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Hadja Sylvie Sali Soré/Compaoré : La finance islamique du groupe Coris est l’un des modèles en matière d’inclusion financière des femmes

Pour répondre à la problématique de l’inclusion financière des femmes au Burkina Faso, le groupe Coris Bank International a mis en place une filiale, « Finance islamique » qui offre plusieurs modalités à cet effet. Dans le cadre de la célébration de la 164e journée internationale des droits de la femme dont le thème porte cette année sur l’inclusion financière des femmes, Lefaso.net est allé à la rencontre de la directrice générale directrice de la finance islamique au sein du groupe Coris Bank, Hadja Sylvie Sali Soré/Compaoré, afin de comprendre cet instrument qui prend en compte l’inclusion financière des femmes, les difficultés, les acquis engrangés sur le terrain, etc.

Présentez-vous à nos internautes ?

Hadja Sylvie Sali Soré / Compaoré : Je suis Hadja Sylvie Sali Soré/Compaoré. Je suis la directrice de la finance islamique au sein du groupe Coris Bank et j’ai en charge la supervision des activités de la finance islamique dans toutes les filiales du groupe

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots en quoi consiste la finance Islamique ?

La finance islamique est un système financier qui fonctionne conformément aux principes et règles de la loi islamique et de la jurisprudence. Il faut dire que c’est un système basé sur cinq principes fondamentaux, à savoir trois interdictions et deux obligations. Les trois interdictions sont notamment l’interdiction de la pratique de l’intérêt dans toutes les transactions, l’interdiction de la spéculation et de l’incertitude à outrance et enfin l’interdiction du financement de certains secteurs jugés illicites à savoir l’industrie porcine, l’alcool, les armements, etc. Quant aux obligations, c’est l’obligation de s’adosser à un actif tangible avec tout finalement consenti et enfin celle du partage des pertes et des profils.

Quelle est la spécificité de ce type de financement par rapport aux autres que vous avez dans votre Banque ?

La spécificité du système financier islamique vient déjà du fait de ces principes que nous venons de citer plus haut. Et ces principes font d’elle une finance éthique, responsable et très sociale. En plus de ces aspects, il y a également l’obligation de la finance islamique de s’adosser à un actif tangible et à toute finance qui est consentie et qui est d’établir le lien réel entre la finance islamique et l’économie réelle. Et c’est ce côté qui envoie la responsabilité et la différence majeure entre la finance islamique et la finance conventionnelle.

Vous êtes titulaire d’un master en commerce international de l’IAE de Lyon 2 et d’un master en finance islamique du London School of Modern Studies. Qu’est-ce qui vous a poussé vers des études en finances islamiques ?

Il faut dire déjà que c’est pour des raisons personnelles que je me suis intéressée à la finance islamique. Je sentais aussi que le groupe Coris voulait élever la finance et j’ai pris les devants afin de pouvoir apporter ma contribution. Effectivement, quand le moment est venu, je me suis vue confier le projet et je remercie les premiers responsables du groupe de m’avoir offert cette opportunité.

Y a-t-il spécifiquement des actions en faveur des femmes dans la finance islamique ?

Il faut dire que la finance islamique même à travers les instruments qu’elle offre s’adapte au contexte des femmes. Donc, nous avons des instruments comme la « mouraharaba », la « moucharaka » et beaucoup d’autres produits. Ces instruments sont faits de telle sorte que ça puisse être une facilité. Aujourd’hui, un produit comme la Mouraharaba permet d’éviter le détournement d’objet. Et on peut financer les stocks des femmes en finançant directement leurs besoins en fonds de déroulement au lieu qu’elles prennent directement l’argent qui pourrait être déployé pour autre chose, ce qui n’est pas exactement le but principal de ce pourquoi, il a été contracté.

Nous avons également la « Moura Haba » qui est un produit très adapté pour les associations des femmes. En plus de ce produit, il y a le produit « Salam » adapté au monde agricole, parce que les femmes sont actives dans ce secteur aussi. C’est un produit qui permet d’acheter en avance les produits pour permettre à ces femmes de pouvoir disposer suffisamment de revenus afin de pouvoir financer leurs besoins dans le cadre de la production notamment les intrants, les équipements, etc. Ce produit est par exemple très adapté au Burkina quand on sait que beaucoup de femmes sont dans le milieu rural.

A quels types de femmes la finance islamique s’adresse ?

A priori toutes les modalités du financement islamique sont adaptées à toutes les femmes. Comme on le dit, en finance islamique, il n’y a pas ce qu’on ne peut pas faire. Chaque personne selon son besoin, a une offre adaptée, une structuration qui lui est propre et on peut même pallier aux problèmes de garantie. A travers les différentes modalités proposées, elles peuvent intéresser les femmes du plus bas niveau au plus haut.

