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Instauration de la journée de travail continu au Burkina Faso

Instauration de la journée de travail continu au Burkina Faso : Tout le monde y gagne !

La journée de travail continu au niveau de l’administration publique est opérationnelle depuis le 15 septembre 2015 au Burkina. Adoptée en Conseil des Ministres en date du 2 septembre 2015, ce mode de fonctionnement des services publics n’est pas une nouveauté au Burkina. Même si en quelques temps d’opérationnalisation, il est difficile de faire un bilan pour l’heure, nous avons rencontré le Secrétaire Permanent de la Modernisation de l’Administration, Jacques Sosthène Dingara, en vue, comprendre davantage les motivations d’un tel choix de fonctionnement de l’administration mais surtout la rentabilité économique et humaine de la journée de travail continu.

Ecodufaso.com : Ce choix de fonctionnement de l’administration publique résulte-t-il d’un besoin qui s’est fait ressentir ?

M. Jacques Sosthène Dingara : Permettez-moi au nom de Monsieur le Ministre de la fonction publique, du travail et de la sécurité sociale, le Prof Augustin LOADA, de vous remercier pour l’occasion que vous donnez au Ministère en charge de la modernisation de l’administration de pouvoir éclairer vos lecteurs sur le contexte qui a nécessité l’instauration de la journée de travail continu.

Revenant à votre question, il s’agit d’un besoin qui s’est fait ressentir. L’histoire de la journée continue au Burkina Faso remonte à plusieurs années. D’abord en 2003, une enquête sur l’instauration d’un système de journée continue avait été réalisée et plus de 60% des agents étaient favorables à son instauration. A l’issue de cette enquête, un rapport a été présenté en Conseil des ministres en 2008. Mais ce rapport n’a pas pu être adopté au vu des difficultés d’intégrer les secteurs de l’éduction et de la santé.

Avec l’arrivée du Gouvernement de Transition et dans le cadre de la réduction du train de vie de l’Etat, le Gouvernement a instruit le ministre en charge de la fonction publique de mener une étude sur l’instauration de la journée de travail continu au Burkina Faso. (En passant il faut noter que tous les pays frontaliers à savoir la côte d’Ivoire, le Benin, le Togo, le Mali, le Niger pratiquent la journée de travail continu. Notre pays était pratiquement le seul à ne pas être dans ce système.)

Qu’est-ce qu’on gagne et qu’est ce qu’on perd, et quel est le point de vu des usagers.

Avant l’instauration de la journée de travail continu, une enquête a été menée au niveau des treize régions. Un public cible constitué de personnes ressources a été approché au niveau de l’administration publique, du secteur privé, des syndicats et des organisations de la société civile. C’est dire que pratiquement tous les acteurs de la vie nationale ont été approchés pour répondre à un questionnaire. A l’analyse des résultats de ces entretiens, pratiquement 85% de l’échantillon était favorable à l’instauration de la journée de travail continu.

Et concrètement quels sont les avantages de ce mode de fonctionnement ?

Qu’est-ce que l’Etat gagne et qu’est-ce que l’agent lui-même gagne dans la mise en œuvre de cette réforme ? On peut faire l’analyse sur plusieurs plans :
– Premièrement, en ce qui concerne la création d’emploi. la mise en place de la journée de travail continu peut booster le secteur tertiaire et particulièrement celui de la restauration. En effet, suite à une petite enquête menée auprès des restaurateurs de la ville de Ouaga, il est ressorti qu’un emploi est créé en fonction du nombre de plats servi, et plus précisément un emploi pour 18 plats servis. Aussi, si vous prenez en compte tous ceux qui ne vont plus manger à midi en famille, vous comprenez que cela peut avoir un impact positif sur ce secteur ;
– Deuxièmement, il y a l’impact sur le fonctionnement courant de l’administration publique. A titre d’exemple, au moment de la journée de travail discontinu, quand on arrive au bureau, on allume la lumière, le climatiseur dès le matin. Et comme à midi peu de personnes rentrent à cause des distances, les climatiseurs fonctionnent du matin jusqu’à 18h. En terme de consommation courante d’électricité et de charges, on aura une réduction sans doute puisqu’aujourd’hui au lieu de rester dans les bureaux de 12h30 à 15h sans travailler, on aura juste 30 minutes de repos et après on reprend le travail pour arrêter finalement à 15h 30. En termes de réduction de charges de fonctionnement pour l’Etat c’est un acquis. Même si certains pensent que rien n’a changé parce que c’est toujours 8h de travail, cela n’est pas exact car en réalité avant, le climatiseur fonctionnait de 7h à 18h, alors qu’avec la journée de travail continu, ce sera de 7h à 15h30. De même, pour les responsables qui ont des légalement des véhicules de fonction et dont il faut assurer le carburant la consommation pourra être réduite de moitié et partant les charges en carburant ainsi que l’amortissement des véhicules. Toutes ces économies auront pour impact direct la réduction des charges courantes de l’Etat. Des pays comme le Maroc qui ont déjà fait un bilan de la mise en œuvre de l’instauration de la journée de travail continu dans l’administration a observé que l’exécution de la loi de finances 2006 du royaume de Maroc s’est caractérisée par une baisse de 15% du budget consacré à l’électricité et 9% de celui du carburant.

Du côté de l’agent, la journée de travail continu va libérer beaucoup de temps

Du côté de l’agent, il y a des avantages également. Il y a eu plusieurs scénarii d’horaires mais la proposition retenue vise à permettre à l’agent de la fonction publique d’avoir un temps relativement important. C’est ce qu’on a appelé le troisième temps qui pourra aller de 15h 30 à 18h. Chacun pourra exploiter ce temps pour son propre compte : celui qui veut se former par exemple pourra s’inscrire et utiliser ce temps pour la formation continue ou diplômante. Ceux qui veulent faire des consultations pourront le faire aussi, car la loi le permet en ce qui concerne leur domaine spécifique. On pourrait enfin retenir un autre gain sur le plan social surtout au niveau de l’éducation des enfants et de la cohésion de la cellule familiale. Il s’agit d’un intérêt que l’on ne peut pas calculer en terme matériel.
La productivité et l’efficacité ne sont pas à exclure : En effet, lorsque vous faites deux va-et-vient entre votre domicile et votre lieu de travail au lieu d’un seul va-et-vient :
– vous avez deux fois plus de risque d’être en retard au travail ;
– vous avez deux fois plus de risque de vous absenter du travail tout simplement (vous pourriez vous absenter le matin ou l’après-midi) ;
– vous risquez de vous fatiguer sans être vraiment productif. Parcourir de longues distances comme c’est le cas de la plupart des agents publics à vélo ou à moto sous un soleil de plomb constitue déjà un travail (les travailleurs burkinabè dans leur majorité n’ont pas de voitures). Mais il s’agit d’un travail ou un effort non productif.

Et qu’en est-il pour le secteur privé ?

Le secteur privé a été consulté au moment de l’étude. Mais l’administration publique ne peut imposer la journée de travail continu au secteur privé. Nous pensons qu’il va s’organiser progressivement pour s’allier aux horaires de l’administration publique

Balguissa Sawadogo
Ecodufaso.com/ Groupe Ecodafrik

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