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Développement

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Côte d’Ivoire : Diaspora For Growth 2015

L’Afrique du 21ème siècle affiche des taux de croissance qui font pâlir de jalousie les économies occidentales. Quant à la Côte d’Ivoire en voie de redressement économique, elle invite ses filles et ses fils à participer à son émergence à l’horizon de 2020 et partager ainsi le fruit de cette réussite collective.

RCI-Diaspora
Ouverture DFG, à g. Ally Coulibaly, au c. le P.M. Daniel Kablan

Les 2 et 3 février 2015, s’est tenu au palais des Congrès d’Abidjan le forum économique intitulé : Diaspora For Growth (DFG). Environ 1.200 participants dont plus de 30% venus de l’étranger ont honoré de leur présence cette deuxième édition. « Créer les conditions nécessaires pour assurer la facilitation du retour des Ivoiriens de la diaspora » ; tel était l’objectif principal de ces deux jours de colloque.
Comme lors de sa première édition en juin 2013 à Paris, cette manifestation biennale a été placée sous l’égide du Premier Ministre Daniel Kablan Duncan. Cette deuxième rencontre était prévue initialement au Canada. Sa tenue à Abidjan est « une opportunité pour nos frères et sœurs de l’étranger de s’imprégner des changements notables enregistrés ces dernières années ».
Le Directeur Général du Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI) Essis Esmel Emmanuel et néanmoins Commissaire Général du DFG a souligné les acquis de l’édition 2013. D’abord, elle a permis d’établir une liste non-exhaustive de recommandations pour surmonter les écueils aux flux d’investissements de la diaspora, dont les importantes sont : d’une part, la nécessité de leur créer un fonds d’investissement privé et d’autre part, la mise en place d’un cadre institutionnel qui puisse mieux coordonner leurs initiatives.
Lors de cette cérémonie d’ouverture, le ministre de l’Intégration Africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur (MIAIE) Ally Coulibaly a confirmé dans ses propos liminaires, la collaboration étroite entre son ministère et le CEPICI. Elle a débouché sur une cartographie et une segmentation fine de cette frange de la population. Selon le Directeur Général des Ivoiriens de l’extérieur Issiaka Konaté rattaché au MIAIE, aujourd’hui 1,24 million d’ivoiriens – soit environ 5% des 21 millions d’habitants – vivent à l’étranger dont 60% en France, 21% aux USA, 8% en Italie et au Royaume-Uni, 3% au Sénégal et 10% dans les autres pays. Le flux financier transféré en direction de leur pays d’origine a progressé de 30% en 12 mois en passant de 161 milliards FCFA (245 millions €uros) à 180 milliards FCFA (273 millions €uros) entre 2012 et 2013. Le résultat tangible de ce suivi de la diaspora se concrétise aussi par une nette augmentation du nombre de projets déposé. La Côte d’Ivoire peut s’enorgueillir de quelques 10 milliards FCFA (15 millions €uros) d’investissement direct de la part de la diaspora. Hors de tout triomphalisme le ministre Ally Coulibaly mesure l’ampleur de la tâche. Il plaide pour l’urgence de l’opérationnalité de ce fameux fonds d’investissement que les participants de la première édition a appelé de leurs vœux à Paris en 2013. D’ores et déjà, il a annoncé pour le mois de mai 2015, la création d’autres structures d’accueil ou de représentation à l’extérieur ; et surtout la nomination d’un membre de la diaspora au sein du Conseil Economique et Social.
Au fil des années, le clin d’œil des dirigeants, aux ivoiriens de l’extérieur, se fait de plus en plus pressant. D’une « contribution à la croissance » on glisse vers « la diaspora ivoirienne face aux défis de l’émergence » qui a été le thème central de ce colloque. Le Premier Ministre Daniel Kablan Duncan a encore martelé cette invitation, à la fin de son allocation, en invitant la diaspora « à prendre votre place à la fois comme acteurs et bénéficiaires de cet ambitieux programme de transformation structurelle, économique, sociale et culturelle de notre pays ». Il met ainsi en perspective les propos du président de la République Alassane Ouattara lors de sa première rencontre avec la diaspora parisienne en mai 2011 : « je vous demande de rentrer massivement au pays… nous avons besoin de votre expérience ». Cette objurgation présidentielle prend tout son sens dans une vision à moyen terme ; le grand dessein qu’il s’était fixé pour la Nation : « faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent en 2020 » ! Ce qui est tout à fait conforme à l’objectif de cette édition c’est-à-dire créer les conditions de participation accrue de la diaspora ivoirienne au développement socio-économique de leur pays.

