Connecte-toi avec nous

Portraits

   |

Korotimi Dao : De la comptabilité à la haute couture, parcours d’une lionne de la mode africaine

Madame Korotimi Dao Derechef est connue sous le sobriquet de Koro Dk. Elle est la patronne de « Koro Dk Style » un atelier de haute couture situé en plein cœur de Ouagadougou. L’entreprise existe officiellement depuis 2000 et la promotrice tient la dragée haute de la mode africaine.

De la Côte d’Ivoire à son pays d’origine le Burkina Faso, en passant par le Rwanda, l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis, cette promotrice de mode est une des meilleures portes flambeau de la mode africaine dans le monde.

Si ailleurs les femmes sont en train de prendre le pouvoir dans ce métier au visage masculin, au Burkina Faso Koro Dk fait partie des pionnières, en la matière. N’est-ce pas pour cela que ces intimes l’appelle la « maman ».

Femme au grand cœur avec une forte personnalité, un confrère des éditions Le Pays Issa Siguiré disait d’elle : « en matière d’entreprenariat féminin Koro Dk est un modèle. C’est une vraie battante. » Lors de la 72e cérémonie du Festival des Cannes l’actrice Maimouna N’diaye membre du jury a porté haut la mode burkinabè en arborant les créations de  Koro Dk Style .

Situé en plein de cœur de la capitale burkinabè, à quelques pas du grand marché RoodWoko, les patrons de commerces dans les environs ne tarissent pas d’éloges à son égard. Informé de l’interview, l’un d’entre eux, apprécie : « cette une femme exceptionnelle, très respectueuse. »

Dans son atelier, nous sommes accueillis par le bruit des machines et un personnel qui s’affairait au rangement de quelques créations. Ils sont environ une dizaine de permanents et de quelques stagiaires à travailler sur les projets de la couturière

Très élancée, avec un regard d’asiatique, la sympathie de la styliste a rendu très vite l’atmosphère très détendu. Née d’un père couturier, toute petite Korotimi Dao s’exerçait à la couture aux côtés de celui-ci parallèlement à ses études. Elle raconte qu’elle utilisait des chutes de tissus pour coudre des caleçons qu’elle revendait aux enfants de son âge à 25fcfa, les jours de marché du village. « C’était facile à coudre. Tu fais trois parties, c’est-à-dire les deux pieds et la taille et avec les élastiques ça fait des caleçons très jolies d’ailleurs » ironise-t-elle.

Même si son enfance la prédisposait à embrasser ce métier, Koro Dk a poursuivi des études scolaires d’où elle ressortie avec un CAP et un BEP en Comptabilité. Mais une anecdote va changer le cours de sa vie. Elle explique : « Un de mes professeurs a dit ceci un jour « regardez-moi ces bandes de cons derrière la table ». Je ne comprenais pas ce jeu de mots, j’ai donc demandé à ma voisine qui m’expliqua que pour le professeur, être comptable c’est être un con derrière la table. Donc, on passera notre vie à compter l’argent des autres. J’ai donc pris la décision depuis de ne compter que mon propre argent. »

Plus tard, la styliste se marie. Ce qui la conduit vers d’autres horizons notamment en Arabie Saoudite. Issue d’un pays laïc, elle devra vivre dans ce pays où la femme n’a pas le droit de travailler. Mais Koro Dk ne voyait pas les choses ainsi. Avec l’accompagnement de son époux, elle commence vers les années 1994 la couture en recrutant un personnel composé de deux tailleurs en Arabie Saoudite. Ce sont les premiers pas de son entreprise. La suite est un cocktail de passion du métier et d’envie de perfectionnement. Toute chose  qui conduit Koro Dk à Paris où elle va continuer des études en dessin, création et plus tard en accessoires de mode à Fleurie la porte.

Selon la promotrice, le label Koro Dk Style a commencé vers les années 2000 parce qu’avant cela, « c’était de l’amateurisme » confie -t-elle. Ses tenues sont un métissage de Faso Danfani (tissu local) et de tissu européen tel que le lin, la cotonnade et tous ce qui va avec.

Au Burkina Faso et en Afrique, le milieu de la mode haute couture est toujours l’apanage des hommes. A ce propos elle est stricte : « C’est vrai que je suis entourée que de macho mais je me dis aussi que je suis la mère. Avant nous, il y a eu des femmes qui faisaient la couture mais qui n’ont pas eu la chance comme moi d’aller faire des études approfondies en la matière. »

En ce qui concerne la rentabilité de son secteur, elle indique que la mode ne nourrit pas son homme au Burkina Faso.  Mais il y a d’autres richesses dont la fierté de voir porter ses créations. Les tenues haute couture ne peuvent pas dépasser une dizaine maximum. Ce qui fait qu’elles ne sont pas forcément accessibles à toute monde. Surtout dans un pays comme le nôtre.

A ce propos, les gouvernants, les banques et les sponsors gagneraient à accompagner les acteurs car la mode peut contribuer davantage à l’économie nationale si elle d’avantages industrialisée.

Au titre des projets à court termes, elle pense à l’ouverture d’une boutique de prêt d’apporter afin de diversifier l’offre.  Koro Dk est aussi en pleine préparation de son évènement « Mode Afrik » qui est un évènement caritatif. Au fil des ans mode Afrik qu’elle prépare cumulativement avec les 10 ans de « Folie de Mode » de Bazemsé Couture, est devenue comme une association de stylistes qui veulent faire les choses autrement et soutenir les femmes issues de couches vulnérables.

« Les jeunes filles doivent être patiente. Se former, se forger avant de se lancer seules. Et la femme doit apprendre à se battre. Elle ne doit pas laisser l’homme tout faire. Cela pourrait jouer dans la santé du couple par exemple. Ça y va de son épanouissement » lance-t-elle à celles qui veulent lui emboiter le pas.  

Balguissa Sawadogo

Ecodufaso.com/Ecodafrik.com

Annonce publicitaire

 

slide

NEWSLETTER

Recevez gratuitement notre newsletter

récents articles