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Dette : l’Europe s’installe durablement dans une ère de taux négatifs

Etats, entreprises et parfois même ménages se financent désormais pour rien.

L’Europe n’avait jamais connu un tel phénomène. Sur le marché de la dette, on assiste à une irrésistible dérive des taux nominaux vers 0 %, voire en territoire négatif. Autrement dit, de plus en plus d’emprunteurs – Etats, entreprises et parfois même ménages –, se financent pour rien ou sont rémunérés pour lever de l’argent ! Une véritable anomalie. Le mouvement est spectaculaire : selon RBS, l’équivalent de 2.000 milliards d’euros d’emprunts d’Etat traitent aujourd’hui à des taux nominaux inférieurs à 0 %, ce qui représente un quart du marché. Et l’encours de dette souveraine dont le taux est inférieur à 0,1 % pèse pas moins de 35 %.

Même si tous les pays (sauf la Grèce) profitent d’un plongeon de leurs taux d’emprunt à des plus bas historiques, ce sont les Etats européens, dont la dette est jugée la plus sûre, qui sont actuellement rétribués pour emprunter. Cette semaine, la Finlande a par exemple effectué une émission de dette à 5 ans à taux négatif. Jamais un Etat n’avait emprunté à si long terme à un coût inférieur à 0 %. Sur le marché secondaire, la France bénéficie de taux négatifs jusqu’à 4 ans, l’Allemagne jusqu’à 5 ans et la Suisse jusqu’à… 12 ans !

Du côté des entreprises, ce sont les grands groupes, bien connus des investisseurs, qui affichent pour le moment des rendements proches de 0 % sur des maturités de 1 ou 2 ans. Les analystes de RBS mentionnent notamment Sanofi Aventis (0,06 %), EDF (0,07 %), Schneider Electric (0,08 %) ou GDF Suez (0,08 %). Le rendement des obligations émises par le suisse Nestlé a même glissé jusqu’à – 0,08 % cette semaine. Enfin, beaucoup plus rare, certains prêts immobiliers seraient négociés à des taux négatifs au Danemark, où la banque centrale cherche par tous les moyens à assouplir sa politique… Hier, elle a abaissé son taux de dépôt pour la quatrième fois depuis le début de l’année. Il se situe désormais à –0,75 %. Du jamais-vu.

« Trou noir »

Car ce sont bien les banques centrales qui favorisent ce glissement historique des taux. La Banque centrale européenne, qui fait face à la menace de déflation dans la zone euro, en est le moteur. Avec un taux de refinancement proche de 0 %, un taux de dépôt négatif, la BCE a été obligée d’annoncer un vaste plan d’achat de dette (QE) dans les marchés. Ce dispositif de 1.100 milliards d’euros vise à prolonger l’assouplissement monétaire quand les outils classiques n’ont pas suffi. En achetant des quantités énormes d’emprunts d’Etat, l’institution fait grimper leur prix, ce qui veut dire que leur rendement plonge. L’idée est d’évincer les investisseurs qui, pour obtenir de meilleurs rendements, se reportent vers d’autres actifs comme la dette d’entreprise (dont les taux chutent alors).

Problème : ce programme intervient pour l’heure dans un marché statique. Il ne provoque pas de bond des émissions de dette. « La BCE va acheter pour 60 milliards d’euros chaque mois, mais les Etats, les entreprises ou les ménages n’empruntent pas beaucoup. Résultat : la demande dépasse l’offre de titres, explique Alberto Gallo, chez RBS. Au final, l’action de la BCE entraîne une attrition du marché. Elle engendre un trou noir. » Et pour les investisseurs en quête d’actifs de bonne qualité et de rendement, l’expérience vire au cauchemar.

Isabelle Couet / Chef du service Marchés
lesechos.fr

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