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Angola : vers de nouvelles révocations de licences bancaires ?

Engagé à refaire la santé de son secteur financier, l’Angola a récemment lancé un examen de son écosystème bancaire. Les établissements qui ne répondent pas aux critères de viabilité et d’équilibre financier risquent de se faire retirer leurs licences. Explications.

En Angola, la situation du secteur bancaire inquiète au plus haut sommet de l’Etat, si bien que le président Joao Lourenço n’a pas pu s’empêcher d’aborder le sujet dans son traditionnel discours à la Nation du 15 octobre. Rappelant que « le processus de révision des lois structurantes du système financier angolais est en cours », il a tenu à souligner l’« importance technique » de l’évaluation en cours de la qualité des actifs des banques commerciales actives dans le pays.

La Banque Nationale de l’Angola (BNA) a récemment lancé en effet une sorte d’audit de la qualité des actifs des banques commerciales, sur la base d’un mémorandum signé avec le Fonds monétaire international (FMI) pour bénéficier en décembre 2018 d’une ligne de crédit 3,7 milliards de dollars sur trois ans, en vue de soutenir les réformes économiques. A l’issue de cet audit qui devrait être finalisé à la fin de ce mois d’octobre, les banques considérées comme ayant besoin de se recapitaliser auront jusqu’à juin 2020 pour le faire. Sans quoi, elles perdront leurs licences, selon Jose Massano, gouverneur de la BNA.

« Nous travaillons à l’amélioration de la résilience de notre secteur financier et si certaines [banques] doivent disparaître, alors nous sommes prêts pour cela », a-t-il déclaré hier lundi à Reuters en marge du sommet Afrique du Financial Times qui se s’est clôturé à Londres ce mardi 15 octobre.

Deux banques sont déjà hors circuit

En Angola, la démarche de la Banque centrale est prise très au sérieux, puisque deux établissements en ont déjà fait les frais. Dès la première semaine de 2019, la BNA a révoqué les licences de Banco Mais et Banco Postal, deux banques commerciales qui n’ont pas réussi porter à leur capital et fonds propres réglementaires respectifs à 7,5 milliards de kwanzas (plus de 18 millions de dollars), soit le minium requis désormais. Depuis cet été, Banco Mais tente en vain, via la justice, de récupérer une licence en tant qu’institution financière non bancaire.

« Il y a un réel problème au niveau de la qualité des actifs des banques en Angola. C’est difficile pour le secteur en ce moment parce que le non-performing loans [prêts non productifs, ndlr] représente environ 30 % des crédits des banques. C’est trop pour une économie comme la nôtre ! Ces banques qui ont déjà perdu leurs licences ont disposé de neuf mois pour se recapitaliser, mais elles n’ont pas pu », explique à La Tribune Afrique Carlos Rosado de Carvelho, économiste et professeur à l’Université catholique d’Angola.

Depuis la révocation de Banco Mais et Banco Postal, l’écosystème bancaire angolais compte 26 banques dont six détiendraient 77% des parts de marché, selon une enquête du journal économique local Marcado. Il s’agirait de la Banque d’épargne et de crédit (BPC), la Banque angolaise d’investissement (BAI), la Banque de développement d’Angola (BFA) qui a obtenu d’Afreximbank en septembre une ligne de crédit de 50 millions de dollars, la Banque économique, la Banque Millennium Atlantico (BMA) et de la Banque Internationale de Crédit.

Vers une porte ouverte aux banques internationales ?

Et dans le tissu bancaire local en général, les banques internationales sont très peu nombreuses. Les étrangers qui s’activent encore sur le marché angolais sont Portugais, Britanniques ou Chinois. Les groupes banquiers français travaillent sur le pays dans le cadre de contrats, mais n’ont pas d’entités locales. La visite programmée d’Emmanuel Macron à Luanda en 2020 pourrait jeter de nouvelles bases dans ce sens, puisque depuis le changement du pouvoir en Angola, le pays revient souvent parmi les marchés cibles cités par les investisseurs français. D’autant que dans l’élan de Luanda d’attirer les investisseurs étrangers, les banquiers ne sont probablement pas en reste.

Dans ce contexte, la nomination la semaine dernière d’une ancienne banquière, Vera Daves, en qualité de ministre des Finances, renseigne quelque peu sur l’importance que le pays accorde à son secteur bancaire. Plongé dans une vaste stratégie de relance économique qui implique la privatisation des actifs de l’Etat et une plus grande ouverture aux investissements étrangers, il va de soi que l’Angola a urgemment besoin de banques fortes et robustes pour porter son repositionnement économique.

« Le pays est en crise. Un réel travail de fond est nécessaire. Et dans le secteur, tout le monde attend ce que va donner l’évaluation de la Banque centrale, parce que c’est grâce aux conclusions de cette étude que l’on saura exactement quel est le véritable état de la banque angolaise au sens large », estime Rosado de Carvelho, soutenant que même dans un contexte de forte convoitise de l’Angola par les investisseurs, seul un assainissement de l’environnement peut emmener les banques internationales à concrétiser des projets d’implantation en Angola.

afrique.latribune

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