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Campagne électorale : Vous avez dit promesses économiques surréalistes ?

S’appuyant sur les promesses électorales faites par les candidats à l’élection présidentielle du 29 novembre 2015, le Pr Séni Mahamadou OUEDRAOGO, Agrégé des Facultés de Droit et le Dr Djibrihina OUEDRAOGO s’interrogent sur la sincérité budgétaire.

Les deux spécialistes des finances font savoir que la sincérité budgétaire implique la sincérité des évaluations portées au budget et des informations qui le soutiennent. La préparation du budget doit de ce fait être marquée par l’absence d’intention de fausser les évaluations et l’absence d’erreur manifeste d’appréciation. A leurs yeux, «ce prisme conduit à être dubitatif à l’écoute des ressources astronomiques de milliers de milliards que nos champions s’apprêtent à mobiliser pour le prochain quinquennat ». Ils estiment clairement que les promesses financières sont « surréalistes ». « Les véritables enjeux sont occultés. Il faut pourtant servir un langage de vérité au regard des prétentions salariales démurées qui poussent à la surenchère de la revendication de statuts particuliers chez les différents corps de fonctionnaires. » Le Pr Séni Mahamadou OUEDRAOGO et le Dr Djibrihina OUEDRAOGO soutiennent leur analyse en évoquant des contraintes internes incompressibles ayant trait à la faible mobilisation des ressources financières et des dépenses au cours des 05 dernières années. En 2012, par exemple, malgré le recouvrement exceptionnel de 1 326 244 275 406 le solde budgétaire général a été négatif soit -19 184 266 906. Ils insistent aussi sur « L’illusion de la solution minière à court terme ». Les ressources minières ne devraient, selon eux, être une vraie solution que si le Burkina Faso parvient à créer une valeur ajoutée au minerai brut. Pourtant, le prix de l’or a connu une chute vertigineuse (passant de plus de 1900 $ l’once à 1200 $ actuellement). Au plan externe, les 02 analystes font état de « contraintes difficilement surmontables ». Il s’agit notamment des contraintes internationales (coût du dollar, prix des matières premières, etc), des contraintes communautaires (ratio du solde budgétaire de base, taux d’inflation annuel, ratio de l’encours de la dette intérieure et extérieure • arriérés de paiement intérieurs et extérieurs,…) « On ne doit pas perdre de vue les impacts du désarmement douanier inhérent à l’entrée en vigueur de l’union douanière de la CEDEAO et l’incidence indirecte de l’accord de partenariat économique de l’Union européenne sur notre économie. » Plus loin, ils martèlent : « nous sommes impatients de savoir comment les partis politiques vont ficeler leurs stratégies pour faire exploser les capacités de mobilisation de nos régies dans un contexte post-transition marqué par une récession de l’économie mondiale. » Ils sont d’autant plus pessimistes que la solution fiscale et le concours à la banque centrale sont limités. Le recours aux emprunts à moyen et long terme est une solution également tenue parce que liée à la capacité d’emprunt. L’intervention massive des investissements étrangers (des fonds souverains étrangers) est tributaire d’indicateurs sécuritaires et économiques qu’un pays ne peut immédiatement réunir à la sortie d’une crise.

L’austérité comme solution réaliste ?

Pour le Pr Séni et le Dr Djibrihina, les programmes politiques doivent surtout mettre l’accent sur la bonne gestion des finances publiques car le mal n’est pas tant dans la faible capacité à mobiliser les ressources que dans l’utilisation à bon escient du peu collecté. Les programmes de gouvernance doivent être établis sur la base des capacités réelles du pays. « Cette exigence interpelle les candidats en lice que la propagande électorale ne doit pas reposer sur la construction du rêve dans l’esprit des électeurs dans la mesure où la conduite des affaires publiques ne peut pas être assimilée à un conte de fée. Rien ne sert de tenir des promesses gratuites aux citoyens dont les nombreuses attentes insatisfaites expliquent en partie l’insurrection populaire d’octobre 2014. »

En définitive, les deux analystes estiment que les propositions politiques devraient faire le choix d’une des deux solutions suivantes : l’austérité budgétaire ou le déficit. La première conduirait à réduire drastiquement le train de vie de l’Etat et corrélativement améliorer le rendement fiscal. Cette solution aurait pour conséquence l’effort fiscal de chaque burkinabè. Par contre, le déficit budgétaire sera la voie de l’illusion. En effet, le niveau d’endettement d’un pays est proportionnel à sa capacité de mobilisation des ressources. Au regard des performances précitées, il est illusoire, selon ces deux spécialistes, de croire qu’il est possible à court terme de mobiliser des ressources très importantes pour un investissement massif.

Aimé Florentin BATIONO
Ecodufaso/ Groupe Ecodafrik

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