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Friperie : Un marché florissant

N’ayant pas toujours les moyens de s’offrir des articles de grande marque, de nombreux burkinabè se tournent vers la friperie. Le marché est en pleine expansion.

Au grand marché de Ouagadougou et dans certaines artères de la ville, on en trouve de tous les gouts et pour toutes les bourses. En plus des habits, des articles électro-ménagers, des meubles,… sont proposés. La clientèle se bouscule pour s’offrir des marchandises à un coup raisonnable. L’objectif n’est pas tant la qualité irréprochable mais l’aspect utilitaire du produit. Mariam à 06 enfants. Ce matin, elle est contente d’avoir pu payer un bon lot de vêtements pour eux avec moins de 25 000 FCFA. « Ils pourront en porter durant toute l’année scolaire. Cela me soulage énormément ». Le chauffeur de taxi Ahmed est lui aussi heureux d’avoir pu s’offrir 07 chemises à 3500 FCFA le tout. « Avec cette acquisition, je pourrai tout les jours être bien vêtu au grand bonheur de mes clients ».
La friperie fait l’objet d’un commerce international depuis le 19e siècle. Après l’Europe, les colonies deviennent rapidement un débouché intéressant pour les vêtements dont les métropolitains ne veulent plus. Des organisations caritatives commencent aussi à collecter les vêtements usagés pour les donner aux pauvres. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, avec l’augmentation du pouvoir d’achat des populations occidentales et la baisse du prix des vêtements, les dons de vêtements usagés montent en flèche. Les organisations caritatives ne les donnent plus prioritairement aux populations précarisées locales, préférant les vendre afin de financer leurs divers projets. Dans les années 1980, on assiste à la libéralisation des marchés du Sud. Simultanément, le prix de l’habillement baisse considérablement alors que l’offre augmente. Le volume des exportations de fripes explose et est accueilli à bras ouverts par les populations appauvries suite à la mise en place des programmes d’ajustement structurel.
Le Burkina Faso commence à importer des milliers de tonnes par an. Le déclin concomitant de ses industries textiles a souvent été attribué à cet essor de la friperie. Il n’est en réalité qu’une conséquence parmi d’autres des politiques macro-économiques d’ajustement structurel qui ont ouvert les marchés africains aux importations tant de vêtements de seconde main que de textile neuf, notamment le textile asiatique à bas prix. Même si la qualité n’est pas comparable, celui-ci, moins cher et neuf, a rapidement conquis les consommateurs burkinabè. En parallèle, la privatisation des firmes textiles, leur mauvaise gestion et le manque d’investissements et de capitaux de départ, n’ont pas permis à l’industrie textile burkinabè d’entrer en force sur le marché mondial. La filière de la fripe génère une quantité d’emplois au Burkina Faso. Elle rassemble des acteurs aux statuts très divers et aux ressources financières très inégales, des grands importateurs aux vendeurs sur les marchés et colporteurs, en passant par ceux qui raccommodent, lavent et repassent les vêtements de seconde main. Cependant, les profits ne sont pas équitablement répartis entre les maillons de la chaîne. Ils se font majoritairement à l’étape d’import-export, et non lors des ventes sur les marchés. Même s’ils dépendent des flux de marchandises venus du Nord, les importateurs contrôlent une étape cruciale de la filière dans laquelle se sont engouffrées les classes aisées du continent qui disposaient des capitaux nécessaires au démarrage de leur activité commerciale. Certains envoient même des collaborateurs dans les pays exportateurs afin que le tri des vêtements corresponde aux demandes des marchés importateurs. Le commerce de la friperie est un important réservoir d’emplois. Son caractère informel permet à des individus imaginatifs de facilement contrôler plusieurs étapes de la filière afin que l’offre corresponde toujours plus aux besoins des marchés finaux. Mais pour cela, il faut nécessairement disposer d’un capital de départ. Et cela n’est pas à la portée de tout le monde. À l’échelle des marchés, la friperie permet à un grand nombre de personnes de survivre mais ne crée pas d’emplois décents. Les détaillants restent souvent coincés dans l’insécurité et l’informalité, sans espoir de stabiliser ou d’améliorer leur situation.

Aimé Florentin BATIONO
Ecodufaso/Groupe ecodafrik

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