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Appui aux entreprises Agro-industrielles : Le Bureau de Restructuration et …

Appui aux entreprises Agro-industrielles : Le Bureau de Restructuration et de la Mise à Niveau (BRMN) un acteur clé

Créé il y a de cela 8 ans le BRMN du Burkina Faso, a vu le jour dans le cadre du Programme régional de restructuration et de Mise à Niveau de l’industrie des Etats membres de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africain, qui s’est inscrit depuis lors dans la dynamique de l’accompagnement des entreprises et plus spécifiquement celles agro-industrielles et en difficulté. Ecodufaso.com a rencontré son Directeur M. Sylvanus Traoré dans l’objectif de mieux connaître ledit bureau, son fonctionnement, les différents programmes dont il a la charge et les acquis engrangés depuis 2007.

Ecodufaso.com : Une brève présentation du BRMN Burkina Faso
Syvanus Traoré : Le Bureau a été créé en 2007 dans le cadre du Programme Régional de Restructuration de Mise à Niveau de l’industrie de l’UEMOA, qui lui-même est un des Programmes mise en œuvre par la Commission de l’UEMOA dans le cadre de la Politique Industrielle Commune de l’UEMOA « la PIC ». Lorsque ce programme a été initié en 2006, la réflexion a tourné autour de l’objectif d’accompagner la mise à niveau des entreprises, pour qu’elles soient plus compétitives. Pour ce faire il a été créé dans chacun des huit (8) pays de l’UEMOA, des Bureaux de Restructuration et de Mise à Niveau. Il faut préciser que le Sénégal et le Mali disposait chacun d’un Bureau de Mise à Niveau créé avec l’appui technique et financier de l’ONUDI et de la Coopération Française. Il a fallu donc travaillé à la création de six nouveaux bureaux dans les autres pays de l’UEMOA qui ne disposaient pas de structures similaires. C’est ainsi que celle du Burkina Faso a été créé en 2007, et le choix stratégique a été fait de le loger au sein de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso, par ce qu’il s’agit d’une structure qui a vocation à accompagner les entreprises du Privé. Les discussions entre les autorités de la chambre consulaire et du ministère en charge de l’industrie ont abouti à ce choix afin de faciliter sa pérennisation.
Pour le démarrage officiel des activités du Bureau, il a fallu attendre le 2 juin 2008, date à laquelle l’ensemble de l’équipe technique chargée de l’animée a effectivement pris fonction dans des locaux et du personnel mis à disposition par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso.
Le Bureau est une structure rattachée du Ministère de l’Industrie du Commerce et de l’Artisanat logée au sein de la Chambre du Commerce et de l’Industrie.

Quels sont les objectifs visés par une telle structure ?

Lorsqu’on créait le bureau en 2007, l’idée c’était d’abord de mettre en œuvre le programme régional, dont la phase pilote ne concernait que le secteur de l’agro-industrie. Dans chacun des pays l’on devrait identifier des entreprises à fort potentiel de croissance et en sélectionner 15 pour bénéficier de l’accompagnement du Programme. Pour le Burkina Faso, nous avions sélectionné pour cette phase pilote, 18 entreprises dont 15 qui ont bénéficié de la totalité du package d’accompagnement (diagnostic stratégique, validation des plans de mise à niveau ou de restructuration, accompagnement technique et financier…) prévu par le Programme.
Chemin faisant, le Gouvernement du Burkina Faso, a dit au lieu qu’on soit dans une logique de mettre en œuvre seulement le programme régional, comme on dit on a besoin dans notre environnement de trouver une structure auprès de laquelle les entreprises quel que soit leurs tailles doivent pouvoir trouver un répondant qui permet de les aider à améliorer leurs performances. Et donc l’objectif principal c’était d’accompagner les entreprises à l’amélioration de leurs performances. Et pour ce faire, on a mis en place donc une équipe avec un organe de direction qui est le comité de pilotage national qui lui décide de quelles sont les orientations qu’on doit donner. Et ce comité est composé à parité de 12 membres, dont six représentants de l’administration publique et de six représentants du secteur privé. La présidence du comité est assurée par un représentant du secteur privé.

