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Développement

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Burkina : Que retenir au plan économique en 2016 ?

Après une année 2016 plus que difficile au plan économique, les burkinabè espèrent de meilleurs lendemains en 2017. Quelques signaux sont donnés à travers les promesses de financement du PNDES et les statistiques des agences de notation. Mais il va falloir réellement mettre le cœur à l’ouvrage car d’importants défis sont à relever tant au plan individuel que collectif. Pour mieux cerner les contours de ces défis, un flash- back est nécessaire. Nous vous proposons donc une synthèse des principaux évènements économiques de 2016.

2016 débute avec des attaques terroristes
Après une insurrection en octobre 2014 qui a contraint Blaise Compaoré à quitter le pouvoir après 27 ans, le Burkina Faso a connu une transition qui a conduit le pays à organiser des élections présidentielle et législatives parmi les plus ouvertes de son histoire politique le 29 novembre 2015. Ces consultations ont porté Roch Marc Christian Kaboré du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) au pouvoir. Quelques jours après l’investiture du Président, et avant même qu’il n’ait eu le temps de prendre le pouls de la cité, le pays subira sa première attaque terroriste le 15 janvier 2016. Les terroristes se sont attaqués à l’hôtel splendide, au restaurant capuccino et au jardin « taxi brousse ». L’attentat a fait une trentaine de morts et de nombreux blessés. L’activité hôtelière a pris un sérieux coup. De nombreux investisseurs étaient dans l’expectative face à une situation sécuritaire incertaine. Les premières semaines de gouvernance ont été consacrées à gérer les conséquences des attentats. Le début d’année a aussi été marqué par des incendies à répétition d’unités économiques (marchés, dépôts de carburant). La conjugaison de ces différentes situations a accentué le ralentissement économique ce d’autant plus que le coup d’Etat manqué qui a failli remettre en cause la transition en septembre 2015 avait occasionné des pertes sèches de plus de 50 milliards de FCFA. Mais malgré ce qui pouvait passer pour de sombres présages, les Burkinabè ont eu les ressorts nécessaires pour affronter l’adversité et poursuivre ainsi la dynamique de relèvement du pays. C’est ainsi que la plupart des rendez-vous économiques se sont poursuivis avec un renforcement du dispositif sécuritaire.
Africalia réunit 400 hommes d’affaires à Ouaga
La 4ème édition du forum ouest africain de développement des entreprises (AFRICALLIA) s’est déroulée du 24 au 26 février 2016 à Ouagadougou. Elle a connu la présence de 449 participants de 378 entreprises basées dans 23 pays. 5011 rendez-vous formels et 450 rencontres informelles ont également été enregistrés. Unique en Afrique de l’ouest, Africalia est une plateforme multisectorielle de mise en relation d’affaires. Elle s’intéresse aux responsables d’entreprises ayant une forte volonté de développer des partenariats sur le plan technologique, commercial et financier à l’échelle internationale et précisément en Afrique de l’Ouest. Après les attaques terroristes, réussir la tenue de ce forum était un grand défi que le Burkina Faso a su relever. Ce forum a permis de mettre le Burkina sur orbite et d’attirer certains investisseurs qui étaient encore sceptiques quant à la stabilité du pays.
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JNP : promouvoir l’entreprenariat agricole
Le Burkina Faso est un pays agricole. Son développement ne saurait s’imaginer sans la prise en compte des préoccupations du monde agricole qui emploie plus de 80% de la population active. C’est justement pour un meilleur accompagnement de ces acteurs économiques de premier ordre que la Journée Nationale du Paysan (JNP) a été initiée. La 19è édition de cette journée s’est déroulée du 28 au 30 avril 2016 à Tenkodogo autour du thème :«Agriculture et lutte contre le chômage : développer et soutenir l’entrepreneuriat agro-sylvo-pastoral, halieutique et faunique pour l’insertion socio-économique des jeunes ». Au terme des réflexions, le gouvernement s’est engagé à construire des lycées professionnels agricoles afin d’inciter les jeunes à l’entreprenariat agricole. La création d’une banque des paysans est également envisagée afin d’accompagner les différentes initiatives du monde agricole. En 2017, la 20è édition qui doit se dérouler à Kaya permettra de faire le bilan des engagements.
Le Burkina abandonne le coton OGM
En janvier 2016, le Burkina Faso a décidé d’abandonner le coton Bt transgénique en invoquant la qualité inférieure des fibres de coton, obtenus avec ces semences génétiquement modifiées. Le coton Bt fut commercialisé au Burkina en 2009. Cependant, lors de la première année de commercialisation, les cotonculteurs remarquèrent une baisse dans la longueur des fibres et le taux de fibres. Les employés de la fibre américaine Monsanto mirent cela sur le compte du stress hydrique et d’autres problèmes météorologiques. Mais le problème de la qualité persista. Au cours de la saison 2014/2015, les deux tiers de la production nationale étaient classés comme étant de qualité inférieure et de longueur moyenne, un seul tiers conservant son classement comme fibre de longueur moyenne à grande. Le taux de fibres se situait bien en dessous des 42% obtenus par les semences non-OGM. En revenant au coton conventionnel, le Burkina Faso espère être plus compétitif et préserver la santé de ses producteurs. Depuis cette décision, la société des fibres textiles du Burkina (Sofitext) mène une véritable campagne de sensibilisation des producteurs sur les enjeux du retour au coton conventionnel. Le pays espère 600 000 tonnes pour la campagne 2016-2017. Pour relever le défi, les producteurs sollicitent la mise à disposition rapide des intrants, semences et herbicides, la formation sur les traitements phytosanitaires, la revalorisation du prix d’achat du kilogramme de coton,..

