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Assurance Maladie Universelle : Bientôt une convention bilatérale ivoiro-burkinabè dixit Dr Yves Kinda, DG de la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie Universelle

Le 24 janvier 2018, le gouvernement burkinabè procédait à l’adoption du calendrier d’opérationnalisation du Régime d’assurance maladie universelle (RAMU). C’est une étape qui a marqué une pierre vers la création de la Caisse nationale d’assurance maladie universelle (CN-AMU). De quoi s’agit -il exactement ? Quel bilan tiré de la mise en œuvre ?   Aujourd’hui, effective, le Directeur Général de la CN-AMU, Dr Yves Kinda, explique tout dans l’entretien qui suit. Lisez plutôt !

 

Ecodufaso.com : Après un moment au poste de Secrétaire technique, vous venez d’être nommé au poste de Directeur Général de la Caisse nationale d’assurance maladie universelle du Burkina Faso. Quel est votre premier ressenti ?

 

Dr Yves KINDA : Pour moi et pour mes collaborateurs, cette nomination est une invitation à persévérer dans le travail d’opérationnalisation de l’assurance maladie universelle conformément à la feuille de route et aux fermes instructions données par Son Excellence Monsieur le Président du Faso, Rock Marc Christian Kaboré.

 

Cela fait quelques années que l’on parle d’assurance maladie universelle au Burkina Faso. De quoi s’agit-il exactement ?

 

L’assurance maladie universelle a pour objectif d’apporter à tous les Burkinabè une protection financière contre les dépenses catastrophiques de santé. Les statistiques nationales montrent en effet que les dépenses de santé constituent l’un des facteurs de basculement dans l’extrême pauvreté dans notre pays. Par conséquent, le Président du Faso a décidé de faire de ce chantier un des objectifs phares de son mandat et c’est à ce titre que l’AMU est inscrite dans le Plan national de développement économique et social. Concrètement, il s’agit pour l’État de garantir à tous des soins de qualité à des prix abordables, sur toute l’étendue du territoire, peu importe le niveau de fortune de chacun ou les besoins en termes d’accès au système de santé. En tant que Burkinabè, je contribue en fonction de mes moyens et j’ai accès à l’AMU en fonction de mes besoins peu importe mon niveau de contribution financière. Les étrangers vivant sur notre territoire ont aussi le droit d’accéder aux services de l’AMU, à condition qu’ils contribuent eux aussi à son financement.

 

Justement, la question pressante que nombreuses personnes se posent, c’est celle liée aux conditions d’accès au RAMU. Qu’en est-il ?

 

Pour avoir accès aux services de l’AMU, il faut remplir les principales conditions suivantes :

 

–         Résider sur le territoire national ;

–         Se faire immatriculer auprès de la caisse nationale d’assurance maladie universelle ;

–         Payer sa cotisation sauf lorsque la loi nous en exonère. Il en est ainsi pour les personnes en situation d’indigence ou de certaines catégories de personnes que l’État s’est d’ores et déjà engagé à subventionner : femmes enceintes, enfants de moins de 5 ans, etc. ;

–         Respecter une série d’autres conditions plus ou moins importantes qui seront expliquées et vulgarisées par la CNAMU dans les prochains mois.

 

Quel bilan peut-on en tirer à ce jour de l’opérationnalisation de ce vaste programme ?

 

La question est pertinente et elle me donne l’occasion de répéter ce que nous disons depuis que les instructions ont été données pour l’accélération du processus de l’AMU. Aujourd’hui, l’AMU existe déjà avec les gratuités des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Car il s’agit bien de la concrétisation d’une partie importante de l’AMU. Opérationnaliser le régime demandant énormément d’investissements financiers, humains et matériels. Le Président du Faso avait décidé dès son élection de commencer la protection financière de la population contre les dépenses catastrophiques de santé en commençant par les catégories les plus vulnérables : les femmes et les enfants. Et cela fonctionne plus ou moins bien depuis bientôt 3 ans. A présent, il s’agit de capitaliser l’expérience des gratuités et d’élargir les bénéficiaires en intégrant les autres catégories de la population. C’est le rôle et la mission de la Caisse nationale d’assurance maladie universelle. Le reste de l’année 2018 servira à finaliser le travail de préparation (immatriculation, fixation du taux des cotisations, recrutement du personnel de démarrage, acquisition du système d’information, conventionnements avec les mutuelles sociales, etc.). Si tout va bien, il nous a été instruit de commencer les premières prises en charge au plus tard en janvier 2019.