Quels sont les principaux programmes actuellement que vous mettez au service des entrepreneurs burkinabè ?

Il y a deux programmes actuellement mis en œuvre par le Bureau de Restructuration de Mise à Niveau. Il y a dans un premier temps le Programme Régional qui est celui qui a été l’élément déclencheur de la création du Bureau. Et puis en 2009, le gouvernement nous a confié la mise en œuvre du Programme de Restructuration des Entreprises en Difficultés qui concerne autant des entreprises privées que publiques, privées qui traversent pour diverses raisons des situations assez compliquées pouvant mettre à mal la continuité de leur exploitation.
Avec les outils qui ont été mis à notre disposition dans le cadre du programme régional avec l’ONUDI et l’UEMOA, nous sommes à même de poser les diagnostics les plus complets des maux dont souffrent chacune des entreprises et aussi faire les prescriptions les plus indiquées pour que les entreprises qui sont en difficultés sortent de la difficulté et envisager autrement leur avenir que le passage par la case fermeture.

De l’installation du BRMN Burkina à aujourd’hui quel bilan pouvez-vous tirez quant à : l’engouement des entrepreneurs burkinabè

Nous n’avons pas vocation à financer la création d’entreprises, ce n’est pas notre rôle. Notre mission est d’accompagner des entreprises qui existent déjà. De fait cela exclut tous les porteurs de nouveaux désireux de trouver des financements pour la création de leur entité économique. Nous considérons qu’il y a d’autres structures aussi bien publiques que privés pour accompagner ce type de situation.
Notre vocation est d’accompagner les entreprises qui existent à améliorer leurs performances qu’elles soient en difficultés ou pas. C’est vrai, notre environnement économique est fait de sorte qu’on a toujours besoin de quelqu’un pour vous aider à avancer.
Comme on dit nous allons régulièrement voir un médecin ou un infirmier pour avoir une prescription par ce qu’on a mal à la tête ou par ce qu’on a mal à la jambe. De la même manière nous considérons que les entreprises ont besoin de ce type d’accompagnement. En termes d’engouement, nous croyons que nous recevons les demandes à la dimension de ce que nous avons comme moyens et ressources. Mais le besoin il est si important, surtout avec la conjoncture économique actuelle qui fait que beaucoup d’entreprises traversent divers types de difficultés et ont besoin d’un coup de pouce pour pouvoir rester non seulement en tant qu’entreprise en continuant de produire et payer les impôts, les salaires des employés, mais qui aussi ont besoin de grandir en créant de nouveaux emplois, en investissant dans de nouveaux équipements. De fait nous essayons dans la mesure du possible d’accompagner ces entreprises en répondant au mieux à leurs besoins.
C’est donc pour nous faciliter le travail que le Gouvernement a mis en place le Fonds de restructuration des entreprises, qui est un fonds dont la dotation initiale a été faite par le gouvernement à hauteur de 7 milliards de F CFA en 2009. Elle nous a permis d’accompagner à ce jour une vingtaine d’entreprises de divers secteurs mais principalement dans le secteur de l’industrie d’abord et quelques-uns dans le secteur du service .
Il faut préciser que nous n’accompagnons pas le secteur du commerce (achat revente)

