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Edoh Kossi Amenounve, DG de la BRVM : «Il ya des réelles opportunités pour les entreprises à aller en bourse»

Edoh Kossi Amenounve, DG de la BRVM : «Il ya des réelles opportunités pour les entreprises à aller en bourse»

Présent à Ouagadougou où il a été reçu par le président du Faso, le directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), Edoh Kossi Amenounve s’est entretenu avec Sidwaya. Il aborde dans cette interview, le bilan des dernières années, les perspectives de développement de son institution. Il invite les entreprises à aller vers la bourse, seule opportunité pour elles de trouver des moyens pour leurs investissements à long terme.

Sidwaya (S) : Quel est l’objet de votre visite au Burkina
Faso ?

Edoh Kossi Amenounve (E K A): La délégation de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) conduite par le président du conseil d’administration a été reçue par le président du Faso. Nous sommes venu faire le point de nos activités au Président du Faso , l’évolution récente de notre bourse en termes d’activités, de positionnement, de performances au cours des trois dernières années. Nous lui avons également présenté les perspectives de développement de la BRVM, c’est-à-dire les grands axes stratégiques sur lesquels nous travaillons. L’audience nous a aussi permis de recueillir ses conseils qui nous guideront dans la mise en œuvre des actions que nous allons entreprendre au cours des prochaines années. Le président du conseil d’administration a profité de l’occasion pour féliciter le président pour son élection. Il a également apporté la compassion de la BRVM et l’ensemble du marché financier régional au peuple burkinabè pour ce qui s’est passé au cours des dernières semaines au Burkina et en Côte d’ivoire.

S : Quels sont les perspectives de développement de la BRVM que vous avez évoquées avec le président du Faso ?

E K A : Les projets futurs présentés au président du Faso sont d’abord les obligations de la diaspora qui est un instrument très important pour la mobilisation des dépenses au profit des Etats en vue de financer les projets d’infrastructures de développement. Nous avons également fait le point de la création des compartiments des PME/PMI que la BRVM a initié depuis quelques années et qui sera ouvert en 2016. Le financement des PME/PMI est une problématique majeure pour tous les Etats de l’UEMOA et même des pays africains. La BRVM a décidé d’apporter sa contribution à la recherche des solutions au financement des PME en ouvrant un compartiment pour ce type d’entreprises avec des critères d’admission allégés et des mesures d’accompagnement en terme de gouvernance, de renforcement comptable, de diffusion de l’information financière et d’incitation fiscale.
Le troisième projet est le compartiment minier. Les pays de la sous-région comme la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le Niger…, au regard de leurs potentiels miniers, sont très regardés par les investisseurs étrangers. Nous avons pensé qu’il était bon que nous ayons un mécanisme local pour financer les opérations minières. La bourse de Toronto qui concerne le compartiment minier est un modèle qui fonctionne très bien et nous voulons nous inspirer de son organisation afin que les entreprises qui veulent faire des explorations et des exploitations minières puissent lever des ressources auprès des investisseurs pour réaliser leurs projets miniers.
On dit que l’Afrique a raté le virage du pétrole en ce sens que le pétrole n’a pas été profitable aux Africains malgré le très grand nombre de pays producteurs. Nous pensons que l’Afrique ne doit pas rater le virage minier. Pour ce faire, la BRVM veut apporter une contribution afin que dans la sous-région, il y ait pour la première fois en Afrique, un compartiment minier.

S : Qu’est ce qui explique les fortes performances réalisées par la BVRM en 2015 ?

E K A : Les investisseurs croient aux potentiels économiques de nos pays. Au cours des dernières années, la croissance en Côte d’Ivoire a une moyenne de 9%. Dans les autres pays de l’UEMOA, la croissance s’est consolidée pour s’établir à 5 ou 6% depuis près de dix ans. Tout cela s’est reflété sur le marché et les investisseurs se sont intéressés aux sociétés cotées à la BRVM. Il n’y a pas que les investisseurs internationaux, même les investisseurs nationaux sont de plus en plus actifs car ils ont investi à peu près 75% de la valeur des transactions enregistrées. Ce qui est une très bonne chose. C’est ce qui nous a permis d’avoir ces 337 milliards de FCFA de valeur de transaction sur tous les titres. Les titres les plus dynamiques sont dans les secteurs de la consommation et de la distribution en Côte d’ivoire et de la téléphonie comme ONATEL au Burkina Faso ou dans le secteur bancaire comme BOA. La tendance se poursuit, nous sommes presqu’à 150 milliards à la fin du premier trimestre, c’est-à-dire la moitié de ce que nous avons réalisée l’année dernière. Cette année, nous comptons atteindre les 400 à 500 de FCFA de valeurs de transactions à la BRVM.

