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FORMALISATION DES ENTREPRISES AU BURKINA FASO : Entretien Exclusif -Le Directeur général du CGA, Boukary Sawadogo…

FORMALISATION DES ENTREPRISES AU BURKINA FASO :     Entretien Exclusif -Le Directeur général du CGA, Boukary Sawadogo à propos des acquis du programme Pro-actif

 

Le programme national de formalisation des entreprises informelles lancé en début d’année 2017, a amorcé sa deuxième phase d’exécution. En vue de mieux appréhender les acquis de la première phase de cet important programme économique, les leçons apprises ainsi que les perspectives pour la seconde phase, Ecodufaso a rencontré le DG du Centre de Gestion Agréé (CGA), Boukary Sawadogo. La suite dans l’entretien suit.

 

Ecodufaso : Présentez-nous brièvement le programme Pro-ACTIF.

Boukary Sawadogo : Pro-ACTIF est un Programme d’Accompagnement pour la Transition des Entreprises de l’économie informelle vers le Formel. Il a été initié à partir du programme d’accompagnement des petites et moyennes entreprises (PAC-PME). Il a comme déclencheur le Projet d’Appui à la Transformation de l’Economie et à la Création de l’Emploi (PATECE). Pro-ACTIF est mis en œuvre par le Centre de Gestion Agréé de Ouagadougou (CGA) qui a pour mission d’accompagner les PME en matière de gestion comptable, fiscale et sociale.

 

Quels sont les composantes de ce programme et quelle est sa durée ?

Pro-ACTIF est bâti autour de trois (03) composantes et a une durée de trois (03) ans :

  • Les activités de la 1ère phase : informer, sensibiliser, renforcer les capacités des entreprises-cibles, identifier leurs préoccupations et besoins d’accompagnement, disposer d’une cartographie des acteurs, mettre en place des outils organisationnels des acteurs, disposer d’esquisses de politiques à mettre en œuvre pour une transformation positive des acteurs.

 

  • les activités de la deuxième phase : poursuivre des activités de la phase 1, organiser les acteurs, négocier et mettre en place des lignes de crédits et de garantie, mettre en place des dispositifs de caution mutuelle, de caution solidaire, développer des partenariats fructueux au profit des entreprises-cibles et mettre en place une base de données des associations professionnelles sectorielles et de leurs membres.

 

  • les activités de la troisième phase : poursuivre des activités de la phase 2, accompagner les acteurs vers les dispositifs mis en place, développer des prestations additionnelles au profit des entreprises-cibles et mettre en œuvre les partenariats signés au profit des entreprises-cibles.

Quels sont les secteurs d’activités éligibles ?

Les entreprises de tous les secteurs d’activités (commerce, service, industrie, agriculture, artisanat) sont éligibles au programme. Il est prévu l’accompagnement de 9450 entreprises de l’économie informelle vers le formel. Au-delà des actions de renforcement de capacités des promoteurs, il est prévu la formulation et l’opérationnalisation du projet de l’amélioration de l’accès au financement des membres des associations bien organisées de l’économie informelle, la production d’une monographie des acteurs de l’économie informelle de chacune des 13 régions.

 

Un (01) an après son lancement, quel est à ce jour le bilan de votre action ?

Le bilan chiffré est très intéressant et se présente comme suit :

  • 6.387 acteurs enrôlés lors du coaching d’enregistrement dans les 13 régions du Burkina Faso ;
  • 808 acteurs informés et sensibilisés dans les 13 régions à la nécessité de formaliser leurs affaires (formalités administratives, fiscales, sociales et le respect de la réglementation) ;
  • 754 acteurs, potentiels adhérents de CGA, c’est-à-dire des acteurs relevant du régime du réel Simplifié d’Imposition (RSI) des 13 régions, formés à l’utilisation d’outils modernes de gestion et à la déclaration de leur personnel à la CNSS ;
  • une base de données opérationnelle de 6.387 acteursest constituée ;
  • 254 entreprises relevant du RSI ont reçu une assistance comptable, fiscale et sociale permanente ;
  • 45 conseillers d’entreprises, formés au coaching d’entreprise.

 

 

Quelle est votre appréciation des résultats obtenus ?

Les résultats atteints sont satisfaisants, même si nous n’avons pas pu mettre en œuvre toutes les activités de l’année 2017.

Les résultats sont très satisfaisants. En effet, rien que la base de données peut nous permettre de développer plusieurs activités. Je rappelle que la démarche adoptée a permis de rassurer et de convaincre les acteurs de l’économie informelle, de l’importance de renseigner les fiches de coaching d’enregistrement de 6 pages. A l’image d’une consultation médicale, les acteurs ont échangé chacun durant 15 à 30 minutes avec un coach chargé de les enregistrer. Cette démarche ouvre la voie au coaching de changement qui a pour objectif de comprendre les acteurs, de les connaître, de questionner leur environnement, de maitriser ensemble l’environnement de l’entreprise, de révéler leur potentiel, afin de les accompagner pour le changement, à travers la mise à disposition d’outils, le conseil, l’information, etc.

