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Cours du pétrole : les raisons d’un nouveau contre-choc

Entre risques politiques, hausse de la production, craintes d’un ralentissement mondial, les cours de l’or noir ont plongé à près de 50 dollars le baril.

Une chute rarement vue. Les cours du brut sont au plus bas depuis plus d’un an après avoir encore reculé de près de 10 % la semaine dernière (et malgré un rebond lundi). Depuis leur pic début octobre, ils ont plongé de 30 %. Le WTI, référence américaine, est tombé à 50,10 dollars contre plus de 76 dollars au début de l’automne. Le brent, référence européenne, est même passé sous la barre des 60 dollars alors qu’il cotait plus de 86 dollars début octobre.La crainte d’une offre excédentaire domine toujours. La production de l’Arabie saoudite a atteint un niveau historique en novembre, affirmaient, lundi, Bloomberg et Reuters, évoquant des volumes supérieurs à 11 millions de barils par jour. C’est 1 million de plus qu’en début d’année.

Trump met la pression sur l’Opep

Russie, Emirats arabes unis, Koweit… Tous les grands pays producteurs ont ouvert les vannes depuis l’été. Ils réagissaient, à l’époque, à des tensions inverses qui avaient fait grimper les cours à des niveaux inconnus depuis près de quatre ans. En particulier à la perspective de l’entrée en vigueur des sanctions américaines contre l’Iran. Donald Trump, dans le même temps, mettait la pression sur l’Opep pour qu’elle fasse baisser les prix afin de préserver le pouvoir d’achat des automobilistes américains.

Seulement voilà, les sanctions sont beaucoup moins sévères que ce que redoutait le marché . La Maison-Blanche a autorisé de gros consommateurs comme la Chine et l’Inde à continuer à importer du brut iranien, allégeant d’autant les tensions sur l’offre.

Records de production pour le schiste aux Etats-Unis

Quant aux Etats-Unis, ils battent eux aussi records sur records et sont en passe de devenir le numéro un mondial du pétrole, devant la Russie, grâce au boom du pétrole de schiste. « Les contraintes liées au manque de pipelines pour transférer le brut du Texas vers la côte du Golfe du Mexique se sont avérées moins importantes que prévu, explique Alexandre Andlauer, analyste chez Kpler. La construction de certains oléoducs est en avance sur le planning. »

Résultat de cette offre abondante, la planète pétrole est désormais en situation de surproduction, estime l’Agence internationale de l’énergie. Si rien n’est fait, l’excédent atteindra 2 millions de barils début 2019. L’Opep et la Russie se réunissent le 6 décembre à Vienne pour tenter de freiner la chute des cours. L’Arabie saoudite a déjà annoncé qu’elle réduirait son offre d’un demi-million de barils et se dit prête à aller plus loin. « Mais le royaume pourra-t-il ignorer la pression de Donald Trump, qui continue à demander un recul des prix ? Rien n’est moins sûr », poursuit Alexandre Andlauer.

Incertitude en Russie

L’attitude de la Russie est, elle aussi, incertaine. Les producteurs de pétrole russe accepteront-ils de réduire leur production alors qu’ils supportent bien la chute des cours grâce à la dévaluation du rouble ? « Il n’est pas certain que la réunion du 6 décembre aboutisse à une décision claire et unanime de réduction de la production », souligne le même expert.

Tous ces éléments ne sont pas nouveaux. Alors comment expliquer qu’ après avoir dévissé en début de semaine dernière, les deux principaux indices du pétrole ont plongé de plus de 6 % vendredi ? « Les raisons de cette nouvelle chute ne sont pas claires dans l’immédiat », concèdent les analystes de Commerzbank.

Les explications avancées sont d’ordre technique. Au premier rang desquelles la faible liquidité lors du week-end prolongé de Thanksgiving aux Etats-Unis. « Certains spéculateurs en ont sans doute profité pour parier sur une baisse des cours », ajoute-t-on au sein de la banque allemande. Depuis fin septembre, les positions « short », c’est-à-dire à la baisse, sur le brent ont plus que triplé en passant de 27.270 contrats, à 96.042, alors que les positions longues – à la hausse – ont été presque divisées par deux, à 279.611 contrats.

Les options de vente en question

Les analystes avancent un autre facteur, le marché des options, pour expliquer le décrochage soudain : « Il semble que la chute ait été amplifiée lorsque le cours spot a atteint les prix d’exercice d’options utilisées par les producteurs américains pour couvrir leurs ventes », explique Sophie Chardon, stratégiste chez Lombard Odier.

Cette piste est d’autant plus pertinente que la prime payée par les traders pour des options de vente par rapport à des options d’achat, ou « put-skew » dans le jargon des marchés, est plus importante qu’au moment du krach pétrolier de 2014-2015 , traduisant un pessimisme sans précédent des opérateurs sur l’évolution des cours.

« La croix de la mort »

Enfin, on peut également avancer un autre phénomène technique, celui de « la croix de la mort », quand une moyenne mobile de court terme franchit à la baisse une moyenne mobile de long terme. C’est ce qui est arrivé au WTI vendredi, ce qui a pu accentuer la baisse via le déclenchement automatique d’ordres de vente.

lesechos.fr

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