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Industries culturelles au Burkina : Les batailles à gagner

La culture est un puissant levier de développement. Du cinéma, à la danse en passant par l’artisanat, le tourisme, la musique, la valorisation des traditions et du savoir local,… le Burkina Faso affirme son géni et sa créativité. Les nombreuses manifestations culturelles (SIAO, SNC, FESPACO, SITHO, NAK,…) sont de véritables tribunes d’expression pour les artistes et pour tous ceux qui vivent de l’art. Mais pour pouvoir résister au rouleau compresseur de la mondialisation, le Burkina Faso doit œuvrer à l’émergence de véritables industries culturelles. C’est un défi de taille qui nécessite une synergie d’actions.

La culture est, dans ses composantes essentielles comme les savoir-faire, les arts, le patrimoine culturel, l’éducation et les sciences, le lieu où une société se comprend, se projette et s’analyse. En sous-tendant la manière dont nous structurons notre société, elle détermine le potentiel, les possibilités, le style et le contenu du développement économique et social. Par sa force créative et son potentiel d’innovation, ainsi que par le rôle essentiel qu’elle joue dans les processus de changement et de préparation de l’avenir, la culture mérite pleinement une place au centre des stratégies et des processus de développement, comme élément associé aux politiques d’éducation, de santé, de protection de l’environnement, de l’aménagement du territoire ou du développement économique et social. Les arts et les cultures sont donc clairement des « valeurs ajoutées », en termes éthiques et moraux, mais aussi en termes de bénéfices (efficience et efficacité), ainsi qu’en termes d’impact économique, social et culturel.

Dans l’entendement de l’UNESCO, la culture est l’ensemble des mœurs, des traditions, des croyances, des valeurs intellectuelles, spirituelles et affectives, des normes formelles et informelles influençant la façon de percevoir et d’agir sur le monde, caractérisant un groupe particulier de personnes et souvent lié à une région géographique ou un groupe social. La culture offre une dimension éthique au développement humain. Placer la culture au cœur du développement est donc un investissement capital dans l’avenir. Comme l’a montré l’échec des projets menés depuis les années 1970, le développement n’est pas simplement synonyme de croissance économique. Il est un moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante. Comme tel le développement est indivisible de la culture.

Culture, facteur de cohésion sociale

En tant que domaine d’activité, elle contribue puissamment, par le biais du patrimoine matériel et immatériel, des industries créatives et des divers moyens d’expression artistique, au développement économique, à la stabilité sociale et à la protection de l’environnement. La culture burkinabè est définie comme étant l’ensemble de traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent la pluralité d’ethnies du pays. Elle englobe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les systèmes de valeurs, les traditions, les croyances et les droits fondamentaux de l’être humain. C’est elle qui imprègne les actes de la société burkinabé, des actes les plus banaux et quotidiens aux plus solennels et décisifs. Elle assure la cohésion de ses membres et leur sert de référentiel. Même si cette culture n’est pas restée immuable, tant elle a subi et continue de subir des changements occasionnés par des facteurs internes et/ou externes, physiques, sociaux, économiques, etc., elle assure toujours cette fonction de cohésion qui reste une condition de taille au développement du pays.

Les défis à relever pour l’émergence d’industries culturelles

Le Burkina Faso essaie de s’identifier au monde par des traits culturels précis : l’hospitalité, l’humilité, la politesse, … Ces traits culturels sont promus non seulement à travers les contes, les lettres et les arts mais aussi par le biais de manifestations culturelles, de cérémonies coutumières et religieuses diverses. Ils ont fait l’histoire commune des populations et assuré une cohésion sociale et une harmonie interethnique. Véritable carrefour culturel, le Burkina Faso ne cesse d’émerveiller le monde entier par des manifestations comme la SNC, le SIAO, le FESPACO, le SITHO, la FILO… C’est le signe manifeste d’une volonté politique affirmée pour le développement de la culture.

Alif NabaLe secteur culturel est aujourd’hui le lieu de nouveaux enjeux. Enjeux culturels liés à la préservation de la diversité, face à la mondialisation perçue comme facteur potentiel d’uniformisation. Enjeux également économiques, qui placent les créateurs burkinabè dans une position de conquête de marchés, contribuant à la création d’emplois. Porteurs d’identité, de valeurs et de sens, les biens et services culturels ne peuvent être considérés au même titre que les marchandises. Ils doivent faire l’objet de politiques culturelles adéquates, susceptibles de favoriser le développement humain, tant au plan national qu’international. La notion de «capital culturel» s’est affirmée ces dernières années. Elle évoque la valeur économique de la créativité culturelle, mais elle prend aussi en compte les principes de diversité et d’égalité, dans l’espace et entre les générations (durabilité). Le capital culturel renvoie aux créations aussi bien matérielles (monuments, sites, œuvres…) qu’immatérielles (traditions orales, folklores, rites, coutumes…) élaborées au fil de l’histoire humaine. La pluralité des expressions culturelles est au cœur du capital culturel. Elle se traduit par la diversité des patrimoines culturels et par la richesse des contenus transmis par les activités, biens et services culturels. Ceux-ci constituent ce qu’on appelle les industries culturelles, découlant de la créativité, de la compétence et du talent individuels et susceptibles de créer de la richesse et du travail via la production et l’exploitation de la propriété intellectuelle.

Ces industries combinent création, production et commercialisation de contenus immatériels et culturels et sont généralement protégées par les droits d’auteur. Depuis 2013, le ministère de la culture a institué les journées de promotion des industries culturelles et créatives (JPICC). Mais de nombreux défis restent encore à être relevés. En effet, le potentiel culturel est aussi important que peu exploité. Le riche vivier d’artistes talentueux n’arrive pas à percer convenablement face aux exigences d’un marché international. Un nombre inestimable de débouchés reste inutilisé faute de moyens et de ressources. Un bouillonnement d’initiatives en gestation dans l’informel ne donne pas de résultats. Selon l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), l’émergence d’une véritable économie de la culture présuppose l’existence d’un environnement favorable à la maîtrise de cette économie. Elle suppose aussi l’existence d’un milieu de la culture, avec des créateurs certes, mais aussi des financiers, des agents techniques, des circuits de distribution et de diffusion, des médiateurs pour faire connaître les œuvres.

Au Burkina Faso, les infrastructures de production et de diffusion/distribution sont encore insuffisantes. Par ailleurs, le statut de l’artiste n’est pas suffisamment abouti et légitimé et le respect des droits d’auteurs reste une pierre d’achoppement. Ce sont là autant de sentiers qu’il faudra débroussailler pour des industries culturelles viables au Burkina Faso et pour tirer profit de la civilisation de l’intelligence.

Aimé Florentin BATIONO
Ecodufaso/groupe Ecodafrik

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