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Aurélien Yirzigh Somé : « Ceux qui exercent dans le transit doivent être de bonne moralité »

Aurélien Yirzigh Somé est Vice-président de l’Association professionnelle des transitaires et commissaires en douane agréés du Burkina Faso. Depuis 2006, il est à la tête de la Société de Transit Services (STS). Il totalise plus de 20 ans d’expériences dans le domaine du transit. Le 14 avril 2016, nous l’avons rencontré au siège de sa société, à Ouagadougou. Dans l’interview qui suit, il s’appesantit sur les enjeux du transit pour l’économie burkinabè, parle de la structuration et des difficultés du secteur, évoque les mesures à envisager pour assainir la profession.

Ecodufaso :Qui est Aurélien Somé ? Quel est votre niveau de formation et votre parcours ?

Aurélien SOME : Merci au journal Ecodufaso pour l’occasion que vous nous donnez de parler de notre profession méconnue du commun des mortels. Je suis actuellement gérant de la société de transit et service (STS SARL) commissionnaire en douanes agréé depuis 2006. Je suis titulaire d’un CAP en transit, d’un diplôme d’agent de maitrise en transit et d’un master 2 en GRH. Après mes études, je suis passé par le groupe Bolloré et par la société de transit TRANSICO, comme chef de service transit avant de créer mon entreprise en 2006. Je suis en même temps vice-président de l’association professionnelle des transitaires et commissionnaire sen douane agréés.

En quoi consiste le transit dans la chaine des transports/logistique en général ? Que fait le transitaire au quotidien ?

Le transit fait automatiquement référence à la chaine logistique. Il s’est imposé aux Etats du monde entier pour les opérations d’importation et d’exportation. Le transit est un régime douanier qui permet à une marchandise de quitter un territoire pour un autre avec une exonération des droits et taxes de douane. Beaucoup de ceux qui interviennent dans ce secteur sont vulgairement appelés « transitaires » alors qu’ils ne respectent pas toujours les règles de la profession. Un transitaire est un professionnel. Lorsque vous êtes dans une situation d’importation ou d’exportation de marchandise, le professionnel à qui on donne un contrat peut être appelé transitaire commissionnaire ou transitaire mandataire. Je vais davantage me focaliser sur le transitaire commissionnaire en douane agréé car c’est le métier que j’exerce depuis 2006. C’est une profession organisée, sérieuse et noble encadrée par des textes de référence de l’ UEMOA, de la CEDEAO,… Il n’est donc pas donné à n’importe qui d’aller effectuer une formalité de douane au niveau de l’administration douanière. Au Burkina Faso, la profession est régie par la loi 0392 portant révision du code des douanes du Burkina qui précise en sa section 02 les personnes habilitées à déclarer les marchandises. Pour moi, le mot « transitaire » tel qu’il est couramment utilisé, ne s’adapte pas à notre profession qui est bien organisée et bien structurée. Nous sommes encadrés et par le ministère du commerce de l’industrie et de l’artisanat et par le ministère de l’économie et des finances.

Quelle est la contribution du transit à l’économie du Burkina Faso ?

La convention de Kyoto révisée harmonise les régimes douaniers afin que les différents pays concernés par une opération d’importation ou d’exportation puissent convenir d’un régime qui lève toutes les barrières tarifaires et non tarifaires sur les marchandises transitant entre les différents pays. Si des taxes étaient appliquées à chaque étape de l’acheminement de la marchandise, l’économie allait prendre un coup car la marchandise serait invendable à la destination finale. Pour un pays de l’hinterland comme le Burkina Faso, la situation allait être très difficile. Le transit est un régime suspensif. Mais il y a des cautions de garantie dont les opérateurs économiques doivent s’acquitter pour l’acheminement des marchandises. Dans sa mission fiscale, le régime de transit est fondamental. Les commissionnaires en douanes agréés ont un rôle capital dans cette économie. Cette année, les statistiques des douanes révèlent que les recettes douanières représentent 40% du budget de l’Etat. Cela signifie que nous devons jouer un important rôle dans la mobilisation des ressources car il nous appartient de déclarer les marchandises à la douane afin qu’elle puisse percevoir les recettes. Un commissionnaire en douane agréé a des obligations non seulement professionnelles mais aussi fiscales. Cela veut dire que vous payez des impôts, vous avez des charges qui font vivre l’économie du pays en fonction du volume d’activités que vous exercez. C’est pour cette raison que ceux qui exercent la profession doivent être d’une bonne moralité.

