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Karité : L’arbre en or du Burkina

Dans la savane du Burkina Faso, l’arbre à karité occupe une place importante dans l’économie de subsistance villageoise. Les femmes extraient les amandes de ses fruits pour les transformer en beurre aux multiples vertus, utilisé dans la cuisine et pour les soins du corps. En vendant le karité, sous forme d’amandes ou de beurre, elles se procurent un petit revenu complémentaire. Entre 2012 et 2013, les recettes d’exportation du beurre de karité ont atteint 2,9 milliards de FCFA contre 4,8 milliards de FCFA en 2008 au Burkina Faso. Pour 2015, le pays escompte des recettes de l’ordre de 7 milliards de FCFA.

Le karité aussi appelé « arbre de vie » ou encore « arbre à beurre», est une plante qui pousse naturellement et exclusivement dans la zone soudano sahélienne. Ancré dans les cultures des peuples des différentes zones, le karité constitue une véritable source de vie pour ces derniers à plusieurs égards. Tout ou presque de l’arbre à karité (les fruits, les feuilles, les écorces, les racines, le bois mort…) est utilisé dans les domaines culinaire, alimentaire, sanitaire pharmaceutique, décoratifs, et économique.

Beurre de karité 2Une étude réalisée par VC4PD en partenariat avec la SNV révèle que l’arbre peut atteindre une quinzaine de mètres de haut et vivre plus de deux siècles avec une période de forte production située entre 50 et 100 ans alors qu’il atteint l’âge adulte à partir de 30 ans. Dans sa période de production maximale, un arbre peut aller jusqu’à 20 kg de fruits par an avec toutefois des variations très importantes d’une année à une autre. La variabilité des rendements suivrait un cycle de trois ans: une faible production suivie par une moyenne production, puis une forte production pour clore le cycle qui reprend encore par une faible production et, ainsi de suite.

Sous forme de grappe, les fruits du karité apparaissent cinq mois après la floraison. Une fois mûrs, les fruits tombent au sol. Ils sont constitués d’une pulpe (55%) renfermant souvent une, deux, voir (rarement) trois noix à la coque mince et cassante. A l’intérieur de chaque noix, on peut trouver une à deux amandes dures d’une teinte blanchâtre pouvant contenir jusqu’à 50% de matières grasses : le beurre de karité. Ce dernier est extrait selon différents procédés.

Fabrication du beurre de karité

Beurre de karité

Dans les villages, la fabrication du karité reste assez archaïque. Les femmes reproduisent les gestes qu’elles ont appris et tout se fait encore de manière manuelle selon différentes étapes. Les femmes procèdent d‘abord à la récolte des amandes sous les karités des champs ou de la brousse. Les coques sont par la suite fumées ou bouillies au feu doux pendant quelques heures. Puis, c’est le séchage des noix de karité avant le concassage pour l’extraction des noix. Passée cette étape, les femmes procèdent au lavage et au tri des noix à la main. Les amandes sont ensuite écrasées au pilon ou avec un concasseur avant d’être grillées dans une marmite. C’est la torréfaction. Les amandes torréfiées sont passées au moulin afin d’obtenir une pâte brunâtre. Cette pâte est affinée entre deux pierres de granit puis malaxée et brassée à la main très longuement. Les femmes y ajoutent un peu d’eau chaude afin d’obtenir une pâte blanchâtre. C’est le barattage. Cette pâte blanchâtre est passée au feu pour être liquéfiée. Le beurre liquide est par la suite épuré des quelques résidus grâce à des tamis. Enfin le beurre est laissé au repos et au refroidissement de sorte qu’il se conserve sous une forme consolidée. Cette fabrication manuelle prend environ une semaine. Les petites mottes de beurre sont vendues au marché local pour un prix avoisinant les 25FCFA la motte.

500 000 femmes vivent de l’activité

Le karité à un rôle socio-économique important. Il procure des revenus aux femmes : activité de ramassage, de traitement et d’extraction du beurre (vente de fruits, du beurre, des amandes, …) fabrication de produits cosmétiques, de produits d’entretien à partir du beurre. Le karité est le quatrième produit d’exportation du Burkina après l’or, le coton et les produits de l’élevage. Le karité est de ce point de vue une des spéculations importantes du pays. Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le beurre de karité fait travailler directement ou indirectement environ trois millions d’Africaines. Les principaux pays producteurs sont le Nigéria, le Mali, le Burkina Faso, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo. Les exportations des noix de karité en provenance d e l’Afrique de l’Ouest ont augmenté de 50 000 tonnes en 1994 à 250 000 tonnes en 2007. Le prix a augmenté de 150 $ / tonne à 400 $ / tonne au cours de la même période. Cette augmentation est principalement due à la hausse du prix de cacao sur le marché mondial, le beurre de karité étant utilisé comme succédané pour le beurre de cacao dans la production de chocolat et de pâtisseries. Une partie mineure du beurre de karité est utilisée dans la production de produits cosmétiques. L’exportation pour l’industrie alimentaire se fait en majeure partie sous forme de noix et amandes, tandis que les exportations destinées au marché cosmétique se font généralement sous forme de beurre. L’industrie cosmétique impose des exigences différentes de celles de l’industrie alimentaire et est actuellement le seul débouché pour le beurre de karité biologique certifié.

Le Centre Ouest Africain pour le Commerce estime que l’exportation totale de beurre de karité du Burkina Faso était de 1000 tonnes en 2004.Depuis lors, la demande de beurre de karité en Europe et en Amérique du Nord a augmenté du fait d’une meilleure connaissance du produit et de ses propriétés hydratantes. La première certification biologique pour la produc tion de beurre de karité au Burkina Faso a été obtenue en 2002 par Songtaab-Yalgré (ASY) , suivi par la certification du Club des Productrices de Beurre de Karité Biologique (CPBKB)en 2003. Aujourd’hui, ces deux structures constituent les principaux exportateurs de beurre de karité biologique du pays. Selon la FAO, les exportations de beurre de karité biologique en provenance du Burkina Faso sont passées d’environ 30 tonnes en 2003 à 120 tonnes en 2008. Plus de 500 000 femmes vivent directement de la production de beurre de karité. Les sécheresses, les feux de brousse, la coupe abusive du bois,… sont donc de réelles menaces pour la prospérité des affaires de ces femmes.

Aimé Florentin BATIONO
Ecodufaso/Groupe Ecodafrik

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