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Economie : La lisibilité de la relance burkinabè reste à établir, selon l’économiste Claude Weta

Les arguments juridiques et financiers sur lesquels les ministres et la Direction générale des impôts (DGI) se basent pour donner quitus au gouvernement, sont faibles pour traiter de la question de l’extension de l’IUTS sur les primes et indemnités aux fonctionnaires du public. C’est ce qu’affirme le docteur Claude Weta dans son analyse sur les implications économiques de l’IUTS et du Covid-19. Pour lui, il aurait fallu y adjoindre des arguments économiques, politiques.

Pendant longtemps certains revenus importants, tels que les émoluments des députés, ont échappés à l’IUTS. Sans compter ces milliers d’individus qui camouflent leurs revenus pour échapper à l’imposition. Des opérateurs économiques du secteur informel, de nombreux propriétaires de bâtiments en location (célibatérium, boutiques, magasins …), les propriétaires fonciers, les sociétés minières, les sociétés de téléphonies etc., paient soit un impôt dérisoire soit ne s’acquittent même pas de cette obligation. En effet au 31 décembre 2016 les restes à recouvrer (RAR) que les entreprises doivent à l’Etat représentent plus 600 milliards de F CFA alors que l’IUTS a été recouvré à plus de 109% entre 2015 et 2016.

C’est au regard de ces faits, que le Docteur veut inviter le gouvernement et ses griots à arrêter d’intoxiquer le peuple. Mieux, que ceux qui ne payent pas l’impôt arrêtent de crier aux imposteurs. Pour le docteur Weta, ce sont quelques avantages que présente l’IUTS, qui ont amené certains cadres à encourager le gouvernement à opérer son prélèvement sur les primes et indemnités du public. La question de l’équité, n’est qu’un attrape-nigaud et un paravent fabriqué à la hâte pour distraire la galerie.

En outre, le débat sur l’histoire de l’IUTS admet des zones d’ombre, selon le docteur Weta. Et la dernière en date a été le revirement à 180° du gouvernement en 2017, pour étendre désormais l’IUTS aux primes et indemnités dans le public, alors qu’une commission travaillait à sa suppression dans le privé et le parapublic. Pour lui, il est alors temps que les dépositaires des informations capables de faire évoluer le débat sur l’histoire de l’IUTS, interviennent pour éviter de laisser le champ à des cadres aux connaissances bridées qui servent une version tronquée de cette histoire.

Le docteur Weta trouve que même les entrepreneurs devaient accorder une attention particulière à cette question de minimisation des salaires. Parce qu’économiquement cela n’est pas favorable à la concurrence, qui elle-même favorise le consommateur. Derrière les tractations sur l’impact de cet impôt sur le revenu du travailleur, le Dr Weta veut légitimer les revendications salariales du travailleur burkinabè qui, pour paraphraser feu le président Omar Bongo Ondimba, touche des perdiems et non des rémunérations salariales.

Parlant du Covid-19, le Dr Weta trouve qu’au Burkina Faso, la question a été traitée au départ comme une question exclusivement sanitaire. Ce qui est loin de la réalité puisqu’elle est aussi une question éminemment économique. Pour faire face à la pandémie, le G20 et les Etats-Unis ont respectivement débloqué 5000 milliards de dollar et 2000 milliards de dollar.

Le Dr Claude Weta se demande pourquoi certains Etats peuvent générer autant de ressources en quelques jours, alors que d’autres sont démunis. Il se veut cependant clair sur le rôle régalien d’un Etat. Pour lui, son rôle n’est pas de tendre la main aux partenaires techniques et financiers, ni aux sociétés, ni aux individus nantis. Il doit utiliser les outils de gestion macroéconomiques pour relancer l’économie en cas de besoin. Des outils autres que ceux utilisés couramment par le MINEFID.

Par exemple, la baisse de la rémunération des salariés, induite par l’IUTS, va refroidir l’économie et peut engendrer à terme une récession. En revanche, la décision de ne pas appliquer l’IUTS aux primes et indemnités des agents publics et du privé, affectera positivement la demande globale qui aura un impact sur tous les compartiments de l’économie. « Une baisse de l’impôt va conduire à un accroissement de la consommation via une augmentation du revenu disponible ». Mécaniquement, cette hausse de la consommation va accroitre la production et donc le revenu des offreurs », écrit-il.

Mais avec le Covid-19 qui affecte l’activité économique, ce sont les acteurs de la vie économique, ceux qui étaient contre la lutte des syndicats pour le maintien ou le renforcement de leur pouvoir d’achat, qui sortent pour demander une relance de l’économie. Le syndicat des commerçants du secteur informel, les opérateurs économiques, les taximen, les vendeuses des fruits et légumes, etc. embouchent la même trompette pour réclamer le maintien de tout ou partie de leur pouvoir d’achat. Ironie du sort !

Si les Etats africains et notamment le Burkina Faso, n’ont pas su sur quel pied danser jusqu’en fin mars, les positions se sont précisées depuis début avril, avec la certitude qu’une manne va atterrir dans les caisses des Etats. L’Etat ne doit pas tendre la main, même si son rôle est de mobiliser les ressources. Il doit utiliser les outils de gestion macroéconomiques pour relancer l’économie.

Pour Weta, l’IUTS et le Covid-19 choisissent leur doctrine économique. S’il y a eu des milliers de morts à travers le monde, c’est parce que les recherches sur ce type de virus, connu depuis longtemps, ont été abandonnées car estimées non rentable ! La rentabilité est un outil utile mais pas toujours approprié pour agir.

En effet l’économie reste une science humaine, elle possède des lois et des règles, ce qui n’est pas toujours bien compris. Beaucoup de gouvernants écoutent leur sentiment et pensent qu’ils peuvent gérer les questions économiques en faisant fi de ces lois. Le gouvernement burkinabè, consciemment ou inconsciemment néglige les outils pertinents d’analyse des politiques publiques et fait la part belle aux instruments dont la robustesse est plus que douteuse.

La relance économique, qui se trouve dans la bouche et les écrits des acteurs du secteur informel, des opérateurs économiques divers et qui a occupé une bonne partie du discours du président du Faso, passe soit par la demande des consommateurs en accroissant leurs revenus, soit à travers l’offre en développant l’investissement. La relance peut également être mixte et inclure les deux politiques.

Pour lui, la France et les Etats-Unis comptent déséquilibrer ou réaménager le budget de l’Etat pour soutenir les travailleurs mais aussi pour éviter de rentrer en crise comme en 1929. En France, le ministre de l’Économie et des Finances a expliqué que l’État prendra à sa charge l’indemnisation de tous les salariés placés en chômage partiel.

Quel type de relance le président du Faso a- t-il choisi pour son pays en proie à des difficultés de tout ordre ? Pendant que beaucoup de gouvernements sont dans l’action au niveau économique (Niger, France, Venezuela, Etats-Unis, Belgique, etc.) le Burkina est toujours en période de réflexion ou dans des actions de la vision sectorielle (méso économique). La lisibilité de la relance burkinabè reste à établir.

Comment peut-on devant des questions économiques majeures de la nation convoquer une seule régie de recettes, qui plus est, la Direction Générale des Impôt qui a en charge l’ensemble des missions et prérogatives en matière fiscale ? Où met-on le Trésor ? Où met-on l’INSD ? Etc. Ne sommes-nous pas en train de redécouvrir les bienfaits des services publics et de l’entraide, combien précieux, pour vaincre le Covid-19, dans le cadre de ce drame sanitaire ?

lefaso

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