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La pauvreté n’est pas un obstacle à la sécurité sociale

Rôle de l’Etat dans l’extension de la protection sociale, clarification des rôles au niveau de la gouvernance… autant de dossiers discutés lors du forum régional de la sécurité sociale pour l’Afrique organisé par la CNSS. Hans-Horst Konkolewsky, secrétaire général de l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS), explique que l’investissement dans la sécurité sociale est un investissement dans l’économie et la cohésion sociale.
– L’Economiste: Quel est l’impact de la crise sur les régimes de sécurité sociale dans le monde?
– Hans-Horst Konkolewsky: La crise économique et financière a eu un impact sur le marché de l’emploi avec des pertes significatives. Les systèmes de sécurité sociale ont assuré une protection aux personnes sans emploi et dans les pays où une assurance contre le chômage existe. Ce système a bien fonctionné surtout quand la prestation ne se limite pas au versement d’une indemnité mais s’accompagne d’une formation pour augmenter les chances des personnes à trouver du travail.
En revanche, les pays qui ne disposent pas d’assurance chômage ont été confrontés à des problèmes importants. Durant cette crise, les fonds de pension ont également essuyé des pertes, certains jusqu’à 30%. Face à cette situation, nous avons établi une ligne directrice en matière d’investissement des fonds. Nous avons tiré des leçons de la crise.
– Et les conséquences pour l’Afrique?
– L’Afrique dispose de ressources nécessaires à la production industrielle et elle a été affectée en raison de la baisse de la croissance globale. Il est vrai que l’impact a été moins important qu’en Europe mais la croissance réalisée par le continent n’a pas permis de créer de l’emploi et d’absorber les nouvelles arrivées sur le marché. En Afrique, la croissance ne se traduit pas souvent par la création d’emplois. C’est là tout le problème du continent dont la population augmente de manière importante alors que le développement économique n’est pas suffisant pour intégrer tous les jeunes.
– Comment étendre la couverture sociale? Le budget de l’Etat devrait-il être sollicité?
– La part du PIB consacrée à l’investissement dans la sécurité sociale est très faible surtout en Afrique subsaharienne. L’Afrique a besoin d’un changement dans la façon de voir les choses en ce sens que la protection sociale ne doit pas être liée au niveau de développement. Pour cela, il faut de la volonté politique. L’investissement dans le secteur social est un investissement dans l’économie et la cohésion sociale.
Nous avons besoin d’une conscience politique et d’une nouvelle entente sur la sécurité sociale. Il faudra aussi trancher la question du financement. Pourquoi ne pas substituer la subvention des produits pétroliers par celle de la sécurité sociale. Cela permettra au moins de garantir un socle de protection. La sécurité sociale est un droit fondamental. Elle relève de la responsabilité de l’Etat, lequel doit assurer un socle de protection minimum. Nous pensons également qu’il existe une capacité contributive et différentes formes de l’organiser.
– Les modèles européens dupliqués en Afrique ont échoué surtout que le continent compte une population importante dans le rural et l’informel. Que recommande l’AISS?
– Contrairement à l’Europe, le marché du travail en Afrique est faiblement formalisé. Pour cela les modèles traditionnels de la sécurité sociale basés sur la contribution des employeurs et travailleurs dans un système contributif ou de l’Etat via des taxes ne peuvent pas fonctionner. Une partie importante de la population est dans le secteur informel ou n’est pas salariée. Nous cherchons un modèle et notre rapport parle d’efforts d’innovation et de la nécessité de développer des systèmes plus flexibles de paiement des cotisations.
Les systèmes en place en Europe ne marchent pas en Afrique. L’Afrique doit chercher son propre modèle.
– Le dernier rapport de l’AISS parle de confiance, de volonté politique et de bonne gouvernance. Ces trois valeurs sont-elles difficiles à réunir?
– Ce sont les trois valeurs des systèmes de sécurité sociale moderne. Elles sont fondamentales en Afrique et en particulier la bonne gouvernance. Il faut que les rôles soient clarifiés entre les conseils d’administration des organismes gestionnaires, l’Etat ainsi que les ministères des Finances. Les fonds de la sécurité sociale sont l’épargne des contribuables et non l’argent de l’Etat. Il faut aussi de la confiance puisque les personnes investissent pour des bénéfices à long terme.

L’exemple allemand d’assurance chômage
LE système allemand d’assurance chômage constitue un bon modèle, selon Hans-Horst Konkolewsky, secrétaire général de l’Association internationale de la sécurité sociale. Il cite l’exemple du secteur automobile qui avait souffert de la baisse des commandes. Une baisse qui s’était accompagnée d’une réduction du temps de travail dans les entreprises. Mais les heures et jours en moins ont été payés par l’assurance chômage. Quand le secteur automobile a renoué avec la hausse, le personnel a repris un rythme de travail normal. Konkolewsky explique que ce schéma a été bénéfique à l’entreprise, au salarié et également à la société. La première a préservé son personnel et a été réactive au moment de la reprise, le salarié a maintenu le contact avec son entreprise. Cela a également été bénéfique à la société surtout que seuls 25% des chômeurs à long terme peuvent reprendre une activité.

Propos recueillis par
Khadija MASMOUDI
leconomiste.com

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