Connecte-toi avec nous

Portraits

   |

Germaine Compaoré : Présidente de l’Association des Tisseuses Teega-Wende

Le pagne tissé FASO DANFANI constitue une identité pour nombre de burkinabè aujourd’hui encore. Véritable source de revenus pour les femmes tisseuses et autres acteurs de la chaîne, qui y trouvent leurs pitances quotidiennes, pour d’autres personnes ce pagne est plus qu’un simple produit commercial mais est devenu un combat. C’est le cas de Madame Germaine Compaoré, Présidente de l’Association des Tisseuse Teega-Wende et aussi Membre du Comité de pilotage pour le 8 Mars 2016. Très accueillante et plein d’enthousiasme, celle que tout le monde appelle tantine nous a reçu entre deux entretiens et malgré son agenda bien chargé. Après le BEPC nous raconte-t-elle elle a suivi successivement une formation en secrétariat. Ce qui a été sanctionné par un BEP, un BAC, un BTS et un DTS en secrétariat. Plus tard Mme Compaoré suivra une Licence en Communication et Marketing. Mariée et mère d’un bébé, qui ne profite pas de sa mère, nous dit-elle avec humour, Madame Compaoré nous raconte son histoire avec le pagne tissé.

Ecodufaso.com : Racontez nous l’histoire entre vous et les pagnes tissés

Germaine Compaoré
J’ai été élue Présidente d’une association depuis 2014 qui est Femmes Unies pour le Progrès du Burkina Faso. Qui était une association mixte de tisseuses de transformatrices et de commerçantes. L’on retrouvait même des fonctionnaires au sein de cette association. Maintenant dans ma zone de résidence l’activité de tissage y est plus développée. Presque dans chaque concession il y a une femme qui tisse. Dans les concessions que vous voyez vous retrouverez une tisseuse presque dans chaque domicile. L’idée m’est donc venue de rassembler toutes les tisseuses de la zone et voir dans la mesure du possible comment approcher les partenaires voir comment développer ce secteur d’activité. Et cela a été effectif en 2009. En effet en 2009, l’on a lancé un appel à travers l’information de bouche à oreille pour recenser toutes celles qui sont dans le tissage et qui s’intéressent vraiment à ce recensement à venir s’inscrire. A l’issue donc du recensement nous nous sommes retrouvées avec plus de 500 femmes œuvrant dans le domaine du tissage et ce rien que dans cette zone seulement. A l’époque l’on reliait la liste de présence comme un document par ce que plus de 500 personnes répertoriées sur une liste de présence cela fait beaucoup de pages.
Il faut souligner aussi que ce nombre a été réduit entre temps. Cela était dû aux intempéries naturelles indépendantes de notre volonté. Il s’agit notamment des inondations du 1er septembre 2009. Etant donné que c’était une zone nouvellement lotie, il y avait également la zone non lotie juste à côte où il y avait des constructions d’infortunes. Mais l’un dans l’autre à cause de l’inondation et le relogement des sinistrés beaucoup de femmes ont migrés dans d’autres zones loin de là où nous sommes. Beaucoup de famille étaient malheureusement concernées. On a du continué avec celles qui étaient restées. Et dans ce même mois de septembre, nous avons approché l’ONG SHALOM qui œuvre dans le micro-crédit et dans le social aussi. Pour un nombre aussi important de femmes tisseuses vivant difficilement qu’est ce qu’ils pouvaient faire pour nous accompagner. Ensemble et avec l’accord des femmes tisseuse il est ressorti le besoin de matière première qui est le fil à tisser. Au lieu d’avoir l’argent liquide en termes de crédit pour travailler nous avons préféré solliciter la disponibilité du fil à tisser pour nos membres. Le partenaire a trouvé cette approche très intéressante et a décidé de nous aider. Le 25 septembre 2009 le Fondateur de l’ONG SHALOM est venu faire la première remise officielle du fil. Le partenaire a aussi contribué à négocier auprès de la Filature du Sahel (FILSAH) l’obtention d’une dotation mensuelle de fil. Au départ nous avions arrêté 100 lots. Mais à partir de 2012, le fil se faisait encore plus cher et rare par ce que la demande était plus forte que l’offre. Ce n’était non plus pas facile pour FILSAH de nous donner cette quantité. Donc l’on prenait 50 lots avec FILSAH et ensuite 50 avec les commerçants. On s’est donc attelé avec les 50 en 2012 pour accompagner les femmes.

