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Bareja Youmssi: « Le Cameroun doit se doter d’une stratégie dans le secteur minier »

Titulaire d’un PHD en Sciences géologiques, Bareja Youmssi, Camerounais de 43 ans, est l’actuel Directeur du développement et de la stratégie de la Société équatoriale des mines du Gabon

Bareja Youmssi, Camerounais âgé de 43 ans, est titulaire d’un PHD en Sciences géologiques obtenu à la suite d’études menées en Russie, en Suisse et aux Etats-Unis. Il a travaillé pour des multinationales comme Renova et Vale et impliqué dans l’ouverture de bureaux de ces dernières sur le continent (Ethiopie, Zambie, RDC). Depuis 2013, il travaille au Gabon où il a été invité pour apporter son expérience dans la compagnie nationale créée par le président Ali Bongo, la Société équatoriale des mines. Il y occupe les fonctions de Directeur du développement et de la stratégie. Grâce à ses compétences et ses réseaux, il a pu très rapidement, avec d’autres, faire décoller, cette entreprise. C’est ce géologue d’expérience que nous avons rencontré; il parle de la part du secteur minier en Afrique Centrale, des défis et perspectives pour son pays. L’ancien élève du Collège Polyvalent Fotso Victor à Bandjoun (Ouest-Cameroun), nourrit l’espoir de mettre un jour son savoir faire et son expérience au service de son pays.

Quel est le rôle de la géologie dans un pays?
Je commencerai d’abord par vous donner la définition de la géologie: La géologie est la science qui traite de la composition, de la structure, de l’histoire et de l’évolution des couches externes de la terre, et des processus qui la façonnent. Son rôle peut être économique, stratégique, sécuritaire et scientifique. La géologie nous permet de connaître le sol d’un pays, qui peut être à la fois sédimentaire, magmatique ou métamorphique. De nos jours, quand on parle de géologie, on fait allusion aux ressources minières et pétrolières liées à un sol bien précis car les frontières géologiques ne correspondent pas toujours aux frontières administratives d’un pays.

Pouvez-vous nous dessiner la carte minière du Cameroun?
Malheureusement le Cameroun ne figure pas parmi les pays dits miniers. Notre sous-sol est peu exploré car peu d’importance a été accordée par le passé au secteur minier. La préférence ayant été donnée au pétrole par nos colonisateurs pour des raisons stratégiques. La carte minière du Cameroun n’est pas assez riche. Il existe-et nous l’avons tous lu dans les livres de géographie-des gisements de bauxite de Fongo Tongo, Minim Martap et de Ngaoundal, des gisements de cobalt et de Nickel de Lomié, des gisements de fer de Mbalam, de Nkout et des mamelles de l’or alluvionnaire dans les zones du Lom, de Mbéré et du Mayo Rey, des pierres précieuses et des terres rares…

Qu’en est-il de l’Afrique centrale?
En Afrique centrale, les seuls pays qui émergent dans les mines c’est le Gabon et le Congo Brazzaville. Le Gabon avec notamment son manganèse à Moanda qui produit 20% de la consommation mondiale en manganèse, il faut souligner que le basin protérozoïque de Franceville regorge d’énormes ressources en manganèse. Le Gabon est aussi connu pour son potentiel en gisement de fer (Belinga, Lobi Lobi, Mont Mbila, Boka Boka et Milingui). Le potentiel en or dans ce pays est très élevé avec une production artisanale qui tourne autour de 500 kg l’année. Le Gabon est aussi la terre de l’uranium. On se rappelle des gisements de Mounana aujourd’hui mis sous quarantaine pour des questions de fuite radio active. Les pierres précieuses, terres rares, phosphates, potasse font aussi partie du potentiel minier du Gabon. Le Congo Brazzaville a un potentiel minier dans le fer, l’or, le cuivre et la potasse. La République centrafricaine est connue pour son potentiel en diamant et uranium et la Guinée Equatoriale a des indices d’or. Par contre, le Tchad est très peu connu sur son potentiel minier.

Plusieurs grands projets miniers se profilent à l’horizon dans la sous-région Afrique centrale. Notamment celui de l’exploitation du fer de Mbalam. Le Cameroun est-il prêt à les conduire?
Le gisement de fer de Mbalam n’a pas été découvert aujourd’hui comme d’autres gisements tels que la bauxite. Le Cameroun doit se doter d’un plan stratégique de développement du secteur minier. Vous savez, il n y a pas d’aventure dans ce domaine et cela nécessite des investissements énormes. Il y a des questions préalables. Quel rôle veut jouer le Cameroun dans le développement du projet minier sur son sol ? Est ce que le Cameroun veut y prendre part ? Voudrait-on voir les opérateurs faire tout, c’est-à-dire, même les constructions des infrastructures sans lesquelles les projets ne peuvent avoir lieu ? Mballam est aujourd’hui confronté à ces questions. D’abord l’opérateur actuel qui détient le permis sur Mballam a-t-il les capacités techniques et financière pour développer ce genre de projet ? Ce sont des questions que le Cameroun devait se poser au départ avant d’octroyer le permis à cet opérateur.

Est-ce que le Cameroun a les compétences pour tirer profit de ce grand projet?
Peut être ! Mais avons-nous assez de patriotes pour défendre les intérêts du pays comme il le faut, sans penser à leurs propres intérêts surtout au moment où il faut négocier les contrats et discuter des termes de la convention minière ? Je ne le pense pas.