Les actions d’information, de sensibilisation et de formation ont permis de toucher un nombre important d’acteurs de l’économie informelle. En particulier, les sessions d’information et de sensibilisation des leaders d’associations ont eu pour objectif de faciliter la diffusion des informations livrées aux membres des associations représentées ou à tout acteur de l’économie informelle.

 

     Quel est le poids actuel de l’économie informelle au Burkina Faso, car l’on sait bien que la transformation des entreprises informelles en des micros et petites entreprises formelles, dynamiques et compétitives vous tient à cœur ?

 

L’économie du Burkina Faso porte une forte emprunte informelle. Selon les statistiques nationales, en 2004, l’économie informelle représentait 52 % du produit intérieur brut (PIB). En 2012, l’économie informelle représentait près de 46,4 % du PIB.

En matière d’emploi, une estimation de l’emploi informel par le projet E-regulations chiffre la proportion des actifs non formalisés à 93,9 % de la population active du pays. Sur la base d’hypothèses d’analyse, l’enquête annuelle sur les conditions de vie des ménages réalisée en 2007, estime à 22,6 % la taille des emplois informels non agricoles dans la population active totale.

Malgré la place importante des entreprises informelles dans le bassin des entreprises du Burkina Faso, elles ont une faible contribution aux recettes fiscales. C’est au regard de cette importance que le CGA apporte sa contribution à la formalisation en adoptant une approche participative, inclusive visant à contrebalancer les coûts de la formalisation des unités économiques informelles. Nous entendons par formalisation, les actions de formalisation administratives, les actions de formalisation de la gestion ou de la conduite de ses affaires, notamment l’organisation, la formalisation fiscale et sociale. De telles actions présentent plusieurs avantages : l’optimisation de la gestion de la petite entreprise, un élargissement de l’assiette fiscale qui aura nécessairement pour conséquence un accroissement des appuis de l’Etat en faveur des PME, la facilitation de l’accès au financement, la production d’informations fiables pour la mise en place de politiques nationales et plus spécifiquement, de politiques de développement des PME.

 

La formalisation des entreprises constitue une action importante pour l’économie nationale. Quelles sont les principales actions menées et les perspectives à ce jour en la matière ?

 

Au plan de la politique économique, il faut noter que la signature de la Charte des PME par les parties prenantes ouvre un nouveau chapitre dans l’accompagnement des PME. En effet, cette signature ouvre la voie à la formulation et la mise en œuvre d’action concrètes suivant les lignes directrices des textes d’application ; c’est pourquoi, le Centre de Gestion Agréé (CGA) a participé de façon active à la rédaction du plan d’actions et participera à la mise en œuvre des activités retenues.

Au niveau du CGA, les actions d’information, de sensibilisation et de formation sont menées et seront poursuivies. Ces actions ont touchés ces trois dernières années plus de 14 000 acteurs de l’économie informelle. Nous allons poursuivre nos activités avec la mise en place du projet d’amélioration de l’accès au financement des membres des associations bien organisées de l’économie informelle, le développement des activités de proximité (coaching, mentoring, suivi, etc.) afin de soutenir les unités économiques informelles dans leurs efforts de formalisation de leurs affaires. Il est également prévu la tenue d’un forum « Institution de financement-PME », l’établissement d’un partenariat entre le CGA et les institutions de financement. A ce sujet, le CGA a déjà signé une convention de partenariat avec la BANK OF AFRICA (BOA), un partenariat devra être signé dans les prochains jours avec ECO BANK et un autre partenariat est sollicité avec Coris BANK International.

Les perspectives actuelles en matière de formalisation sont les actions envisagées par le Ministère en charge de l’économie informelle, les actions menées par les institutions d’appui aux entreprises : la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso (CCI-BF), la Maison de l’Enterprise du Burkina Faso (MEBF), les Centres de Gestion Agréés (CGA), la Chambre des Métiers de l’Artisanat du Burkina Faso (CMA-BF), les institutions publiques d’appui aux PME, dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’actions de la Charte des PME du Burkina Faso.

 

Quelle démarche utilisez-vous pour assurer l’adhésion des acteurs à vos initiatives ?

Nous utilisons une démarche participative, doublée d’une approche de proximité. En particulier, dans ce projet, l’accent est mis sur le fait de rompre avec l’isolement, les méfiances, les attitudes négatives, le désengagement pour aller vers une proximité d’actions, le reconnaissance des acteurs et leur prise en compte dans les politiques d’appui au secteur privé, avec l’appui des partenaires et l’adhésion des autorités politiques. L’objectif est de parvenir à des attitudes positives, ce qui va accroître l’impact des actions menées. Nous créer la confiance pour mieux impacter.

 

Entretien réalisé par B.S

 

Balguissa Sawadogo

Ecodufaso.Com/Ecodafrik.Com

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