Ecodufaso.com : D’où tirez-vous cette passion pour le pagne tissé ?

J’ai été passionnée par le FASO DANFANI depuis mon enfance. Et vue que les femmes m’ont fait confiance en me mettant devant cette structure, il y va aussi de ma responsabilité en tant que présidente, d’aller vers les partenaires négocier et en tout cas plaider leurs causes pour la promotion de leurs produits et le développement du secteur. Il fallait aussi tout faire pour qu’il y ait promotion et valorisation du FASO DANFANI. Depuis 2009, chaque année nous faisons des éditions de journées de promotion et de valorisation de produits de tissages. Sauf en 2015 avec la situation socio politique qui prévalait. Ce n’était pas facile. Depuis 2010 c’est ce que nous fassions pour promouvoir vraiment le Faso DANFANI afin que l’on accorde plus d’importance. Que les uns et les autres qui ont la possibilité et la capacité de soutenir ce secteur d’activité, qu’ils le fassent vraiment. Je suis personnellement passionnée par cette activité que je trouve porteur pour les femmes tisseuses qui ont le plus souvent des revenus modestes. Au départ j’étais employé dans une école supérieure privé de la place. J’avais un salaire certes mais comme la lourde tâche m’a été confiée. Je suis tisseuse je l’accepte et nous sommes au même rang. Avec les formations je m’y connais dedans mieux en teinture comme en tissage. Je me suis formée pour être à la hauteur. On a organisé plusieurs formations pour les femmes. Et à chaque fois j’ai participé aux formations ce qui fait que même si aujourd’hui je ne tisse pas dû à mes occupations de présidente, je m’y connais.

Ecodufaso.com : Le FASO DANFANI a été choisi officiellement par les autorités politiques comme pagne du 8 mars 2016. Comment vous vous organisez pour répondre à la demande ?

En termes d’organisation, nous mettons à la disposition des femmes les matières premières pour qu’elles tissent mais chacune garde son autonomie. Et depuis le début des productions des pagnes tissés à l’occasion du 8 mars nous avons réaménagé les programmes. Par exemple pour ce qui concerne les pagnes tissées du 8 mars journée Internationale de la Femme, le comité a décidé unanimement d’un prix en fonction des mesures des pagnes et les femmes le savent dans les différents lieux de dépôts. Notre centre est un lieu de dépôt c’est pourquoi vous voyez les femmes défilées depuis ce matin. Toutes les femmes en plus de nos membres peuvent amenées leurs produits de tissages pour qu’on puisse revendre. Nous récupérons les produits et elles sont payées sur place. Il y a une équipe au niveau du centre ici qui récupère les pagnes procède à la vérification des mesures si toute fois les mesures ne sont pas correctes nous rejetons. Par ce que même les tisseuses savent que nous demandons 190m. Si c’est ok, l’équipe procède au paiement pour que les femmes puissent d’apporter un soutien à la famille et qu’elles puissent avoir un peu de tonus pour poursuivre leur acticité. Nous sommes très rigoureux en matière de mesure puisqu’il faut satisfaire les clients. Ce qui se trouve dans les marchés généralement ne respectent pas les normes. En effet, il faut une épaisseur de 30 cm pour les petites bandes, et une longueur de 190 m pour respecter les normes. Bien avant tous cela nous procédons au teste à l’eau et au savon pour vérifier si cela ne se déteint pas. Après tout cela on remet au sérigraphe pour le logo. Ensuite l’équipe du centre recoupe en fonction de la demande du client. Ce qui fait que nous sommes débordées actuellement des tisseuses jusqu’au sérigraphe.

Ecodufaso.com : Il y a d’autres types de pagnes importés qui circulent actuellement malgré la décision du gouvernement. Comment avez-vous prise la nouvelle ?

