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Développement

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En attendant les Chinois !

Photo d’illustration d’un exposant de pagnes Faso Danfani (DR)

Il est de notoriété publique que le secteur privé joue un rôle moteur pour le développement économique du Burkina Faso et les PME PMI et représentent environ 90% du tissu économique burkinabé. Elles sont de véritables creusets de production de biens et services, de création d’emplois et constituent ainsi un maillon essentiel pour le développement social.

Mais pourquoi ces PMEPMI ne contribuent-t-elles (selon les statistiques i) que pour 35 à 40 % du PIB[i] contre 55% par exemple pour les PME dans les pays membres de l’OCDE[ii] ?

Pourquoi cette faible performance de nos PME ?  Etre performant pour la PME-PMI est une nécessité pour assurer son développement et sa pérennité surtout dans le contexte du Burkina où se profile l’arrivée de PME-PMI Chinoises III !

Les difficultés d’accès aux financements, la faiblesse des fonds propres, la faible structuration, l’inorganisation, l’insuffisance de la formation en gestion, l’absence de vision et l’absence d’un capital humain de qualité, etc. sont autant de sujets qui sont devenus de véritables « ponts aux ânes » pour tous ceux qui veulent expliquer la faible performance de nos PME.

Pour pallier les difficultés citées supra, une charte des PME a été adoptée au Burkina Faso entre l’Etat et les PME. Elle prévoit la mise en œuvre ou la promotion de mécanismes nouveaux de financements des PME comme par exemple le capital risque (en l’occurrence il s’agit d’un ancien « nouveau » mécanisme de financement et non d’un véritable nouveau mécanisme de financement), les facilités d’accès à la commande publique, la création de mécanismes spécifiques incitatifs au financement bancaire des PME, etc.

Commentant les bienfaits attendus de la mise en œuvre des instruments de la Charte pour faciliter le financement des PME, notamment le capital-risque, on a pu dire  que «  ces instruments en permettant aux PME d’accéder aux financements, constituent la ceinture de sécurité des PME burkinabé dans l’attente des PME Chinoises[iii] ».

Pour ma part, je crois qu’un plus grand accès au financement est nécessaire pour assurer la croissance des activités de nos PME, mais la performance et la compétitivité exigent des aptitudes et des attitudes commerciales de la part des dirigeants PME pour faire face au concurrent dont l’ombre fait déjà peur avant qu’il n’arrive.

J’ai vécu une histoire avec une «micro entreprise » que je souhaite partager avec vous.

En juillet dernier, j’ai été amené à solliciter les services d’une micro entreprise dénommée Nongtaaba offrant des services de « photocopie- impression – reliure- scannage » pour relier en 4 exemplaires un plan d’affaires à soumettre à un bailleur de fonds. L’enjeu était de taille et avec mon collègue Consultant nous avions opté de mettre les moyens financiers nécessaires pour obtenir une belle présentation du document. Un rendez-vous est pris la veille avec le chef d’entreprise à qui nous expliquons avoir été séduit par un modèle de document relié chez lui et notre souhait d’obtenir exactement le même modèle de reliure. Nous précisons par ailleurs les travaux préalables à l’assemblage du document à relier : copie des annexes en 4 exemplaires (chaque annexe comporte 10 pages), impression en couleur des pages de séparation des différentes parties, photocopies de l’ensemble du document en 4 exemplaires.

Rendez-vous fut pris le samedi matin à 8 heures. Nous nous rendîmes chez Nongtaaba à l’heure indiquée.  Nous dûmes y rester jusqu’à 21 h et retournâmes chez nous épuisés mais munis de nos 4 documents. Je me permets de dérouler ci-après un florilège de dysfonctionnements dans l’entreprise Nongtaaba qui me semble à corriger :

Le respect des horaires. Le RDV était pris pour 8 heures et nous avons respecté l’heure. Le dirigeant est arrivé à 9 heures.

– Notre prise en charge a commencé à 9h30 mn parce que deux dames préposées à la saisie devaient achever au préalable un travail commencé la veille. Du reste, avant de commencer l’une d’elle a pris le soin de nous prévenir qu’elle arrêtera à 11 heures pour se rendre à un mariage. Nous dûmes continuer ainsi avec un agent. Manque de sérieux ou de discipline dans le travail ? Cela serait-t-il imaginable dans une entreprise chinoise ?

– La saisie du document fût particulièrement laborieuse. La dame commise à cette tâche était certes pleine de bonne volonté mais en l’occurrence, c’était plus sa connaissance de l’orthographe qui était nécessaire.  Elle ne savait pas non plus utiliser le correcteur automatique de l’ordinateur ainsi des fautes grossières apparaissaient comme «Conseille d’administration».  Pour une entreprise qui propose ses services dans le domaine de la saisie, la moindre des choses est d’avoir un opérateur de saisie qualifié (même si l’on recrute un parent). La qualification professionnelle et le savoir-faire sont au cœur de la performance des entreprises chinoises !    Besoin de formation.