S : Pour être cotée à la BRVM, quels critères une entreprise doit-elle remplir?

E K A : Nous avons deux compartiments à la BRVM. La cote officielle et « le second marché ». Pour être cotée à la BRVM, l’entreprise doit être une société anonyme, avoir un certain nombre d’années d’existence. Elle doit présenter une capitalisation entre 500 millions de FCFA pour le premier et 200 millions de FCFA pour le second compartiment. Elle doit avoir des comptes audités et doit libérer 20% de son capital au public.

S : Au Burkina Faso, il n’y a que deux entreprises à savoir ONATEL et BOA qui sont cotées à la BRVM. Qu’est ce qui explique cette réticence des entreprises à y aller ?

E K A : La principale raison est d’ordre culturel et environnemental. Nous sommes dans un environnement dominé par le secteur bancaire. Nous sommes dans une économie d’endettement. Le premier réflexe des entreprises quand elles ont besoin d’argent, c’est aller à la banque. C’est maintenant qu’il faut leur inculquer la culture boursière en les montrant que pour les investissements de long terme, il faut venir lever des capitaux sur le marché financier. Cette année, nous espérons BOA Mali, mais il y a également deux ou trois entreprises qui ont commencé à se préparer pour lever des capitaux dont une dans le secteur bancaire au Burkina Faso.
Avec les chefs d’Etat, nous évoquons la question des privatisations de certaines entreprises étatiques ou à participation majoritaire de l’Etat, en vue de leur introduction en bourse. Ceci pour deux raisons. Premièrement, la privatisation améliore la gouvernance de ces entreprises avec la présence du secteur privé. Et puis, elle met fin aux subventions que les Etats versent à ces entreprises et encourage l’actionnariat populaire. C’est un cercle vertueux qui permet aux populations de créer elles-mêmes des entreprises et cela renforce le tissu économique national. Les privatisations ne consistent pas à se départir du patrimoine national parce que l’Etat peut rester avec une participation dans ces entreprises. 20% à la population, c’est déjà un signal fort de l’implication de la population à l’actionnariat et du partage de richesses du pays.

S : Au regard de cette réticence, quel message lancez-vous aux entreprises ?

E K A : Nous disons aux entreprises que la BRVM présente de réelles opportunités pour accompagner leurs investissements de long terme. Il faut qu’elles viennent s’informer et saisir ces opportunités. Dans tous les pays où il y a une certaine accélération de la croissance, les marchés de capitaux ont joué un rôle très important car ayant permis aux entreprises de lever des ressources et de financer leurs investissements à long terme. Si nos pays prétendent à l’émergence dans les années à venir, si nos économies veulent se consolider en termes de croissance, il faut que le secteur privé comprenne que c’est à la bourse qu’il peut trouver de l’argent à long terme pour le financement des investissements. Et l’ouverture du capital ne doit pas être quelque chose qui fasse peur. Quand on ouvre son capital à 20% pour d’autres, on ne perd pas le contrôle de son entreprise.

Nos entreprises doivent comprendre que la compétition continentale devenue mondiale oblige une rigueur dans la gestion, une amélioration de la gouvernance et un certain moyen pour financer les investissements à long terme. On ne peut pas prétendre être dans une économie globalisée et se refermer dans des petits marchés avec des entreprises de petites tailles qui ne cherchent pas à se développer véritablement, qui ne regardent que quelques instruments de financement notamment bancaire, alors qu’elles peuvent aller vers des instruments beaucoup plus importants et performants comme la bourse.
L’une des premières entreprises la plus capitalisée sur le continent est Dangote. C’est une société cotée, première capitalisation de la bourse du Nigeria qui fait pratiquement toute la capitalisation de la BRVM. Cela a créé un grand champion africain et l’homme le plus riche du continent. Alors, pourquoi les Burkinabè, les Togolais… ne peuvent pas avoir cette ambition de créer des entreprises championnes du pays ou même du continent? La bourse ne doit pas effrayer, elle est un instrument de financement et de développement de l’économie.

Réalisée par Adama SEDGO
& Rosalie SANA (stagiaire)
news.aouaga.com

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