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Hébergement Web: OVH se donne les moyens de ses ambitions

Troisième derrière les géants Amazon et Google, OVH poursuit sa croissance intensive dans les serveurs et le cloud avec le monde comme terrain de chasse. La jeune et ambitieuse ETI de Roubaix , en forte croissance, entend bien devenir rapidement un grand groupe et s’en donne les moyens : levée de fonds, nouvelle gouvernance, édification d’une marque de référence…

« Le numérique est arrivé au point d’inflexion : il va exploser et tout bousculer sur son passage. » Nous sommes à Roubaix, au siège d’OVH, le spécialiste des infrastructures Internet, premier hébergeur français et européen de sites, troisième mondial derrière Amazon et Google. Là, dans les tours de ces fermes de données – datacenters –, qui dominent les friches textiles du quartier du Sartel, bourdonnent des dizaines de milliers de serveurs empilés dans les racks. Là où Octave Klaba, le jeune patron, lève le nez de ses écrans – geek connecté en permanence, il tweete à tour de doigt à ses troupes et ses clients – pour expliquer sa vision d’une révolution digitale qui met cul par-dessus tête la plupart des métiers et des entreprises ; et comment il compte en faire profiter cette ETI d’à peine quinze ans, dont il est le cofondateur.

Un CEO fraichement nommé

Ces dernières semaines, OVH s’est mis en ordre de bataille pour les années à venir, décisives. Une grosse levée de fonds auprès des banques – 267 millions d’euros – qui s’ajoute à une précédente. Au total, plus de 400 millions à investir ces trois prochaines années dans les infrastructures, pour développer les services et accélérer sur le cloud. Un nouveau CEO fraîchement enrôlé, Laurent Allard, venu de CGI, conduira désormais l’opérationnel. Président du conseil d’administration, Octave pourra prendre du recul et se consacrer à la technologie logicielle et à la stratégie, les vrais dadas de ce tout jeune quadra.

300 salariés à recruter

Elu personnalité IT 2014 par la communauté informatique devant Thierry Breton, PDG d’Atos et ancien ministre de l’Economie, il compte désormais parmi les dix premières fortunes du Web français, signe que la start-up n’en est plus une. « Le monde change, nous changeons le monde et nous changeons nous-mêmes. J’adore les défis, les nuits blanches, la vitesse, les idées qui naissent le matin et qui fonctionnent le soir », assure cet émule de Xavier Niel. Le patron de Free, sorti lui aussi du rang, aurait prêté les premiers fonds aux Klaba. Chez OVH, rue Kellermann, une fois franchi le poste de sécurité c’est bien la révolution permanente ! La cantine, ripolinée flashy, jouxte un vaste espace en chantier où trônent cornières métalliques et panneaux de Placoplâtre : le futur open space, un de plus, indispensable pour accueillir les nouveaux venus. Car OVH recrute à tour de bras. Elle compte même parmi les 50 entreprises françaises qui embauchent le plus. En décembre dernier, les effectifs du groupe atteignaient les 900 personnes, dont 70% dans l’Hexagone. « En 2015, nous allons recruter au moins 300 personnes, dont près de 200 en France », assure Alexandre Morel, le directeur commercial et marketing. Pas mal, pour une entreprise née en 1999 dans le XIXe arrondissement parisien, avant de rejoindre le pays des Ch’tis.

OVH inside ou le fait maison

La saga des Klaba et les premiers pas d’OVH – pour On vous Héberge ou plus sûrement Oles Van Herman, le surnom de l’étudiant Octave à l’Icam Lille – ont été racontés par le menu : les origines polonaises, deux générations de Klaba aux commandes et une entreprise qui reste très familiale avec le souci permanent de la maîtrise du capital, gage d’indépendance. Tout comme l’approche low cost, iconoclaste et « bidouille » qui a fait sa réputation. D’autres, en termes plus châtiés, parleraient maîtrise de la chaîne de valeur avec intégration verticale – serveurs, réseaux et maintenance – et contrôle des coûts. Dans ce métier, ils sont surtout liés à la puissance des serveurs et à leur consommation d’énergie. Que font les Klaba, en 2002, quand ils ne trouvent pas de serveurs plus petits sur le marché ? Ils les conçoivent, réalisent les prototypes et les fabriquent. Aujourd’hui, OVH en produit 300 à 400 par jour. Le coût principal est l’énergie de refroidissement ? Le papa invente un procédé industriel original très économe. Il n’est pas adapté aux datacenters traditionnels ? OVH construit ses propres silos ! L’entreprise a aussi lancé son routeur maison et expérimente en Alsace la mise au point d’éoliennes !

Plans quinquennaux

« Innovation is freedom » : le concentré d’histoire d’OVH est aujourd’hui son nouveau slogan. Et pas question de diluer cet ADN dans la croissance effrénée. La traditionnelle R&D a été scindée avec d’un côté le développement et l’intégration, de l’autre la recherche rebaptisée… « Research and find ». Tout un programme et le symbole d’une nouvelle ambition. « Nous fonctionnons sur des cycles de cinq ans », indique Octave Klaba. De 1999 à 2004, la start-up a posé ses bases ; de 2004 à 2009, elle a assis ses positions en France puis en Europe ; et de 2009 à 2014, elle est partie à la conquête de l’Amérique du Nord. Pour le plan quinquennal 2014- 19, la marche est encore plus haute. « Nous ne sommes plus une start-up et bientôt plus une ETI, martèle Octave Klaba. Nous devons être global pour accompagner nos clients dans le monde entier et en gagner de nouveaux. » Notamment sur le marché du cloud où les Etats-Unis sont en avance, où l’Europe y vient et l’Asie ne devrait pas tarder. En la matière, tout va très vite et nul n’a de réponses toutes faites, reconnaît le patron. Et si l’innovation est indispensable, elle ne suffit plus. Il s’agit pour OVH de s’imposer comme marque de confiance et une référence mondiale, incontournable.

Pink Floyd et Led Zeppelin

« Pour devenir un grand groupe, nous devons acquérir plus de consistance », explique-t-il. Une stratégie mise en place depuis deux ans. L’entreprise, en 2014, a lancé l’OVH World Tour : dix-huit dates dans seize pays, pour dialoguer avec les clients. Et depuis 2013, un « Summit » annuel aux Docks de Paris, Plaine-Saint-Denis. Là, Octave Klaba paie de sa personne. A l’américaine. Loin de Roubaix, tee-shirt blanc et veste bleu gris, il fait le show. Entrée en scène guitare basse à la main, solo de rock (All My Love de Led Zeppelin en 2013, Money des Pink Floyd en 2014), puis trois quarts d’heure à arpenter l’estrade en déroulant la vision stratégique. Pour finir, bien sûr, avec la petite annonce à la Steve Jobs, quand le gourou d’Apple lançait son fameux « One last thing », avant de dévoiler sa dernière innovation. Ce n’est pas l’exercice préféré d’Octave Klaba, plus à l’aise dans son bureau-labo. Mais une entreprise a besoin d’un phare bien identifiable, commente-t-il. Car les positions se prennent aujourd’hui. Les marchés vont exploser, des phénomènes de concentration vont survenir et OVH compte en être l’acteur plus que la victime. Son profil d’ici deux à trois ans : 2 000 salariés, un chiffre d’affaires entre 500 millions et 1 milliard d’euros, plus de 35 datacenters dans le monde…

Claude Vincent / Rédacteur en Chef Adjoint Enjeux Les Echos
lesechos.fr

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