Du fonctionnement de vos services

Cela fait 7 ans que le bureau existe. En 7 ans, d’une cellule de 4 personnes, notamment le Directeur et deux experts plus l’assistante, nous sommes passé à 11 personnes. C’est vrai que ce n’est certainement pas assez, mais je considère aussi que ce niveau est optimal au jour d’aujourd’hui pour nous permettre de fonctionner, de pouvoir traiter les différents dossiers auxquels nous avons à faire. Durant cette période nous avons toujours bénéficié de l’accompagnement financier et technique de l’Etat, de l’UEMOA, de l’ONUDI et de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso, dont il faut au passage saluer l’engagement technique et financier qui permet aujourd’hui au bureau de rendre d’imminents services aux entreprises industrielles et de service du Burkina Faso. De deux bureaux aujourd’hui on a suffisamment d’espaces pour pouvoir tenir le personnel dans les conditions optimales de travail. En conclusion je dirais que nous avons réussi à poser les jalons d’un bon fonctionnement pour le futur mais 7 ans ce n’est pas assez pour un chantier aussi important.
En termes d’entreprises, globalement au jour d’aujourd’hui on a à peu près d’une quarantaine d’entreprises qui ont bénéficié de notre accompagnement. Et parmi ces entreprises bénéficiaires, 15 ont été concernées par la phase pilote du Programme Régional pour lesquelles on a réalisé des diagnostics, validé des plans, et des entreprises ont bénéficié de primes d’accompagnement pour réaliser des plans, estimé à 700 millions. Les entreprises ont reçu directement à peu près 280 millions et environ 450 autres millions ont été payés aux prestataires externes mobilisés pour les formations, l’élaboration d’outils modernes de gestion et les études. Les primes ont été payées par l’UEMOA qui disposait de la ressource financière dans le cadre de ce Programme. Il y a en outre que 2009, le Programme de Restructuration des Entreprises en Difficulté, que nous mettons en œuvre, a permis d’accompagner 22 entreprises de divers secteurs de l’industrie et des services. Et pour ses 22 entreprises nous avons mobilisé à peu près 9 milliards de francs CFA qui ont permis de financer partiellement ou totalement les plans de restructuration de ces entreprises, et de mobiliser l’expertise nécessaire pour régler les problèmes spécifiques chez chacun des bénéficiaires. Cet engagement de 9 milliards s’est fait sous forme de de crédits pour un plus de 7,5 milliards et le reste des ressources est allé à la prise de participation au capital, à la formation et à la mobilisation des expertises sous forme de subvention.

Comment se fait de manière pratique la sélection des entreprises bénéficiaires à votre niveau ?

Les entreprises s’adressent à nous par elles-mêmes. Suivant le programme sur lequel elles veulent emmarger on s’adressera soit au Gouvernement soit directement au Comité de Pilotage National. Une fois que l’entreprise est inscrite à l’un des programmes, nous faisons ce que nous appelons un diagnostic stratégique. Pour ce faire on va ausculter l’ensemble des fonctions de l’entreprise pour voir là où il y a vraiment les plus grandes faiblesses et proposer un plan de mise à niveau et de restructuration. Dans la démarche le Comité de Pilotage National est au début et à la fin, parce que c’est lui qui au finish va valider le plan d’accompagnement.

Il y a des entrepreneurs et surtout ceux des PME/PMI qui se plaignent de l’absence de financement pour le financement de leurs activités, du à plusieurs raisons. Vu de l’œil de l’Expert financier que vous êtes quelle appréciation faites-vous du « fléau » des entreprises qui naissent et disparaissent faute de financement?

La question du financement des entreprises se posent aussi bien pour la création que le développement de l’entreprise. Il y a plusieurs facteurs qui font que l’on a des problèmes pour faciliter l’accès au financement notamment les questions de réglementation qu’il faut qu’on finisse par régler. Il y a les questions d’analyse du niveau de risque dans nos pays qu’il faut aussi qu’on arrive à analyser et à règlementer. Chez nous quelqu’un qui a pris de l’argent avec une banque ou une institution financière et qui ne payent pas mais qui continue à se pavaner tranquillement qui s’achète des voiture et des maisons et puis il n’y a rien. En Europe si vous êtes en défaut de paiement on vous saisit. La question de la responsabilité de celui qui s’endette se pose à ce niveau. S’il y a des niveaux de risque qui sont moindre l’exigence liée à la garantie sera relativement moindres au niveau de l’ensemble des établissements de crédit ce qui devrait aider à faciliter l’accès au financement. Même si on invente de nouveaux mécanisme et qu’on n’a pas régler la question de la responsabilité des chefs d’entreprise dans la gestion de l’entreprise, rein ne va changer. Pour nous la Gouvernance d’entreprise est l’alpha et l’oméga de la question du financement.

