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Fin du gaz butane comme carburant: Des taximen redoutent le chômage

Des taximen de Ouagadougou sont actuellement angoissés, à l’approche du délai du 30 octobre 2016, fixé pour l’entrée en vigueur de la mesure interdisant l’utilisation du gaz butane comme combustible de véhicules au Burkina Faso. Ces conducteurs de taxis utilisant ce combustible, voient leur activité menacée et redoutent le chômage.

C’est en principe le 30 octobre 2016 que les chauffeurs utilisant le gaz butane comme carburant dans leurs véhicules devraient mettre fin à cette pratique. La décision a été prise, courant février dernier, par le gouvernement qui dit vouloir mettre fin à «une pratique anormales aux conséquences multiples».
Cette mesure qui devait entrer immédiatement en vigueur, à été reportée à huit mois plus tard, suite à une négociation avec les responsables des syndicats de taximen. «Nous avons plaidé auprès du gouvernement pour obtenir un prolongement du délai d’entrer en vigueur de la mesure. Toute chose qui devrait nous permettre d’informer et sensibiliser nos membres», a expliqué, El Hadj Oumar Kiéma, président du Syndicat national des taximen et de transport urbain du Burkina (SNTTUB). Mais, voilà qu’à l’approche de la date butoir, des voix se lèvent du côté des chauffeurs de taxis concernés, pour exprimer des craintes. «Cela fait une dizaine d’années que je circule avec un taxi à gaz. Actuellement, je suis très triste parce que le gouvernement veut que nous arrêtions d’utiliser les taxis à gaz», a expliqué Léonard Yaméogo, chauffeur de taxi. Pendant que certains de ses collègues refusent de prononcer sur le sujet, lui a accepté de se prêter à nos questions.
Selon lui, si la mesure de l’interdiction du gaz butane dans les taxis devrait entrer en vigueur, cela équivaudrait à l’arrêt de son activité de taximan, car soutient-il, «en toute franchise, je n’ai pas les moyens de transformer le moteur pour le réadapter à l’essence». La même angoisse est partagée par Abdoulaye Gassabé, un autre taximan qui avoue utiliser le gaz butane comme combustible de son véhicule depuis environ six ans. «Nous n’avons rien contre la décision du gouvernement, mais nous estimons que si les taxis à gaz devraient disparaitre, cela va engendrer beaucoup de chômeurs», a-t-il avoué. De l’avis des deux conducteurs, les avantages dans l’usage du gaz butane se trouvent au niveau du coût. En effet, selon eux, le gaz est nettement économique, comparativement au carburant (essence ou gasoil). «Mon véhicule avait un moteur diesel. J’ai constaté que ça n’allait pas du tout, parce que je ne parvenais pas à faire de recettes, raison pour laquelle j’ai opté pour le gaz », a expliqué Abdoulaye Gassabé. «Economique, mais pas dangereux» A l’en croire, avec une bouteille de gaz butane de 12 kg (dont le coût de recharge est de 5.000 FCFA), il peut faire deux ou trois jours, soit parcourir environ 200 kilomètres. Alors qu’avec l’essence il faut dépenser quatre à cinq fois plus. En effet, actuellement, à Ouagadougou, l’essence est vendue dans les stations service à 602 FCFA/litre, le gasoil à 526 FCFA. Quant au gaz butane, il bénéficie de la subvention de l’Etat. Ainsi, la bouteille de six kg est vendue à 2.000 FCFA et celle de 12 Kg à 5.000 FCFA. L’Etat burkinabè a décidé mettre fin à l’usage du gaz butane comme carburant dans les véhicules pour deux raisons fondamentales. La première est que le gaz est subventionné pour un usage domestique par les ménages, afin d’éviter le recours au bois ou au charbon, source de déforestation.

La seconde raison est que l’usage du gaz dans les taxis serait dangereux et exposerait les clients desdits taxis. De l’avis des taximen utilisant le gaz butane comme carburant, ce dernier argument n’est pas valable, car selon eux, «la pratique n’est pas dangereuse». Léonard Yaméogo s’en défend. «Cela fait environ dix ans que mon taxi est adapté au gaz, mais je n’ai jamais eu un incident malheureux », a-t-il soutenu, ajoutant qu’il n’a jamais appris non plus que l’un de ses collègues a été victime d’un incident malheureux dû à l’usage de gaz dans son véhicule. Pour sa part, Idrissa Compaoré, mécanicien et ancien chauffeur de taxi, défie quiconque apportera la preuve que le gaz butane comme carburant est un danger. Mieux, il pense plutôt que le gaz est moins dangereux que l’essence ordinaire. «Lorsque le moteur est en marche à l’aide du gaz butane, en cas de problème, lorsque vous l’arrêtez, le gaz ne passe plus, donc il ne peut y avoir incendie», argumente-t-il. De l’avis de M. Compaoré, tous les véhicules qui circulent avec l’essence, sortent de l’usine avec un dispositif qui peut leur permettre de circuler avec le gaz. 750.000 pour réadapter le moteur Quant au coût du montage du dispositif, il serait compris entre 125.000 FCFA et 225.000 FCFA. A entendre les utilisateurs et les mécaniciens, une fois qu’un véhicule a déjà été adapté au gaz, il ne peut plus utiliser l’essence comme carburant. Foi de monsieur Compaoré, «une fois le moteur transformé et adapté au gaz, pour le retour à l’essence, il faut carrément remplacer ledit moteur». Il précise que le coût du moteur environne les 750.000 FCFA. C’est ce qui justifie l’angoisse des taximen utilisant le gaz comme carburant qui disent ne pas avoir les moyens pour opérer le changement. Des responsables syndicaux des taximen ont plaidé pour obtenir auprès de l’Etat, des prêts pour aider les utilisateurs du gaz butane à transformer leurs moteurs. Mais, certains taximen estiment que cette solution n’est pas la meilleure option. Ils souhaitent que l’on les laisse continuer leur activité avec des taxis utilisant le gaz butane comme carburant. «En effet, le vrai problème est que le taxi ne marche pas à Ouagadougou », a argumenté Abdoulaye Gassabé.
«Par conséquent, si l’Etat donne des crédits aux taximètres, il ne faudrait pas qu’il s’étonne ou s’offusque lorsque ceux-ci ne parviendront pas à rembourser», a-t-il prévenu. Le phénomène de taxis à gaz existe depuis 1998, au Burkina Faso. Il s’est beaucoup développé à Bobo-Dioulasso avant de s’étendre à d’autres villes du pays dont Ouagadougou. De nos jours, le nombre de taxis roulant à base de gaz butane est estimé à 2 000.

 

Alfred KANON

ecodufaso.com / ecodafrik.com

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