Pour le commun des mortels, un transitaire est un homme immensément riche car il brasse régulièrement des marchés de plusieurs millions… Confirmez-vous ?

Je ne suis pas dans la situation personnellement parce que je ne suis pas immensément riche. Mais ce que je peux préciser, c’est que chaque profession nourrit son homme. Si j’ai choisi d’exercer cette profession c’est parce que je suis convaincu qu’elle me permettra de vivre et de survivre par moment. Cette déclaration nous ramène au débat de ceux qu’on appelle « transitaires ». Aujourd’hui, en nous présentant, parfois nous avons honte de dire que nous sommes de cette profession car elle a été très galvaudée par des pratiques peu orthodoxes. Beaucoup d’acteurs évoluant dans l ‘informel discréditent la fonction. Nos entreprises sont comme toutes celles qui évoluent dans le secteur privé. Je ne crois pas que notre profession mène directement à l’enrichissement. Aujourd’hui, nous nous portons d’ailleurs très mal. Ceux qui exercent la profession sans être en règle ont beaucoup plus de volume de travail parce que les gens se sentent mieux dans l’illégalité. Mais nous ne nous inscrivons pas dans cette dynamique parce que nous avons le souci du développement du pays. Le reproche que nous pouvons faire à certains de nos confrères commissionnaires en douane agrées c’est le fait de faire de la sous traitance avec des individus qui font souvent 1000% de bénéfice car il n’y a aucune charge sur leurs opérations. Notre société et notre association sont formellement contre cette pratique.

Vous travaillez beaucoup avec les banques et les ports. Quelle analyse faites-vous du débat sur la mise en œuvre de la plateforme SYLVIE ? Les transitaires y sont-ils favorables ?

Avec tout ce que j’ai comme connaissances du monde du commerce, de la chaine logistique, des importations et exportations, je pense qu’il faut nécessairement moderniser et faciliter les transactions. Le Burkina Faso ne peut pas se mettre en marge de l’évolution du monde d’autant plus que nous signons des accords et conventions. Nous avons décidé de respecter la loi. Nous sommes donc totalement partant tant en ce qui concerne les réformes actuelles, les mesures mises en application par Cotecna, que la plateforme Sylvie,… Depuis un certain temps, nous avons tendance à dire « plus rien ne sera comme avant ». Les gens pensent que cette phrase s’adresse à quelqu’un d’autre. Le changement doit se faire à tous les niveaux d’autant plus qu’il s’agit de respecter des lois et règlements qui existent depuis 10 ans. Un certain nombre de personnes se complaisent dans des habitudes qu’ils ne voudraient pas abandonner. Ce n’est pas normal. La plateforme Sylvie permet de connecter les documents de pré-dédouanement. C’est très intéressant car ce système permet de réduire les coûts et les délais. Il n y a pas autre chose à recommander que cela.

Aujourd’hui, comment se porte l’association professionnelle des transitaires et commissaires en douane agréés ?

L’association, créée depuis 2003, vit à l’image du pays. Nous devons donc relancer les activités et travailler à assainir notre milieu. Malgré les difficultés, nous restons focalisés sur notre objectif qui est de défendre la profession. Notre partenaire privilégiée est l’administration des douanes avec qui nous avons d’excellents rapports. Aujourd’hui, nous sommes entrain de préparer une Assemblée générale pour laquelle nous ferons de rassembler tous ceux qui souhaitent adhérer à l’association. Il est même question d’aller à un comité de discipline de l’association pour dénoncer les mauvaises pratiques qui ternissent l’image de la profession. Nous envisageons à terme un ordre des transitaires ; ce qui nécessitera une prestation de serment.

Interview réalisée par
A.F. BATIONO
Ecodufaso/ Groupe Ecodafrik

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