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Autonomisation économique des femmes : Au Burkina Faso, les femmes rurales s’unissent et gagnent !

C’est devenu fréquent d’entendre dans les médias, l’expression selon laquelle, « la pauvreté à un visage féminin au Burkina Faso ». Terrible description du quotidien des femmes, mais pourtant, une triste réalité. Les femmes constituent plus 52% de la population nationale. Les prévisions 2020 de l’Institut National des Statistiques et de la Démographie (INSD) estiment une croissance de cette population féminine à plus de 9 846 493 d’ici 2020. Une situation préoccupante qui nécessite une réaction, voire, des mesures d’urgence. Un homme avait très tôt, perçu que l’avenir de la femme burkinabé est incertain dans un tel schéma. Il s’agit du Président Thomas Isidore Sankara. Depuis la Révolution en 1985, il avait fait de la lutte pour l’épanouissement socioéconomique de la femme son cheval de bataille. Il a ainsi suscité auprès des femmes, le regroupement en associations diverses pour prendre en main leur destin. Aujourd’hui, ces mouvements ont fait et continuent de faire un travail herculéen sur le terrain rural précisément.

Madame Colette Nana est la Présidente de la Fédération des Femmes Rurales du Burkina Faso (FENAFER-B), créée en 2004. La soixantaine bien sonnée, nous l’avons rencontrée au sortie d’une session du Conseil Economique et Social (CES) qui a duré toute la journée. C’était le 22 mai 2018. Visiblement fatiguée, elle s’est quand même appuyée sur sa détermination et son engagement pour la cause de la femme pour répondre à notre sollicitation. Madame Nana, présente sa structure : « La Fédération est implantée dans 27 provinces. Nous comptons à ce jour 164 groupements et 8 unions composées de 2356 membres. Nous ne sommes pas à Ouagadougou ni à Bobo Dioulasso. Nous sommes plutôt implantées dans les communes rurales et les villages. »

Elle respire à fond, comme pour retrouver son souffle, et poursuit : « Aujourd’hui les activités menées par les femmes rurales portent sur la production et la transformation. Elles produisent des céréales, notamment le riz, le mil, le maïs, etc. Certaines femmes sont à la fois productrices et transformatrices. Il y en a aussi qui produisent uniquement et qui revendent directement tout en gardant un petit stock pour la consommation familiale. » Et elle ajoute : « En pays moaga, par exemple, la femme doit avoir son grenier à elle. C’est après avoir épuiser ce grenier qu’elle est autorisée à demander celui du mari pour faire la cuisine pour son mari et le reste de la famille. » Le décor ainsi planté, Madame Nana indique que dans la transformation l’on retrouve la farine, le niébé pour faire les petits beignets appelés « Samssa », le sorgho rouge utilisée pour la préparation du dolo, (une bière locale), le niébé aussi en couscous grâce aux techniques et astuces reçues des partenaires. Toutes choses qui permettent à ces dernières d’avoir des revenues pour leur besoins élémentaires sans l’aide du mari.

 

« La femme est aujourd’hui devenue cheffe de famille (…) »

 

Quant aux acquis de sa structure, Madame Nana est claire et directe : « La femme rurale est éveillée aujourd’hui. ». Grâce aux formations dont elles bénéficient grâce à leur appartenance à des groupements féminins les choses ont évolué à leur avantage. Aujourd’hui, elles prennent la parole en public ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Toutes les femmes qui travaillent avec la fédération ont déjà reçu des formations sur la gestion du grenier familial, la communication avec le conjoint, la gestion de la famille. Pour madame Nana, : « La femme est aujourd’hui devenue cheffe de famille. Elle est la première à se lever et la dernière à se coucher. » Et de poursuivre : « Elle s’occupe du bien-être de ses enfants et de son mari, l’éducation et la scolarisation des enfants, etc. » C’est au vu de ces acquis que la fédération incite, par la sensibilisation, les femmes à se regrouper en associations, en groupements, etc. dans leur secteur d’activités. Ce, pour permettre de les accompagner facilement et obtenir des résultats tangibles. Il y a des femmes qui empruntent des sommes allant de 5000f ou 25 000 FCFA pour leur commerce. Et elles s’en sortent. Et madame Nana de rappeler avec un air de satisfaction : « De plus en plus, il y a des femmes leaders qui sont dans les conseils communaux et dans certaines commissions politiques. Tout ceci grâce à nos actions sur le terrain. »

 

« Des vaches et des parcelles pour la production. »

Madame Korotoumou Garriko - crédit photo : Oxfam Burkina

Madame Korotoumou Garriko – crédit photo : Oxfam Burkina

 

