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Année noire pour l’or noir

Année difficile pour les cours de l’or noir qui ont sensiblement décroché à partir du second semestre.

Avant le pic qui a précédé l’effondrement de Lehman Brothers en 2008, les cours du baril WTI flirtaient avec les 150$. A fin 2008, ce même baril s’échangeait à moins de 50$…depuis, et au bénéficie d’une stabilisation puis d’une reprise progressive de l’économie mondiale, les cours sont repartis à la hausse pour s’adjuger à plusieurs reprises les 100$, niveau atteint dès 2011.

Entre 2011 et 2014, les cours ont oscillé autour de cette zone moyenne des 100$ avec des pics à plus de 110$ et des incursions temporaires en-dessous de 80$. La situation semblait stable au premier semestre de cette année avec un baril à plus de 105$…avant que le décrochage n’intervienne. En l’espace de 4 mois, les cours sont passés de plus de 105$ à…75$ le baril soit près de 30% de baisse en un peu plus d’un trimestre.

Au cœur de cette baisse, les inquiétudes sur la croissance mondiale avec des turbulences marquées dans les pays émergents mais également l’atonie de la zone euro et la perte de vitesse du moteur économique allemand. Dans un contexte où la Chine pilote sa mutation économique en évitant un ralentissement trop fort de son économie, où le contexte géopolitique toujours sensible entre la Russie, l’Union Européenne et les Etats-Unis impacte les perspectives économiques (les sanctions étant maintenues malgré la mise en place d’un cessez-le feu et la signature d’un accord trilatéral sur le gaz), les prix du pétrole ne trouvent aucun soutien.

Le contexte économique et géopolitique n’explique pas tout. La montée en puissance rapide des Etats-Unis dans la production non-conventionnelle (schiste et sables bitumeux notamment) de pétrole change la donne mondiale en créant un afflux majeur de matières premières dans des économies ralenties et rapidement saturée.

Et dans une économie mondiale incapable d’absorber une telle offre, la concurrence entre pays producteurs s’intensifie tirant mécaniquement les cours à la baisse. L’Agence internationale de l’Energie n’anticipe qu’une très faible évolution de la demande en 2015 renforçant ainsi l’absence de tension sur les prix.

Au-delà de l’aspect purement économique, une lecture géostratégique de la situation est également possible. Jusqu’à présent, à chaque baisse sensible du baril, l’Opep réagissait en ajustant sa production à la demande pour soutenir les prix. Mais même en laissant filer les prix à la baisse, la production de l’Arabie Saoudite notamment reste toujours rentable…ce qui n’est pas le cas de plusieurs pays producteurs comme l’Iran notamment mais également comme plusieurs points de production non-conventionnelle aux Etats-Unis. En n’ajustant pas sa production et donc en maintenant les prix sur des niveaux relativement bas sur la durée, cela pourrait contraindre la fermeture de plusieurs sites en Amérique du Nord, limitant les quantités disponibles sur le marché et faisant remonter les prix.

Toujours sur un plan géostratégique, on peut également lire dans la baisse des prix actuelle et dans la volonté des Etats-Unis de maintenir un niveau de production élevé, une façon d’affaiblir l’économie russe fortement dépendante des revenus pétroliers…au même titre que le Venezuela qui a besoin de prix élevé pour conserver la rentabilité des sites de productions. Des prix moins élevés signifient moins de recettes fiscales…

Dernier éléments d’appréciation : une Europe au ralenti bénéficie de la baisse des prix au niveau de sa balance commerciale, facteur de soutien tout à fait appréciable dans la conjoncture actuelle, même si l’inflation en souffre, rendant plus difficile la tâche de la BCE qui s’efforce de faire baisser le cours de la devise européenne pour générer de l’inflation importée notamment.

Dans ce contexte, il est peu probable d’assister à un rebond majeur des cours à court terme. Mais il serait également étonnant de voir les cours baisser au même rythme que les 4 derniers mois…même si plusieurs pays de la péninsule arabique supportent des cours bas, le maintien de la stabilité sociale dans le contexte des printemps arabes nécessite des programmes de financement importants fortement dépendant de l’évolution des cours.

Stéphanie Haerts
Les Experts/economiematin.fr

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