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Chaque année, le Burkina Faso injecte 45 milliards FCFA dans l’importation de riz

La consommation du riz local a du mal à entrer dans les habitudes alimentaires des Burkinabè. Le contexte social du pays caractérisé par la pauvreté, la taille élevée des ménages et la faiblesse des revenus monétaires conduisent les populations à s’orienter vers la consommation du riz importé au détriment du riz local ; jugé hors de portée. Des actions sont entreprises pour rectifier le tir mais le chemin reste encore long.

Les producteurs de riz local sont dans la tourmente. Ils ont du mal à écouler leur production du fait du riz importé. Ousmane Ouédraogo ne cache pas sa colère : « La plus part des consommateurs préfèrent le riz venu d’ailleurs parce qu’ il est moins chèr et il gonfle une fois dans la marmite. Pourtant, il ne s’agit parfois que de riz avarié qui ne contient aucun élément nutritif ». Lorsqu’on avance la cherté supposée du riz local, Amidou Nana sort de sa réserve : « Vous ne pouvez pas mettre en compétition un riz qui est souvent âgé de plus de 10 ans avec un riz de la même saison et dire que l’un est plus cher que l’autre. Si vous voulez parler de la compétitivité entre le riz national et le riz importé, il faut que les deux aient le même âge. » En plus de ce qu’ils qualifient de « concurrence déloyale », les producteurs pointent du doigt le faible accompagnement de l’Etat. Ils estiment en effet que la situation peut radicalement changé pour peu qu’il y’ait une forte volonté politique. En même temps, ils reconnaissent que le système libéral a ses avatars dont le pays peut difficilement se passer…

La situation du riz local

Le riz a longtemps été cultivé au Burkina Faso, mais sa culture n’a commencé à se développer réellement qu’à partir des années 1960 grâce aux aménagements de plaines irriguées avec la maîtrise totale d’eau, l’introduction de variétés à haut rendement et la mise en place de services d’encadrement par l’état. Le Burkina regorge d’un potentiel de 600 000 hectares de terre propice à la riziculture sur lesquels seulement 60 000 hectares sont aménagés de nos jours soit 10% de ce potentiel. On dénombre également 6 423 hectares pour une dizaine de plaines aménagées avec maîtrise totale de l’eau dont les plus importantes sont celles des vallées du Sourou, de Bagré et du Kou en attendant la finition du chantier de Samandéni.

Trois types de rizicultures cohabitent et se répartissent les superficies rizicoles totales : la riziculture pluviale 9% des superficies pour 5% de la production totale, la riziculture de bas-fonds 70% pour 43% de la production et la riziculture irriguée 21% des superficies pour 52% de la production nationale. Jusqu’en fin 2007, cette production nationale se situait autour de 90 000 tonnes de riz paddy (non décortiqué) par an.

70% de riz importé

Le désengagement de l’Etat des secteurs productifs agricoles à la faveur des plans d’ajustement structurels en 1990 s’était traduit par un arrêt total et brusque des appuis à la production du riz. Mais la flambée des prix des denrées alimentaires survenues en 2007-2008 et les émeutes de la faim qui en ont découlé ont conduit l’Etat à revoir sa copie et à mettre à la disposition des consommateurs, des semences améliorées et des engrais à prix subventionnés.

Grâce aux divers appuis de l’Etat, la production nationale moyenne du riz est passée d’environ 90 000 tonnes à de 235 810 tonnes dès la campagne agricole 2008-2009. Cette production représente environ le 1/3 des besoins de consommation de riz, estimés à 450.000 tonnes par an. Les 70% restants sont importés. Ils représentent un manque à gagner considérable pour le pays et freinent le développement de la riziculture au plan national. Selon les chiffres, l’Etat burkinabé investit chaque année plus de 45 milliards de francs CFA pour importer le riz ; principalement d’Asie.
Aujourd’hui, tous les spécialistes s’accordent à reconnaître que les producteurs et les étuveuses de riz du Burkina Faso sont à mesure de couvrir les besoins de consommation du pays. Seulement, l’organisation actuelle de la filière et l’absence de protection contre les importations constituent des facteurs limitant pour eux.

Les producteurs demandent alors à l’Etat de prendre des mesures pour subventionner les producteurs de riz afin d’ augmenter leur capacité de production et améliorer la qualité du riz vendu, accroitre la taxation des produits importés, exiger la préparation du riz local dans les grands restaurants (restaurants universitaires, maisons d’arrêts, cantines scolaires ainsi que lors de grandes manifestations ou cérémonies.),… Du 29 au 30 mai 2015, le réseau de veille sur la commercialisation des céréales (RVCC) a en ce sens organisé un atelier de formation des acteurs directs et indirects du secteur de la commercialisation des céréales dans l‘optique d’élaborer un plan national de plaidoyer.

Aimé Florentin BATIONO
ecodufaso.com

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