L’immigration économique en question

Salle des congrès
Salle du Palais des Congrès d’Abidjan

Depuis la nuit des temps, l’Homme a toujours migré. La mobilité et la conquête d’espace est consubstantielle à notre existence pour un mieux-être ou par esprit d’aventure. La révolution industrielle du XIXème siècle dans les pays occidentaux et aux Etats-Unis s’est bâtie grâce à l’apport de ressources humaines venues d’ailleurs. A cause ou grâce aux progrès techniques, aux nouveaux moyens de communication et de transport, la face du monde a changé. Et l’immigration du XXIème siècle a complètement changé d’aspects. Lorsqu’on prenait le bateau pour partir aux USA, on disait adieu à sa famille. Tandis qu’aujourd’hui, un retour est possible ; et même un aller-retour ! Autre grande tendance du moment : le continent africain suscite l’espoir en affichant des taux de croissance économique de plus 7% de moyenne tandis que dans les pays industrialisés, la création de la valeur ajoutée s’amenuise. Les experts économiques expliquent cette fin de cycle inéluctable par le coût de plus en plus élevé des facteurs de production (salaire et taux d’intérêts).
Aujourd’hui, l’Afrique détient plusieurs atouts entre ses mains : d’abord, des ressources naturelles en abondance ; ensuite, sa pyramide des âges est très large à la base ; donc une forte proportion de population active. Ce que Karl Marx appelait pudiquement l’armée industrielle de réserve ! Faire appel à toutes les composantes de la Nation devient aujourd’hui pour les dirigeants de nos pays une nécessité.

Pour autant, l’Etat ne peut outrepasser son rôle ; il doit juste se limiter à faciliter les démarches de ceux ou celles qui souhaitent investir dans leur pays d’origine. En aucun cas, il ne peut se substituer aux établissements bancaires pour essayer de capter une partie de la capacité financière c’est-à-dire l’épargne de la diaspora. Le Premier Ministre Daniel Kablan Duncan s’est engagé à tenir compte des conclusions de ce DFG et de les traduire « en mesures et actions concrètes en cohérence avec la politique de développement du pays, afin de créer les conditions d’attractivité de nouveaux investissements ». Et le défi reste de taille ! Lors des multiples ateliers du colloque, les paroles des participants se libérèrent pour nuancer quelque peu les propos lénifiants des autorités ivoiriennes. Le maquis administratif comme on appelle prosaïquement les « coupeurs » de route sont légion. Comme ce jeune ingénieur diplômé d’une université suédoise venu témoigner de son expérience personnelle, lors du panel « capital humain de la diaspora, un levier d’émergence » : son projet de transformation de biomasse en énergie présenté dans un ministère est resté lettre morte depuis six mois !
Avant même d’investir ou de se lancer dans un projet, l’aspiration fondamentale de chaque immigrant est d’avoir un pied-à-terre au pays. Pourtant, l’atelier dédié au « développement immobilier et émergence de la Côte d’Ivoire » a été expédié par les organisateurs en 15 minutes. Sauf si on considère qu’avoir son chez-soi ne fait pas partie de la « préparation [de la diaspora] pour un retour réussi » ; le panel n°2 qui a monopolisé la salle bien au-delà du délai imparti. Trop d’ivoiriens de l’extérieur ont été échaudés par quelques déboires – familiale ou administrative – en matière de propriété foncière ou immobilière : une perte estimée globalement à 1,3 milliards FCFA (2 millions €uros). Ce fût encore une occasion ratée de lever la frilosité des accédants de l’extérieur. D’après le Directeur Général du groupe immobilier ADDOHA, Sefrioui Abdessamad, la dissipation de cette aversion au risque repose sur trois points essentiels ou le 3 F : Foncier, Fiscalité, Financement. Le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) est l’indicateur de la santé économique d’un pays selon le vieil adage jamais démenti : « quand le BTP va, l’économie va ». Pourquoi les organisateurs de ce DFG ont-il, à ce point, négligé ce panel ? La périodicité biannuelle de ce Forum est désormais inscrite dans l’agenda économique de la Côte d’Ivoire. Souhaitons que cette attention apportée par les autorités à la diaspora puisse être un des leviers du développement économique, et ce bien au-delà de 2020.