– Tantôt l’agent de saisie en causant avec un visiteur ou en conversation sur son téléphone portable imprime plusieurs fois le même document en couleur dont il s’oblige ensuite à détruire le surplus. L’agent chargé de la reliure par manque d’application, a relié des documents dans le mauvais ordre. Tout cela au prix d’un coût non malheureusement pris en compte. La discipline au travail est nécessaire dans nos entreprises.

– Cette petite entreprise s’organise autour de quatre postes de travail : 1 : saisies et impressions, 2 : photocopies et scannages, 3 : reliures et 4 : encaissements. Le processus de production est suivant : le client remet son document pour saisie à un agent qui après exécution note sur un bout de papier le nombre de pages et remet cette note au client qui passe à la caisse. Un diagnostic sommaire permet de déceler trois points de fraudes possibles :

  • L’opérateur de saisie à la base peut ne pas facturer ou peut sous-facturer l ;
  • Le client peut sortir avec ses documents sans passer à la caisse ;
  • Des travaux parallèles peuvent être menés sur toute la chaine.

NB : Nous avons conseillé au dirigeant d’avoir à chaque poste de travail un cahier d’enregistrement et dont les rapprochements pourront faciliter les contrôles de caisse.

Cette entreprise au regard de sa taille doit selon la loi tenir au plan comptable un système minimal de trésorerie, mais il apparait que même pour ce système, le problème d’organisation se pose.  Des efforts dans l’organisation comptable.

  • Un client s’est plaint d’un employé à propos de la lenteur de traitement de son dossier. Ce qui entraina des propos houleux, voire injurieux entre eux en présence même du responsable de l’entreprise. Savoir être commercial et être orienté client
  • Le Chef d’entreprise a installé un poste téléviseur pour faciliter l’attente de ses clients. Nous étions en pleine coupe du monde 2018 et jour de match entre l’Argentine et « l’équipe africaine « la France ! ». La salle fût envahie par les badauds des alentours. Dans cette ambiance de vidéo club, il était difficile pour les agents traitant nos documents de continuer sereinement leur travail et cela prolongea bien sûr notre temps de présence. L’accessoire ne doit pas freiner le principal.
  • L’entreprise a été organisée pour un travail à la chaine : saisie – impression – photocopie – reliures (agrafes + couvertures spéciales). Mais la production est souvent interrompue parce qu’un élément de la chaine n’est pas disponible ou a cumulé plusieurs tâches disparates. La performance est un résultat individuel et collectif.
  • L’entreprise Nongtaaba est située aux alentours d’une zone administrative avec de nombreux concurrents sur le même créneau d’activité. La rentabilité est intéressante certainement au regard du niveau d’investissement constaté dans plusieurs entreprises : des copieurs couleurs à l’état neuf, des imprimantes performantes, des ordinateurs avec de grandes capacités mémoires, des scanners, des tables de tirage et de découpe de photos d’identité, etc. Ces entreprises installées sur le domaine public ne peuvent construire des hangars en matériaux définitifs avec emprise profonde sur le sol et ont pour la plupart installé leurs espaces de travail dans des conteneurs aménagés.

L’entreprise Nongtaaba dispose d’un avantage concurrentiel énorme sur ses concurrents : elle est la seule à disposer d’un spécialiste en reliure par collage. Ce type de reliure en principe n’est possible que dans les grandes imprimeries qui font l’édition de livres, mais l’entreprise Nongtaaba assume cette tâche de manière impeccable au moyen d’un équipement sommaire (table, colle, petit outillage et croyez-le, une grosse pierre déposée sur le document après collage et dont le poids aide à l’adhérence). Le spécialiste a appris ce travail au Ghana. Certains concurrents de l’entreprise Nongtaaba ont ainsi recours à elle pour sous-traiter leur reliure. L’entreprise en tire pour le moment un avantage mais deux menaces et une opportunité se profilent :

  • Un concurrent débauche le spécialiste ;
  • Le spécialiste s’installe à son propre compte et offre ses services de reliure-collage à tous ;
  • L’entreprise Nongtaaba anticipe et crée une entité distincte chargée de faire des reliures par collage sous la responsabilité du spécialiste OT. Le dirigeant d’entreprise doit avoir de la vision.

Nous avons quitté cette entreprise à 21 heures et j’ai voulu partager ce vécu pour susciter la réflexion sur des choses simples et accessibles que nous pouvons faire pour donner à nos PMEPMI un minimum d’organisation pour pouvoir nouer le cas échéant des partenariats fructueux avec les Chinois ou dans tous les cas évoluer de façon pérenne.

Moussa Ouedraogo

Cadre de Banque

Chevalier de l’ordre du mérite

 

[i] Source CCI- BF « PME au Burkina Faso un poids économique réel » in Réussir Business .com.  A propos de statistiques, il faut noter que celles disponibles sur les PMEPMI sont de faible qualité. Ainsi par exemple il est une tâche ardue pour avoir une information fiable sur le nombre exact de PMEPMI existant au Burkina

 

[ii] Revue de l’OCDE sur le développement N02004

 

[iii] Redynamiser les PME Confédération générale des PME du BF, in l’Economiste du Faso N0 271 du 28 octobre 2018

 

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