faire, il est important, à son avis, que le paysan burkinabè associe à la culture vivrière, la plantation du jatropha et du moringa. Avec de petites superficies, 1 à 3 ha et moyennement 5 à 10 ha, déclare le Larlé Naaba, le paysan n’aura pas besoin de beaucoup d’argent pour assurer la gestion de sa plantation.
«L’agroforesterie sollicite de grosses dépenses quand il s’agit de grandes superficies. Les dépenses sont modestes quand les surfaces sont minimes. Dans ce cas, c’est l’effort personnel du paysan qui est surtout sollicité», argumente-t-il.
Les cultures de rente ne constituent pas seulement les activités du ministre du Moogho Naaba. Les quelques 500 ha qu’il exploite à travers le Burkina Faso (dans plus d’une dizaine de communes) sont consacrés à la production de cultures vivrières telles que le maïs, les arachides, le haricot. Ainsi, la spéculation la plus produite par le Larlé Naaba reste incontestablement le maïs. «Je consacre chaque année plus de 100 ha au maïs avec des productions d’environ 200 tonnes. Une partie est vendue et l’autre est consommée et distribuée au cours de mes activités humanitaires», détaille-t-il. En cette fin du mois de mai, dans sa ferme de Dapelgo, des dizaines de femmes venues des villages environnants égrènent le maïs produit la saison dernière. Le maître des lieux leur rend visite et c’est l’occasion pour elles de présenter leurs doléances. «Il y a environ 80 femmes qui travaillent saisonnièrement dans cette ferme. Je veux juste les aider à subvenir aux besoins de leusr famillse», fait savoir le Larlé Naaba, après un bref entretien avec ses employées du jour.

Pour que le paysan soit envié

Pourquoi s’investir tant dans la terre ? A cette question, le locataire du palais de Larlé déclare que dès l’école primaire, il a toujours aimé, pendant les vacances, aider ses grands-parents dans les travaux champêtres. «Mais ce n’est qu’après mon investiture comme chef en 1990 que j’ai eu mon propre champ. Et aujourd’hui, j’exploite des centaines d’hectares», avance-t-il. Il reconnaît qu’il n’est pas obligé de cultiver pour vivre, mais il soutient s’investir dans la terre pour donner l’exemple. Pour lui, le cultivateur burkinabè est «méprisé» et vit dans la pauvreté, alors que c’est grâce à ses efforts que le citadin trouve de quoi se nourrir. «Après une vingtaine d’années de vie parlementaire, je n’ai plus rien à prouver. Or, dans le monde rural, j’ai un énorme défi à relever. Je veux que la fonction de paysan, de cultivateur, de producteur soit valorisée, célébrée, surtout enviée de tous», indique l’ancien député à l’Assemblée nationale, tout en précisant que 80% des Burkinabè vivent de la terre. Cette fonction, une fois valorisée, ajoute-t-il, permettra une meilleure fixation des jeunes et des femmes dans leur terroir. Pour cela, le Larlé souligne qu’il est d’abord urgent d’augmenter les rendements. «Il est hors de question que nous soyons encore dans les mêmes pratiques agricoles que nos grands-parents. Il faut moderniser l’agriculture en enrichissant nos sols à travers des intrants organiques ou chimiques pour augmenter le rendement à l’hectare», conseille-t-il. Avant de lâcher : «Je ne suis pas allé à la terre pour faire du populisme, mais pour former, sensibiliser, éduquer le monde paysan».
L’élevage de volailles avec le système 35/5