A votre avis, pourquoi ce projet tarde à décoller ?
Le projet tarde à décoller parce que l’opérateur actuel n’a pas de capacité financière de mettre en route un si vaste projet. Le Cameroun aussi n’a aucune stratégie dans ce sens là notamment sur son implication dans la construction du chemin de fer et du port minéralier qui devraient considérablement diminuer le coût d’investissement chez l’opérateur et lui faciliter la tâche de lever les fonds pour la construction de la mine.

On estime à 554 millions de tonnes, les réserves du minerai de bauxite à exploiter dans la partie septentrionale du Cameroun. N’est-ce pas exagéré ?
C’est insignifiant au vu des infrastructures qu’il faut construire autour de ce projet. Avec une telle réserve, le projet n’est pas économiquement rentable. Les gisements de bauxite doivent être en milliards de tonnes. Ces projets ne sortiront pas du sol de sitôt. La difficulté de la bauxite, c’est sa transformation qui nécessite trop d’énergie. Cette énergie coûte très chère au Cameroun. La Guinée qui regorge des potentiels énormes en bauxite a vu plusieurs majors comme Vale, Rio Tinto, Bhp, renoncer aux projets de bauxite dans ce pays.

Au début des années 2000, les autorités camerounaises ont délivré deux permis miniers, pour des projets d’exploitation Cobalt-nickel-manganèse. Pourquoi ces projets tardent-ils à prendre corps?
Le projet de Geovic nickel cobalt est assez complexe. C’est un gisement d’origine latéritique qui est assez difficile à transformer. Peu sont des usines qui transforment ce genre de minerais. La Rdc a les mêmes problèmes pour son gisement de nickel dans le Kassai oriental qui est aussi d’origine latéritique: depuis 20 ans, il n’y a pas de preneur. Les minerais de nickel tels que nous le voyons au Canada avec Inco en Afrique du Sud avec Lonmin Platmin, etc, sont des sulfites et sont facilement transformables malgré la profondeur où on va les chercher.

Pouvez-vous, au cas par cas, nous dire ce que gagne le Cameroun dans les permis d’exploitations minières déjà octroyés. Il s’agit notamment des accords avec la société Geovic pour l’exploitation du nickel, cobalt et manganèse à Nkamouna (Lomié) ; avec la société C and K Mining Inc pour l’exploitation du diamant et des substances annexes à Mobilong (Yokadouma) ; et des trois permis d’exploitation octroyés pour l’exploitation du calcaire et du marbre…
Le Cameroun gagnerait si les travaux de recherches sont réellement effectués. La connaissance géologique d’un pays est très importante. Plus les permis sont délivrés, plus les travaux sont effectués, plus on a de la chance de découvrir d’autres gisements. Et ce sera bénéfique au Cameroun. L’octroi des permis de recherche est assujetti à des paiements de certains frais. Il y a également les taxes superficielles qui sont payées annuellement, des royautés payées quand la mine est en production ; il y a la création des emplois, le développement communautaire. Par ailleurs, pour avoir plus d’information sur les clés des accords, il faut avoir la copie des conventions minières signées avec des opérateurs au moment de l’obtention des permis.

Que représente actuellement la part des mines dans le Produit intérieur brut (PIB) du Cameroun?
0,1% ! Il n’y a pratiquement pas de revenus venant de ce secteur.

Pourquoi en Afrique les ressources (pétrolières et minières) ne profitent pas assez aux populations ?
La mauvaise gouvernance, la corruption et le manque de sérieux dans les négociations des contrats miniers sont les principales causes.
La Guinée est le plus grand pays exportateur de bauxite en Afrique, mais paradoxalement l’un des plus pauvres du continent.

Comment le Cameroun peut faire pour bénéficier au maximum de ses mines ?
Il ne faudra surtout pas mal négocier les contrats miniers ; il faudra avoir une bonne gouvernance, éviter les coûts de production élevés, bien analyser le contexte politique, éviter la corruption, et impliquer la communauté locale et la société civile dans ces différents projets.

Que proposez-vous pour intéresser les nationaux dans ce secteur d’activité ? Est-ce une question de moyens ou de vision ?
Le développement des projets pétroliers et miniers nécessite beaucoup d’argent. Il faut avoir accès à cet argent. Chose qui est difficile aux nationaux même s’ils ont des compétences. L’Etat en tant que régulateur doit déterminer une bonne vision du développement des activités liées au pétrole et aux mines. L’Etat doit soutenir les Pme (Petites et moyennes entreprises, ndlr) en leur attribuant des crédits à des coûts bas.

Y a-t-il des centres de formation aux métiers des mines au Cameroun ?
Il y a l’école des mines à Maroua et certaines universités au Cameroun ont des départements de géologie.

Pourquoi malgré toutes les ressources (pétrolières et minières) que possède l’Afrique, les gouvernants ne mettent-ils pas l’accent sur la formation des jeunes dans ces secteurs pour utiliser ensuite la main d’œuvre locale ?
Ce n’est pas une priorité pour eux. Le pétrole et les mines ont été toujours considérés comme des secteurs très stratégiques pour des pays africains. Conséquence, peu de gens ont des informations dans ces secteurs. Pis, les fonds générés par ces secteurs le sont de manière peu orthodoxe.

journalducameroun.com

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