Le jeudi 24 mai, sous un soleil de plomb dans un quartier périphérique de Ouagadougou, plus précisément à Hamdallaye, Madame Korotoumou Garriko la soixantaine également, s’attèle avec ses belles filles à la mise en sachets de lait pasteurisé. Elle est la présidente de l’union des transformateurs de lait au Burkina et aussi trésorière de l’interprofession lait, madame Garriko est une battante. Elle dispose d’un troupeau de vaches qui produit du lait à Yagma, une commune rurale. La transformation se fait chez elle dans son arrière cours aménagée pour la circonstance. Elle raconte. « Je suis dans l’activité cela fait 31 ans. Avec d’autres femmes du quartier, nous avons créé un groupement féminin dénommé Potal Djaman. »

 

Le groupement compte une cinquantaine de membres, toutes productrices de lait. Potal Djaman fait partie des 14 organisations paysannes de la Confédération Paysanne du Faso (CPF). Au moment de sa création, explique madame Garriko, les objectifs n’étaient pas focalisés sur la recherche de financements. Ils ont été plutôt impulsés par le besoin de se réunir et de défendre ce secteur d’activité. Elle ajoute que le groupement a été créé en 1998. Plus de 50% des membres sont des veuves, donc des cheffes de familles. Elles doivent travailler dur afin de se faire des revenues, pour nourrir leur famille, scolariser leurs enfants. «  Dieu merci, dit-elle, depuis la création du groupement les choses ont positivement évolué. Au début nos enfants étaient inscrits dans les écoles coraniques. Mais aujourd’hui, les femmes arrivent à payer les études des enfants dans les écoles modernes grâce aux retombées de leurs productions. »

 

Le groupement a eu des accompagnements qui ont permis à une cinquantaine de femmes d’obtenir des vaches et des parcelles pour leur production. C’est une vraie victoire car il n’est pas facile pour une femme d’être un propriétaire terrien au Burkina Faso. Grâce aux renforcements de capacité, l’organisation a pu mener des plaidoyers dans ce sens. « L’ONG Oxfam Burkina nous a accompagné avec une fontaine d’eau et aussi en matière de renforcement de capacité. »

 

Appui des ministères et des ONG

 

Les femmes rurales burkinabè gagnent leur victoire contre la pauvreté grâce à la dynamique des groupements féminins impulsée. Elle est beaucoup soutenue et accompagnée par les autorités politiques, notamment le ministère en charge de la femme, celui de l’agriculture et des ressources animales ainsi que les organismes non gouvernemental. Le Secrétaire permanent Chargé du Genre, David Béyi confie à ce sujet : « Le ministère travaille avec beaucoup de projets et des structures telles que le Fonds Burkinabè de Développement économique et Social, où nous avons pu avoir une ligne de crédit entre 2014 -2015, soit environ 4 milliards de FCFA de crédits pour les femmes. La formule était conditionnée sous dépôt d’un dossier mais elle était souple avec un taux d’intérêt de 4 ou 5%(…) Il y avait des petits crédits qui vont de 2 à 3 millions destinés aux activités génératrices de revenus. Les femmes concernées remplissent une fiche et après échanges et visite terrain de constat le crédit est octroyé. Il y a aussi celles qui déposent un plan d’affaires. Après étude du plan par des spécialistes, les intéressées peuvent percevoir jusqu’à 40 millions. Vu la consistance des montants, il est favorisé les groupements de femmes. »

 

Une seule main ne peut pas ramasser la farine. Si les femmes veulent sortir de leur situation précaire, il faut qu’elles s’organisent en groupement. Selon madame Nana de la FENAFER-B, les femmes dans les groupements n’ont plus peur et elles s’assument. Certaines disent courageusement, « Nous n’avons plus peur des femmes de la ville car, maintenant, nous aussi nous pouvons nous habiller et nous exprimer comme elles. » Madame Garriko quant à elle, appuie ces propos en ses termes « imaginons avec 50 femmes si chaque femme arrive à produire vingt litres, on aura au moins 1000 litres et la pauvreté va s’arrêter. Tout partenaire qui va mettre de l’argent dans ce système même si la bénéficiaire revend à trois cents francs le litre elles peuvent avoir 300 000 FCFA par jour et un minimum de 10 millions le mois et dans l’année les femmes peuvent rembourser 100 millions de crédit par exemple. Si les femmes sont accompagnées réellement et conséquemment les résultats sont perceptibles. Les choses bougent et ce challenge est relevé grâce aux actions organisées des groupements féminins ruraux.

Balguissa Sawadogo

Ecodufaso.com/Ecodafrik.Com

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