C’est ouvert à tous et sans considération aucune. C’est-à-dire, de par sa dénomination, « finance islamique » d’autres personnes peuvent se sentir exclues mais la finance islamique s’adresse à tous et toutes, sans exception aucune. Pas de coloration, pas de considération religieuse, ni ethnique. Car elle s’adresse à tous ceux qui recherchent une certaine qualité dans leurs relations bancaires et bien sûr également à ceux qui, pour des raisons de convictions religieuses ont besoin d’un mode de financement qui puissent être en droite ligne avec ces convictions-là.

Que fait concrètement votre institution pour accroitre l’inclusion financière de la femme ?

L’objectif même de l’avènement de la finance islamique au sein du groupe Coris, vient de cette problématique, celle de l’inclusion financière. En fait le groupe Coris Bank, c’est son ambition d’offrir à sa clientèle des services toujours innovants et surtout qu’il est particulièrement soucieux de la problématique de l’inclusion financière. C’est ce qui l’a amené vers cette finance islamique qui, à travers ses instruments, constitue un puissant levier de lutte contre la pauvreté. Donc à travers l’inclusion financière, il y a non seulement qu’elle contribue à l’amélioration du taux de bancarisation et surtout elle contribue au développement des Etats dans lesquels ils sont avec les instruments proposés qui sont une alternative à la finance conventionnelle.

La directrice de la finance islamique au sein du groupe Coris Bank, Hadja Sylvie Sali Soré/Compaoré, invite les femmes à s’intéresser à ce mode de financement pour leurs activités.

Quelles sont les difficultés rencontrées en matière de finance islamique ?

Il faut dire qu’il y a des difficultés mais elles ne sont pas spécifiques aux femmes. Aujourd’hui, les difficultés au niveau des financements islamiques qu’on rencontre, c’est que très souvent les femmes ont une idée déjà arrêtée du système financier et elles se disent que les banques ne sont faites pour les femmes. Mais aujourd’hui, il y a des mécanismes qui ont été mis en place à travers l’accompagnement associatif pour déjà les sensibiliser et les mettre en confiance pour leur dire qu’elles sont capables. Car la femme, pour travailler, n’a pas forcément besoin de quitter de chez elle. C’est-à-dire, qu’elle peut entreprendre à partir de sa maison. Et tout cela fait qu’on a besoin de sensibilisation mais également de formation. Pour cela, nous sommes en train, avec l’un de nos partenaires, de mettre en place un projet qui sera destiné particulièrement aux femmes.

Y –a-t-il des acquis en la matière ?

Il y a plusieurs acquis. Aujourd’hui, dans notre portefeuille, nous avons beaucoup de femmes qui sont financées de façon individuelle ou de façon associative depuis l’ouverture de la branche islamique. Nous avons accompagné des femmes que nous suivons au Burkina Faso ou ailleurs dans la sous-région. C’est une expérience qui se passe très bien, parce que, ça permet aux femmes d’améliorer leurs conditions de vie et aujourd’hui à partir de ces financements, beaucoup de femmes dans les associations sont arrivées à être indépendantes et à pouvoir contracter des financements de façon individuelle dans le domaine du commerce général, de l’industrie surtout au niveau des huileries.

Comment décririez-vous le positionnement de votre entreprise en matière d’égalité femmes/hommes ?

Le groupe Coris a fait de l’égalité femmes/hommes, un élément capital pour son entreprise. C’est pourquoi, dans plusieurs branches du groupe, beaucoup de femmes sont à la tête de ses différentes filiales.

Avez-vous quelque chose à dire que nos questions ne vous ont pas permis d’aborder ?

Je sais que cette interview a été réalisée dans le cadre de la célébration du 8-Mars, c’est de rappeler à mes braves sœurs qu’au-delà de ce qu’on peut penser de cette journée festive, c’est une journée qui nous a été donnée de réfléchir sur leurs conditions à tous les niveaux et de voir comment elles peuvent contribuer aux cotés de nos papas et de nos maris. Comment nous allons contribuer à l’amélioration des conditions de la famille et de toute la nation ? Pour cela, quelle est notre partition, que nous soyons ménagères, actives dans la société ?

Nous avons toutes un rôle à jouer pour contribuer à un meilleur devenir de nos enfants et du Burkina. Je saisis également l’occasion pour lancer un appel pour dire que, la finance islamique, contrairement à ce qu’on peut penser, est un mode de financement alternatif qui s’adresse à tous sans distinction aucune. C’est juste une alternative qui est offerte avec un mode spécifique de fonctionnement qui n’est pas non plus venue se substituer à la finance conventionnelle, elle n’en a même pas la prétention, mais elle est venue compléter un besoin qui est là.

 

lefaso.net

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