Alex ZAKA
Envoyé spécial
Paru dans le Diasporas-News n°60 de Février 2015

Encadré : comment financer la croissance économique ?
Cérémonie d’ouverture de Diaspora For Growth (DFG), tous les astres sont alignés sous le ciel bleu d’Abidjan, une douce euphorie irradie le palais des Congrès. Le ministre Ally Coulibaly annonce le dernier rating – degré de solvabilité d’un pays – adressé par l’agence de notation Moody’s : B1. Juste après le Premier Ministre Daniel Kablan Duncan, avec un optimisme béat, énumère les bonnes nouvelles de la croissance et dresse un inventaire à la Prévert des projets à venir pour l’année en cours. En plus, si les Eléphants se mettent à Gagner !!! C’était au lendemain de leur qualification face aux Fennecs algériens en quart-de-finale.
Redescendons sur terre ! La Côte d’Ivoire vient de traverser une décennie de crise politique qui a endommagé l’appareil productif. L’économie de la première puissance économique de l’UEMOA a aujourd’hui besoin de « carburant » pour rattraper son retard. Et pour cela, elle est à la recherche de financement pour atteindre son objectif annuel de croissance de sa richesse (PIB), compris entre 8 et 10%. Les prévisions budgétaires sont estimées en conséquence. Le gouvernement table d’abord sur les recettes fiscales. Ensuite, il opte pour la levée de fonds soit par des Bons de Trésor ou via le marché financier, un peu plus onéreux. Ainsi, pour le premier semestre 2014, le Trésor Public (TPCI) a émis des emprunts obligataires d’un montant consolidé de 412 milliards FCFA (626 millions €uros) auxquels il faut rajouter une autre levée intitulé TPCI 2014-2022 de 120 milliards FCFA (182 millions €uros).
Pour compléter ses emprunts obligataires, l’Etat ivoirien a encore émis des titres sur le marché financier international en juillet 2014 ; il s’agit de coupons d’Eurobond de 500 millions $. Le succès de cette opération repose sur la crédibilité et la solvabilité de l’Etat. Ce qui explique l’annonce par le ministre Ally Coulibaly de la note décernée par Moody’s ; et qui est à peu près le même que celle de l’agence Fitch. Ce rating de B est assorti de commentaires précis sur la conjoncture socioéconomique : potentiel élevé de croissance, dette publique sous-contrôle ; le bémol : précarité institutionnelle, mauvaise condition de vie de la population. Ce qui est corroboré par les Indicateurs de Développement Humain (IDH) de l’ONU sur la santé et l’éducation. Le président de la République Alassane Ouattara, lors de sa campagne de 2010, n’avait-il pas promis une Couverture Médicale Universelle ?
La Côte d’Ivoire rentre dans une année électorale. Et les partenaires internationaux et les investisseurs potentiels restent très attentifs aux évènements susceptibles de déstabiliser le gouvernement : troubles politiques ou psychose sur les enlèvements d’enfants et les assassinats et autres crimes rituels. Rappelons que les émissions obligataires du Trésor Public sont destinées seulement à pallier les recettes fiscales pour faire fonctionner l’appareil d’Etat et financer les dépenses sociales. Quant aux investissements privés, il est le fait d’acteurs privés (locaux ou étrangers). Les Investissements Directs de l’Etranger (IDE) c’est-à-dire les capitaux investis de l’extérieur avoisine les 500 millions $ en 2014. Ceci reste insuffisant pour faire réellement décoller l’économie. Et si on pouvait faire contribuer la diaspora ? Cartographier et recenser cette catégorie de population permet de savoir quel est réellement son potentiel. La tentation serait grande pour le Trésor Public et le CEPICI de capter ce bas-de-laine estimé à quelques 250 millions €uros à des fins d’investissements locaux. A suivre !!!
A.Z

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