Entrée en vigueur de nouvelles mesures fiscales

Le Burkina Faso a décidé de mettre l’accent sur la mobilisation des ressources internes pour accompagner son développement. Pour l’année 2016, la DGI devait mobiliser 588 milliards de FCFA de ressources intérieures propres. Pour ce faire, de nouvelles mesures tendant à élargir l’assiette fiscale ont été annoncées à la rentrée fiscale en mars 2015. Le 25 juillet 2016, l’Assemblée Nationale a adopté la deuxième loi de finances rectificative pour l’exécution du budget de l’Etat, gestion 2016. Au nombre des nouvelles taxes, il y’ a entre autres la retenue à la source libératoire sur les gains des paris et des autres jeux de hasard ; la taxe à l’importation sur les véhicules de tourisme dont la puissance est égale ou supérieure à treize chevaux ; la taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties ; l’augmentation du taux de la taxe sur les boissons, notamment la bière. Pour les paris, la retenue est effectuée sur la masse à partager aux gagnants. Pour les autres jeux de hasard, la retenue est effectuée sur le gain du joueur lorsque le montant est égal ou supérieur à cent mille francs. Le taux de la retenue à la source libératoire sur les gains réalisés par les parieurs et ceux provenant des autres jeux de hasard est fixé à 10%. La taxe sur les paris et les jeux de hasard, devrait rapporter environ 600 millions de francs CFA de recettes mensuelles. La taxe sur les propriétés bâties et non bâties est de 0,1 de la valeur de l’investissement pour une parcelle à usage d’habitation. Elle est de 0,2% de la valeur de l’investissement pour une parcelle à usage commercial. Pour les parcelles nues, elle est de 0,2% de la valeur de la parcelle. L’augmentation du taux de la taxe sur la bière est de l’ordre de 5%. Ce taux passe de 25 à 30%.
Les JEB pour soutenir l’entreprenariat des jeunes et des femmes
La 11ème édition des journées de l’entreprenariat burkinabè (JEB) s’est déroulée du 09 au 11 juin 2016 à Ouagadougou autour du thème : «Filières émergentes et entreprenariat des femmes et des jeunes ». Cette édition a été marquée par trois activités principales : les business fora, le Salon de l’entreprenariat au Faso (SEFA) et la nuit du mérite. Depuis leur lancement, les JEB ont mobilisé plus de 1,5 milliards de FCFA pour soutenir les projets des jeunes en termes de subventions. En 2016, 693 projets étaient inscrits pour la compétition des plans d’affaires. Plus de 200 millions de FCFA ont été mobilisés pour primer les meilleurs. Les JEB sont donc un important rendez-vous économique pour la jeunesse entreprenante.
5000 FCFA et vous avez votre SARL !
L’année 2016 s’est caractérisée par un ensemble de réformes visant à améliorer le climat des affaires au Burkina Faso. Le 03 mai 2016, le gouvernement a adopté un décret autorisant la libre fixation du capital avec une part sociale minimale de 5000F pour la création des Sociétés à responsabilité limitée (SARL). Cette mesure vise à encourager les couches sociales, à revenus modestes, à créer des entreprises formelles viables, et ainsi participer à l’animation de la vie économique. Initialement, le capital minimal pour la création d’une SARL était de un million de FCFA. Il est par la suite passé à 100 000 FCFA pour être finalement ramené à 5000 FCFA à partir du 03 mai 2016. Depuis quelques années, le Burkina Faso est engagé dans une politique d’améliorations du climat des affaires. Cet engagement s’est matérialisé par la création de nouvelles structures tels que les Centres de formalités des entreprises, les centres de gestion agréés, les guichets uniques du foncier, les tribunaux du commerce, la réduction du taux d’impôt sur les sociétés, l’adoption de nouvelles dispositions sur le code fiscal et les investissements, le lancement du système intégré des guichets unique (SIGU). Toutes ces actions ont eu un impact sur la création des entreprises au Burkina Faso puisque le nombre est passé de 2581 en 2006 à 7564 en 2015 ce qui donne un taux de 193%. En 2015, le Burkina Faso a été classé à la première place des meilleurs pays réformateurs au niveau de l’UEMOA. Cette dynamique devra se poursuivre pour une bonne relance économique.
