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Internet en Afrique : une condition pour entrer la 4ème révolution industrielle

Alors que l’Afrique s’active pour faire son entrée dans la quatrième révolution industrielle (4RI), celle de la transformation digitale, elle se trouve confrontée au triple problème de l’accessibilité, du coût et de la qualité de l’internet pour ses populations. Cette situation, si elle n’est pas prise à bras le corps dès à présent, risque bien d’être un frein à la marche forcée du continent pour rattraper le temps perdu.

Pourtant, avec son fort potentiel de croissance présent et à venir, l’émergence d’une certaine tech africaine qui a montré les arrhes de ses promesses pendant la pandémie du COVID 19 avec des solutions novatrices, les observateurs locaux et internationaux aiment à percevoir une marche inarrêtable. Ajouté à cela, rappelons que la population africaine est très jeune avec une proportion démographique de 70% en dessous de 25 ans, soit plus de 800 000 000 de jeunes appartenant à la génération Z. Selon les récentes projections des Nations unies, le continent devrait doubler sa population d’ici à 2050, passant d’un milliard d’habitants aujourd’hui à près de 2,4 milliards, faisant de l’Afrique un véritable réservoir de ressources humaines, de talents, mais aussi à terme un grand pôle de consommation, détrônant la Chine et l’Inde. Le travail et l’enseignement à distance ont été imposés naturellement par la pandémie du COVID 19, causant une augmentation soudaine et exponentielle du trafic des données dans les tuyaux des réseaux opérateurs. Pendant les deux mois de confinement, on a assisté à une hausse spectaculaire du trafic Internet, de l’ordre de 30%, par rapport à la même période de l’année dernière. De 34% exactement au mois de mars et de 29% au mois d’avril, à en croire NETSCOUT, le spécialiste de la protection des réseaux, qui a compilé les données des Fournisseurs d’accès à Internet (FAI). Puisque le monde ne reviendra plus aux dynamiques pré-Covid, la digitalisation rapide semble être la clé de la relance des moteurs économique et développemental. C’est la nouvelle voie pour rattraper le retard de l’Afrique.

Une fracture entre le coût d’accès et la performance des réseaux africains

Selon une étude menée par Statistica Research Department sur le taux de pénétration d’internet dans le monde en janvier 2019, par région, il s’avère que l’Amérique du Nord est connectée à 95%, l’Europe de l’Ouest à 94%, l’Amérique du Sud à 74% et l’Asie du Sud-Est à 63%. Par contre, l’Afrique de l’ouest l’est à 41%, l’Afrique de l’Est à 32% et l’Afrique centrale à 12%. Il est à souligné néanmoins que l’Afrique du Sud et l’Afrique du Nord émerge du lot avec respectivement 51% et 50%.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : L’Afrique est le continent où l’accès à internet est encore à la traine. A cela s’ajoute le problème du débit de l’internet sur le continent qui laisse à désirer de manière criarde. En effet, il oscille entre 0.60 Mbps et 5mégabits par seconde et 3 Mbps dans la majorité des pays en Afrique au sud du Sahara surtout, contre 24,23Mbps en France, 25,30 Mbps en Slovaquie, 25,86 Mbps aux États-Unis et 28,94Mbps au Japon. Il faut noter quand même que des pays comme Madagascar donnent l’espoir avec un débit moyen qui atteint les 24,87Mbps et qui est le seul pays africain figurant dans les tops 23 au monde en termes de vitesse de connexion et de navigation Avec un débit internet moyen aussi bas, un dangereux décalage pourrait apparaître entre projets innovants et infrastructures associées. Prenons le cas d’une opération chirurgicale assistée d’un bras de robot avec des besoins immenses en débit continu, où le risque de perturbations est élevé et pourrait amener à des tragédies. Même parallèle avec les contenus de cours digitalisés et les cours à distance, en décalage avec les étudiants et chercheurs en manque de matériel individuel.

Paradoxalement, sur le continent avec le plus haut taux de pauvreté (60% de la population vivant avec moins de 1.90 dollars américains par jour et par personne), l’accès à internet est le plus dispendieux au monde. Dans un pays comme le Zimbabwe, un Gigaoctet coûterait 75,20 dollars américain contre 12 dollars américains au Canada et aux États-Unis, 6.66 au Royaume-Uni ou encore 2.99 en France. Lors de la conférence de la Banque Mondiale d’octobre 2019 à Washington, les acteurs institutionnels et de la société civile ont tenté d’appréhender ce paradoxe.