 

Vous êtes à la tête de ce vaste programme. Quels sont les grands défis de la Caisse d’Assurance Maladie Universelle au Burkina Faso selon vous ?

 

Les défis de l’AMU sont évidemment très nombreux. Je vais me limiter aux plus sensibles. D’abord, il y a la disponibilité de l’offre de soins et la qualité du plateau technique. De façon triviale, toute personne qui achète un produit espère en avoir pour son argent. La CNAMU va collecter des cotisations et il faut que l’offre de services de santé soit disponible et de bonne qualité. Avec le Ministère de la santé, nous travaillons en étroite collaboration en tirant les leçons de la gratuité des soins. Une convention sera envisagée avec nos collègues du ministère de la santé pour arrimer la demande et l’offre de soins, avec même pour objectif de profiter de l’arrivée de l’AMU pour améliorer la qualité des prestations offertes. Les discussions sont en cours et je suis assez optimiste quant à leur issue.

Ensuite, il y a la gestion des intérêts lobbyistes ou corporatifs, souvent légitimes mais qui, s’ils sont mal gérés ou gérés dans la précipitation, peuvent conduire à l’échec de cette grande politique censée nous survivre à tous. Par ailleurs, je voudrais citer le sujet sensible de la probité, tant au niveau de l’administration de l’assurance maladie que de celui des prestataires de soins de santé.

En outre, il y a évidemment l’adhésion et la discipline populaire. Malgré toute la préparation et les prudences prises dans la conception de l’AMU, on n’est pas à l’abri de surprises lorsque les opérations techniques démarreront. La communication aura ici un grand rôle à jouer afin de mettre les populations en confiance.

Enfin, il y a la problématique du financement. Même si la volonté politique est forte concernant l’AMU et que l’État a pris des engagements financiers importants pour accompagner l’AMU, il reste que les ressources sont fortement limitées. On connait aussi les capacités contributives des populations dont plus de 85% sont dans l’économie informelle. Un des grands enjeux de la CNAMU est de pouvoir assurer son équilibre financier. Les études actuarielles que nous avons réalisées ont permis de dessiner différents scénarios de financement et des instructions gouvernementales ne devraient pas tarder à intervenir en la matière. Une chose importante doit être dite ici : l’AMU est une politique décidée par le Président du Faso pour soulager en priorité les populations les plus vulnérables mais en ayant recours à toutes les sources de financement possible. Il ne faut donc pas tout attendre du Gouvernement. Le succès d’une telle entreprise dépend de l’investissement de chaque Burkinabè non seulement au niveau financier mais même en termes de civisme, de tolérance et de solidarité citoyenne. C’est à cette seule condition que l’AMU nous survivra à tous.

 

Quelles sont les projets à court terme pour garantir un temps soit peu la quiétude des Burkinabè ?

 

Une large campagne de vulgarisation va être lancée et nous irons rencontrer les populations dans leurs milieux de vie afin de les informer et de poser les bases d’une large adhésion à cette politique dont l’importance n’est plus à démontrer.

 

Parmi les nouveaux projets de convention qui seront soumis au sommet du TAC à Yamoussoukro, figure une convention portant sur l’assurance maladie universelle. Que renferme cette proposition ? Et qu’est ce qui est attendu de la partie ivoirienne ?

 

Effectivement, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ont tissé depuis 2016 une relation privilégiée en matière d’assurance maladie universelle et des missions ont même été conduites auprès de nos frères ivoiriens lorsque nous étions dans le processus de conceptualisation de notre RAMU. Au regard de la qualité des échanges que nous avons eus, les deux parties ont souhaité mettre en place un cadre permanent d’échanges sur les problématiques communes que nous rencontrons dans nos politiques de couverture sanitaire de nos populations. C’est cette volonté qui a amené les deux parties à envisager l’inscription du RAMU dans le TAC et à élaborer un projet de convention bilatérale. Nous aurons l’honneur d’accueillir dans les prochains jours une équipe de la Caisse nationale d’assurance maladie ivoirienne pour la finalisation et la signature de cet accord.

 

Merci

Je vous remercie

Entretien réalisé par Balguissa Sawadogo et Sombéwendin Micheline Nanéma

 

Balguissa Sawadogo

Sombéwendin Micheline Nanéma

Ecodufaso.com/Ecodafrik.com

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