Le SIGU pour des affaires dans un environnement moderne et simplifié
Toujours dans sa volonté de moderniser et simplifier le climat des affaires afin d’attirer plus d’investisseurs au pays, le Burkina Faso a lancé le Système intégré des guichets uniques (SIGU) le 13 mai 2016. Avec ce niveau système, les usagers, ont en un seul endroit, accès aux services du Guichet unique du foncier et à ceux de la Maison de l’Entreprise. Cette évolution technologique permet de gagner en temps et en efficacité dans le traitement des dossiers en rapport avec les actes de construire, les titres fonciers et la création d’entreprises. Le Système intégré des guichets uniques (SIGU) est une plateforme informatique innovante permettant d’interconnecter les guichets uniques du foncier, les centres de formalités des entreprises, ainsi que les centres de facilitation des actes de construire. Le projet a débuté depuis 2012 avec l’appui financier et technique de l’organisation ICF (The investment climate facility for Africa) dont la mission est d’améliorer l’environnement des affaires en Afrique. La plateforme permettra de réduire les plaintes des usagers et de leur offrir de meilleurs services dans des délais plus courts. Par le gain en efficacité, en temps et en transparence et l’amélioration des performances de l’administration de façon générale, qu’il induit, ce guichet unique virtuel permettra d’améliorer le rang du Burkina Faso dans le classement du programme « Doing business ».
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SIAO 2016 : Le défi relevé
N’ayant pu se dérouler en octobre 2014 à cause de la menace de la maladie à virus Ebola, la 14è édition du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO) a eu lieu 28 octobre au 06 novembre 2016 autour du thème : « Artisanat africain, entrepreneuriat féminin et protection sociale ». Le Ghana en était le pays invité d’honneur. Au total, ce sont 2 710 exposants, 310 acheteurs et visiteurs professionnels, 744 journalistes accrédités et près de 250 000 visiteurs venus de 32 pays qui ont pris part à l’édition. Plus de 600 millions de FCFA ont été mobilisés pour l’organisation de cette biennale qui s’est déroulée sans incident majeur. Le dispositif sécuritaire a été particulièrement renforcé. La prochaine édition aura lieu du 26 octobre au 04 novembre 2018.
Africa Rebranding Forum : Le Burkina vend son modèle économique à Bruxelles
La troisième édition du Rebranding Africa Forum s’est déroulée du 13 au 15 octobre 2016 à Bruxelles avec le Burkina Faso comme pays invité d’honneur. Le RAF 2015 a permis de mettre en lumière le grand potentiel économique et financier de l’Afrique ; pour les investisseurs. La formation, les ressources naturelles, les matières premières, l’eau, l’énergie, l’agriculture l’industrie,… ont été identifiés comme secteurs propices à l’investissement en Afrique. Le Burkina Faso a été retenu comme pays vedette du RAF 2016, en raison, selon Thierry Hot, de son dynamisme économique et de ses acquis en matière de démocratie et de liberté. A cet effet, la journée du 14 octobre lui a été entièrement dédiée. Elle a permis au pays de présenter son potentiel, ses atouts économiques et la vitalité de ses secteurs porteurs. Le Burkina Faso a été représenté à cet important forum par une délégation du gouvernement et quelques hommes d’affaires.
PNDES : Des promesses de 18 000 milliards de FCFA pour clore l’année en beauté
Face à la morosité économique, le gouvernement a décidé d’engager des réformes, de veiller à la cohérence des politiques fiscale et budgétaire pour renouer avec la croissance afin d’infléchir la courbe de la pauvreté [dont le taux est estimé à estimé à 40,1 % en 2014 contre 46 % en 2009 selon la Banque Mondiale] et de diversifier l’économie. C’est dans cet esprit que le plan national de développement économique et social (PNDES) a été élaboré comme nouveau référentiel de développement du Burkina Faso en lieu et place de la stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD). L’ambition du PNDES est d’assurer un taux de croissance de l’ordre de 7,3% en moyenne au Burkina Faso durant la période 2016-2020. Pour l’année 2016, les Burkinabè devraient s’attendre à un taux de croissance économique de 5,2% contre 4,0% en 2015.