Infrastructures, énergie et financement à l’épreuve de la fracture digitale

Le premier obstacle à lever est infrastructurel, notamment dans une perspective de durabilité pour s’affranchir des questions de rentabilité courte-termistes. Selon la banque mondiale, d’ici à 2035, l’Afrique aurait besoin d’environ 230 000 km de fibre optique pour assurer une couverture décente de ses territoires. Il faut noter que de nombreux efforts de sociétés privés sont en cours actuellement pour augmenter les ressources transmission par fibre optique sur terre et mer. Huawei a déjà déployé plus de 200 000 km de fibre optique sur le continent et proposé une solution dénommée rural star pour désenclaver le monde rural africain en communication voix et données, tandis que Facebook a un ambitieux projet de câble sous-marin pour entourer le continent. Elon Musk, de son côté, envisage d’aborder la solution à partir d’un angle satellitaire.

Le second obstacle à lever est énergétique. Plus de 50% des africains vivent sans électricité et dans des zones rurales enclavées. Quand l’on sait l’importance de l’énergie électrique pour la transformation digitale, on se rend compte de l’ampleur de la marge d’amélioration. Pourtant, l’Afrique est le continent avec le plus important potentiel solaire. Un pays comme le Burkina Faso dispose en moyenne de 3500 heures d’ensoleillement, 4000 heures dans l’Adrar entre l’Algérie, le Mali et le Niger, contre 2200 heures à Kunming en Chine, qui est le plus grand producteur d’énergie solaire au monde. Dans ce contexte, les centres de production énergétique africains devraient être capables théoriquement d’exporter de la capacité énergétique au reste du monde.

L’autre barrière majeure est financière. Et pourtant, pour ce qui concerne le numérique, une politique intégrée, pourrait jouer sur les coûts douaniers sur les équipements TIC, les coûts de licence d’exploitation, les fonds de services universels pour financer le développement rapide de la transformation numérique dans les pays. Ce qu’on perdra en amont en termes de recettes, l’on le rattrapera en aval en termes de productions décuplées. À cela, pourrait s’ajouter de nombreux autres modèles d’affaires. Par exemple, les cahiers de charges des opérateurs peuvent contenir des obligations à connectés des écoles et des structures de santé dans les zones où ils déploient leurs infrastructures et où parfois la ressource digitale est disponible et sous exploitée. La gouvernance du numérique, dans le contexte post-Covid requiert une forte volonté politique et une vision portée au plus haut niveau et décliné en changement de vision en en matière de politique budgétaire.

Cela permettra de mettre à la disposition de chaque citoyen au niveau pays, le dividende numérique, qui est la valeur sûre de nos jours. Le numérique a notamment contribué à la ville de Barcelone de créer une banque du temps, où les populations troque leur temps contre des services les uns pour les autres, créant une nouvelle dynamique socio-économique qui booste le développement. Cela est possible en Afrique.


Par Loïse Tamalgo, Vice-président en charge des relations publiques pour l’Afrique Subsaharienne de Huawei Northern Africa

Biographie de Loïse Tamalgo

Loïse Tamalgo est actuellement le Vice-Président en charge des relations publiques de Huawei Northern Africa. Il est titulaire d’un MBA et d’une Maîtrise en langues appliquées au tourisme et aux affaires. Il est également Chevalier de l’Ordre du Mérite Burkinabè des Arts, des Lettres et de la communication, avec agrafe « Postes et Télécommunications ».
Loïse Tamalgo a contribué à la réalisation de plusieurs projets d’envergure pour les réseaux opérateurs, le déploiement de solutions innovantes à forte valeur ajoutée, et des projets d’infrastructures durables pour des gouvernements selon différents business models. Il a rejoint Huawei en septembre 2007 et a été tour à tour, chef de produit applications et logiciels, gestionnaire de comptes opérateurs et de compte gouvernement, directeur pays pour Huawei au Burkina Faso pendant huit ans, puis Vice-Président des ventes pour la représentation de Huawei en Côte d’Ivoire, qui regroupe, outre la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin, le Burkina Faso et la Guinée pendant un an et demi, avant de rejoindre les relations publiques qu’il pratiquait déjà.

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