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Hydrocarbures : Ouest-Africains, ne comptez pas sur le pipeline !

Censé alimenter le Bénin, le Togo et le Ghana, le gazoduc d’Afrique de l’Ouest ne tient pas ses promesses. Des dysfonctionnements qui commencent à avoir un réel impact sur les économies des pays concernés.
Plus de quatre ans après le lancement des activités du gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (GAO) qui approvisionne le Bénin, le Togo et le Ghana depuis les champs gaziers du Nigeria, le bilan est loin d’être satisfaisant.
L’organisme nigérian N-Gas, détenu par la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), Shell Petroleum Development Company (SPDC) et Chevron Nigeria, ne parvient en effet pas à fournir au pipeline la livraison journalière de 200 millions de pieds cubes (mpc), soit 5,7 millions de mètres cubes, de gaz naturel prévu par le contrat signé en 2003 avec les gouvernements nigérian, béninois, togolais, et ghanéen et avec le secrétariat de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
Et cette situation risque de durer, une grande partie du contenu du gazoduc servant à répondre aux besoins chaque jour plus importants de la région de Lagos, avant même de franchir la frontière.
Résultat : au Bénin, au Togo et au Ghana, les centrales électriques manquent de gaz et les coupures se multiplient jusque dans les capitales.
La compagnie publique ghanéenne, Volta River Authority (VRA), qui importe le gaz naturel via le GAO, ne reçoit par exemple qu’entre 50 et 80 mpc par jour alors qu’elle en attend 120. Mi-septembre, la situation s’est même aggravée avec le mouvement de grève des travailleurs de la NNPC, qui a provoqué l’interruption du service pendant plusieurs jours, contraignant Accra à envisager l’arrêt de ses centrales thermiques.
Situation onéreuse
Il y a deux ans, un sabotage du gazoduc en territoire togolais avait provoqué une interruption de la fourniture de gaz pendant huit longs mois. « L’impact des dysfonctionnements du gazoduc est important sur notre économie. Les délestages réguliers sabordent nos industries », explique une source gouvernementale ghanéenne.
En juillet, le Ghana a dû se tourner vers la Côte d’Ivoire pour disposer de la production électrique dont il avait besoin. Cependant, la future entrée en production du champ de Jubilee au large du Ghana devrait lui permettre de disposer des 300 mpc nécessaires aux centrales du pays.
En attendant, c’est grâce à l’achat de pétrole brut qu’Accra parvient à faire tourner ses centrales. Une solution extrêmement onéreuse, qui coûte à l’État 55 millions de dollars (43 millions d’euros) toutes les trois semaines. Calculée sur la base d’un baril à 35 dollars, la pénalité de 20 millions de dollars infligée à N-Gas pour le non-respect de ses engagements ne couvrira qu’une petite partie du surcoût supporté par le Ghana.
Interconnexions ivoiriennes
Malgré ces difficultés récurrentes, les États de la Cedeao continuent de miser sur le GAO. La West African Gas Pipeline Company, la société de gestion du gazoduc qui réunit NNPC, Shell, Chevron, Takoradi Power Company, BenGaz, VRA et Sotogaz Togo, a entamé des négociations avec des producteurs de gaz indépendants au Nigeria et au Bénin pour augmenter les volumes de combustible transportés.Misant sur son potentiel gazier, la Côte d’Ivoire prévoit elle aussi de se connecter au pipeline pour proposer ses futures ressources.
Plusieurs projets sont envisagés. L’infrastructure pourrait être dans un premier temps prolongée jusqu’à Assinie (sud-est du pays) pour un investissement estimé à 645 millions de dollars. Puis un second chantier, déjà attribué à l’italien Saipem, consistera à faire courir un gazoduc sur une centaine de kilomètres supplémentaires jusqu’à Abidjan.
L’objectif est d’interconnecter le pipeline avec deux gisements, CI 01 et CI 202, exploités respectivement par l’américain Vanco et Canadian Natural Resources. Le projet, à condition que la Côte d’Ivoire voie sa production actuelle de gaz augmenter, pourrait attirer des financements du Ghana, qui a reçu un prêt de 3 milliards de dollars de la Chine destiné à développer son secteur gazier.

Baudelaire Mieu, à Abidjan
Jeune Afrique

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