Le budget de ce programme quinquennal (2016-2020) s’élève à 12 008 milliards de F CFA, ce qui représente un investissement de 2 401 milliards par an. 60 % à 70 % du volume de financement attendu devra être comblé par les investissements publics et privés burkinabè, le reste étant pourvu par les bailleurs et investisseurs étrangers. Pour mobiliser les fonds nécessaires, le Burkina Faso a organisé une rencontre de ses partenaires les 07 et 08 décembre 2016 à Paris. Partis pour rechercher 5000 milliards de FCFA, la délégation du Burkina conduite par le Président Roch Kaboré himself est rentrée avec des intentions de financement de plus de 18 000 milliards de FCFA. Si le Burkina Faso a réussi à avoir la confiance de ses partenaires en termes de promesses, il devra maintenant travailler à transformer ces intentions en actes concrets. C’est tout le défi que le gouvernement devra s’atteler à rélever en 2017 en présentant des projets structurants aux partenaires et en développant la partenariat public-privé (PPP). Les clés de la relance économique sont là. Il faut maintenant travailler avec stratégie pour des résultats concluants.
Les défis économiques de 2017
Le premier défi c’est bien évidemment la réussite de la mobilisation financière pour la mise en œuvre du PNDES. Les choses devraient davantage se clarifier en 2017. Le gouvernement devra donner un signal très clair à cet effet dès ce mois de janvier.
Au regard des nombreuses attaques terroristes, il faut aussi investir dans la sécurisation du pays. C’est une condition sinequanone pour attirer et retenir les investisseurs. Les forces de défense et de sécurité ont besoin d’un bon système de renseignements et de moyens logistiques appropriés.
L’année 2016 a été marquée aussi par la publication de rapports d’enquêtes parlementaire sur le foncier urbain et sur les mines. Les malversations constatées sont tout simplement inimaginables pour un pays pauvre comme le Burkina Faso. L’opinion attend des suites judicieuses à ces différents rapports. Au niveau du gouvernement et des différentes institutions, il faudra s’imposer l’impérieux devoir de lutter contre la corruption et de bien gérer les finances publiques.
L’année qui s’achève a connu également de nombreuses grèves. Le dialogue social doit être renforcé. En ce sens, la 15ème édition de la Rencontre Gouvernement/ Secteur Privé (RGSP), initialement prévue pour les 03 et 04 octobre 2016 et annulée à cause entre autres des grèves à répétition, devra se tenir en 2017 d’autant plus que le thème de l’édition demeure d’actualité : « Quelles mesures pour la relance de l’activité économique ?». Avec l’élection de Mahamadi Sawadogo à la chambre de commerce, les liens entre le gouvernement et le secteur privé devront être renforcés.
2017 devrait assurément se présenter sous de meilleurs auspices. Le 14 décembre dernier, le Burkina Faso a été retenu pour le second programme du Millenium Challenge Corporation (MCC). Le premier programme de 240 milliards de FCFA a été mis en œuvre de 2009 à 2014. Il a couvert les domaines de la « Sécurisation foncière », de l’Agriculture », du désenclavement et de l’éducation. Le nouveau programme permettra sans doute de consolider les acquis. Il sera focalisé sur la « bonne gouvernance », « la liberté d’entreprendre » et l’« investissement dans le capital humain.
Une autre bonne nouvelle est venue le 05 décembre dernier de l’agence de notation américaine Standard and Poor’s. S&P maintient la note souveraine du Burkina Faso à B-/B avec une perspective positive. Ainsi, pour S&P, «le pays évolue dans la bonne direction depuis l’élection pacifique à la présidence de la République de Roch Marc Christian Kaboré l’année dernière et grâce à l’exploitation croissante des mines d’or». 2017 ou l’année de l’embellie économique au Burkina Faso ? Il faut y croire.

Aimé Florentin BATIONO
ecodufaso.com / ecodafrik.com

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