C’est avec un pincement au cœur que nous voyons cela. Du moment où nos autorités décident d’une chose, sauf acte d’incivisme ou l’individualisme sans penser au profit de l’intérêt général, je ne peux pas comprendre de tels actes. Le choix du gouvernement burkinabè était vraiment d’aider à développer ce secteur d’activité et un tant soit peu l’économie du pays ce qui peut contribuer à reculer la pauvreté. Cette décision du gouvernement visait à encourager le consommons burkinabè. Ceux qui sont allés confectionner les autres pagnes pouvaient pourtant collaborer avec les acteurs des pagnes tissés présents au Burkina Faso. On pouvait ensemble voir quels sont les moyens à mettre en œuvre pour répondre à la clientèle au bénéficies de tous. Par exemple la décision est tombée en septembre passé et ce n’était pas facile. Les tisseuses n’avaient pas les moyens idoines pour commencer. Mais ceux qui voulaient investir par exemple dans le secteur pouvait trouver une autre solution au lieu d’aller à l’encontre de la décision du gouvernement. Il y avait des possibilités pour que chacun gagne sur la ligne. Cette décision pour ma part est d’un grand intérêt pour le développement du pays et cela y va de la responsabilité de tout un chacun. Pour l’heure nous ne pouvions rien dire c’est au-delà de nos compétences puisqu’à ce qu’il parait les textes ne peuvent pas interdire l’importation de ces pagnes. Donc nous observons seulement avec peine. Les années à venir ce sera notre cri envers le gouvernement déjà pour l’interdiction d’exportation de pagnes 8 mars. Et nous comptons sur le patriotisme de tout un chacun.

Ecodufaso.com : Quelles sont vos perspectives après le 8 mars au sein de l’association Teega-Wende ?

Pour le moment en termes de perspectives c’est vraiment d’approcher le gouvernement pour qu’ils négocient auprès de la FILSAH à notre faveur la disponibilité de la matière première pour la période de production ou ne serait-ce qu’une dotation mensuelle fixe. Nous voulons en réalité élargir le champ pour couvrir au-delà des tisseuses qui sont dans l’association afin d’appuyer les femmes qui sont dans le secteur mais ne sont pas affiliées à une association quelconque. Il y en a déjà que nous avons pu ramener dans le secteur grâce à la disponibilité de la matière première. Nous crayons qu’après le 8 mars elles veuillent arrêter la production pour des raisons de manque de matières premières. Elles risquent de se remettre à mendier ou à balayer le sable pour se nourrir. Toute chose que nous ne voudrions pas.
Ensuite nous souhaitons reloger notre centre. Là où nous sommes actuellement c’est vraiment restreint. Cela ne permet pas d’accueillir toute les femmes intéressées par le secteur tissage. Nous avons déjà sollicité l’appui des autorités de l’arrondissement pour qu’on ait de l’espace plus agrandit afin de mieux nous équiper d’avantage et de répondre à la très forte demande.
Enfin nous voudrions vraiment solliciter les renforcements de capacité de nos membres. Actuellement, nous avons élargi les champs de recrutement jusqu’aux arrondissements. Malheureusement les tisseuses qui n’étaient pas dans les associations typiques tissage n’ont pas reçu de formation. Ce qui fait qu’il arrive que l’on rejette des pagnes qui ne respectent pas les mesures et la qualité et faute de formation des tisseuses. Après le 8 mars nous envisageons de renforcer les capacités d’un grand nombre de tisseuses par arrondissement et dans les grandes structures de tissage afin de produire des pagnes de meilleures qualités.
Aussi nous ne voudrions pas que cette décision de port du pagne FASO DANFANI soit pour le 8 mars seulement mais au-delà. Le Burkina Faso accueille de grands rendez-vous culturel tels le SIAO, le FESPACO, le 11 décembre la fête nationale, la journée nationale du paysan, etc. nous voudrions que lors de ces activités de grandes envergures que tout le monde soit en FASO DANFANI. Et nous allons plaider auprès du gouvernement pour cela. Aujourd’hui je crois que ça doit être un plaisir pour chaque burkinabè d’avoir un pagne FASO DANFANI dans sa garde-robe. Surtout que nos stylistes en ont besoin. Autour du FASO DANFANI il y a toute une potentialité qui peut se développer.

Ecodufaso.com : Un mot pour clore notre entretien

Les burkinabè doivent être fier du travail des tisseuses. Actuellement c’est véritablement une chaîne de valeur quand on tient compte des tisseuses, des sérigraphes et les couturiers c’est une véritable chaîne de promotion de notre FASO DANFANI. Nous nous y attelons pour que le 8 mars soit un succès mais aussi qu’après cela chaque Burkinabè puisse valoriser et promouvoir le pagne pour le développement économique et culturel du pays.

Entretien réalisé par Balguissa Sawadogo

Balguissa Sawadogo
Ecodufaso.com/ Groupe Ecodafrik

Annonce publicitaire
Lecture en continue
Commentez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


 

slide

NEWSLETTER

Recevez gratuitement notre newsletter

récents articles