Quelqu’un disait que le problème des africains c’est qu’ils sont plus consommateurs que producteurs. Avec des institutions telles la BRMN qui entends soutenir les entreprises transformatrices, doit-on être optimiste dans un pays comme le Burkina Faso, un pays enclavé?

Le constat que nous avons fait c’est que la principale faiblesse de notre activité industrielle c’est que malheureusement nous achetions des équipements de seconde main, la friperie, les véhicules d’occasion. Mais en fait ce problème a vraiment commencé depuis longtemps avec les industriels qui ont dans leur grande majorité investis dans l’acquisition d’équipements industriels de seconde main. Ces équipements quelques fois sur le plan technologique sont dépassés au Nord et après on fait face à de grosses difficultés pour trouver des pièces de rechanges et un problème de manque de qualification en termes de suivi de la maintenance industrielle. Donc dans le cadre des Programmes que nous mettons en œuvre, les ressources mis à la disposition des entreprises sont destinées exclusivement à acheter des équipements neufs à la pointe des technologies disponibles. Tout cela a permis d’améliorer la qualité de la production, d’améliorer les performances en termes de marge, de coût unitaire et de capacité de production. Ces entreprises se portent très bien aujourd’hui. On en a quelques-unes qui font la fierté du Burkina Faso. Il y a notamment DAFANI, la Filature du Sahel qui sont de bels exemples. Il y a toujours des problèmes, c’est vrai qu’on ne peut pas tout régler, pour lesquels nous en tant que Bureau l’on n’a pas forcément les solutions définitives.
J’ai toujours pris un exemple simple. Vous et moi tous ce que nous portons c’est du synthétique. De la coiffure au bracelet jusqu’aux chaussures. Il n’y a pas de cotonnade dedans. Comment est-ce que vous pouvez comprendre qu’un pays qui est premier producteur africain de coton ne soit pas capable de transformer ne serait-ce que 10% de son coton. Par ce que ce que nous transformons aujourd’hui représente à peine 2% du coton produit localement. Pourtant nous achetons des pagnes, du Bazin, les serpillières, etc. Il y a quelque chose de pas logique. Nous devons réapprendre à consommer ce que nous produisons localement. Maintenant il vrai qu’il y a les prix et la qualité mais notre rôle aussi c’est de travailler à faire en sorte que en améliorant les performances de l’entreprise on peut tirer les prix vers le bas. De plus en plus on a besoin que les burkinabè se tournent vers la consommation des produits locaux. Prenons l’exemple des produits DAFANI, il existe plusieurs grandes surfaces au Burkina Faso qui n’ont pas ce jus dans leurs rayons et qui par contre propose de nombreux jus importés d’Europe et du moyen d’orient. L’autre exemple c’est concernant le sucre. Chacun de nous consomme au moins une fois du sucre dans la journée. Alors qu’on me dise dans le même temps que la principale société et l’unique que nous avons qui produit à peu près la moitié des besoins de notre marché qu’elle ne puisse pas vendre son sucre. Ça ne va pas. Notre challenge c’est de faire en sorte au moins que les entreprises que nous avons qui sont dans la transformation des produits locaux puissent proposer au marché des produits de grande qualité, qui n’ont rien à envier aux produits que nous importons aussi bien sur le plan de la qualité que du prix.

A court termes, quelles sont vos perspectives au Burkina Faso ?

A court termes c’est de pouvoir disposer de ressources additionnelles pour pouvoir accompagner les entreprises qui sont dans notre portefeuille. Il s’agit aussi de voir avec nos gouvernants, qui sont par ailleurs nos mandataires, comment prendre des mesures qu’il faut pour contrôler un peu plus un certain nombre de secteurs, par la mise en œuvre effective de la réglementation nationale qui existe. Maintenant sur des perspectives plus longue c’est toujours travailler à renforcer la capacité des structures comme la nôtre avec l’accompagnement de l’Etat ainsi que d’autres partenaires afin qu’on puisse continuer à apporter aux entreprises l’accompagnement technique et financier dont ils ont besoin.

Entretien réalisé retranscrit par Balguissa Sawadogo

Balguissa Sawadogo
Ecodufaso.com/ Groupe Ecodafrik

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