Retour dans la ferme du Larlé Naaba à Dapelgo. Il y élève des poules locales, des poules de chair, des pondeuses, des bœufs, des chèvres et des moutons. 4,5 ha y sont consacrés à l’élevage des poules. En cette fin du mois de mai, les différents poulaillers contiennent environ 8.000 poules, selon l’éleveur. Seydou Soré, un employé de la ferme, vêtu aux couleurs de l’association Belwet (vert et blanc) explique son quotidien : «Nous donnons de l’eau aux poules à 6h et la nourriture à 7h. Ensuite, il faut nettoyer régulièrement pour que les poulaillers soient propres». Des poulaillers, précise le Larlé Naaba, d’où sortent quotidiennement 60 plateaux d’œufs. Son objectif à court terme est d’atteindre les 100 plateaux par jour. C’est pourquoi, sur les lieux, d’autres poulaillers étaient en chantier à de notre passage. La grande fierté du ministre du Mogho Naaba reste sans conteste le système 35/5, qu’il a promu en 2014. Il s’agit de mettre ensemble 35 poules et 5 coqs. En la matière, sa ferme constitue un véritable laboratoire. «J’ai commencé en 2009 avec le système 10 poules un coq. Puis le système a évolué en 2012 avec la stratégie 10 poules 2 coqs», détaille-t-il. A Dapelgo, les poulaillers appliquant ce système sont en pierres taillées, en parpaings et en banco. Pour lui, le système 35/5 procure aux personnes qui l’appliquent des avantages certains. «Déjà, avec 10 poules un coq et 10 poules 2 coqs, l’on sort de la pauvreté après six mois de pratique. Et à partir de 35 poules 5 coqs, il n’est plus question de sortir de la pauvreté. L’on devient plutôt un contributeur au développement du pays parce qu’on peut commencer à épargner», rassure le Larlé Naaba. Il précise d’ailleurs qu’après 6 mois d’exercice du système 35/5, l’éleveur n’enviera point «un cadre moyen de l’administration publique», parce qu’il s’en tirera mensuellement avec plus de 100.000 F CFA.
Plusieurs Burkinabè ont pu bénéficier de ces trois systèmes. Dans le cadre de ses multiples activités, il a indiqué que 50 personnes ont reçu chacune 10 poules un coq ou 10 poules 2 coqs. Quant au 35/5, une dizaine d’éleveurs en ont été bénéficiaires. «Vous me direz que le nombre n’est pas élevé, mais c’est à l’échelle d’un individu et d’une association. L’essentiel, c’est de montrer la voie et ceux qui y croient peuvent l’expérimenter», commente le Larlé Naaba, tout en indiquant que ces systèmes d’élevage ont fait des émules, car des milliers de Burkinabè s’y sont intéressés. Ne pouvant pas tous les satisfaire, faute de moyens, il a invité le gouvernement à lever des fonds pour venir en aide à ceux qui souhaitent s’investir dans ce genre d’élevage. Le besoin, selon lui, est réel, surtout dans la capitale burkinabè où un peu plus de 100.000 poulets sont consommés chaque jour. «Or aucun Burkinabè ne vend 1000 poulets par jour. Le poulet peut devenir une autre mine d’or pour le Burkina Faso pour peu que certains se lancent dans une production massive», assure-t-il. En attendant la concrétisation de ce vœu, le Larlé avoue disposer de 20.000 poules cette année, avec un objectif de doubler l’effectif en fin d’année et d’atteindre les 100.000 pondeuses d’ici à 2 ans. «En ce qui concerne les poulets de chair, je suis présentement à 3000 par mois, pour un objectif de 12.000 par mois. Les poules locales, je suis à 1000 avec un objectif de 3000 par mois. Les bœufs, j’ai une capacité de 30 têtes par trimestre, dans un objectif plus tard de 30 par mois. Les chèvres et les moutons, j’en ai une centaine, avec un objectif d’une cinquantaine tous les trimestres», détaille-t-il à propos de son cheptel.
Agro-forestier, agriculteur, éleveur, industriel…le Larlé Naaba est un chef coutumier cumulant de multiples activités.
A la question de savoir comment il fait pour s’en sortir , il lance, tout sourire : «J’ai grande foi en Dieu et à la science. Je n’ai pas beaucoup de moyens. Dieu m’a donné un peu pour que je fasse profiter aux autres. Je suis sûr qu’il continuera de m’en donner pour que je mette en valeur d’autres filières». En perspective, il a en effet un projet de production d’une variété de haricot appelée Mung-bean. Elle n’engendre pas de ballonnement, est utilisée pour la préparation de vermicelles transparents et constitue un aliment diététique pouvant même être consommé sans dangers particuliers par les diabétiques. En outre, au sein de son usine à Kossodo, il a en projet la production d’huile à base du dattier du désert. «C’est une huile raffinée, de grande qualité, un peu plus même que l’huile d’olive. Elle est consommée en France, au Canada et aux Etats-Unis», soutient-il.

 

 

 

Sié Simplice HIEN / sidwaya.bf

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