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Agrobussinessmen : L’accaparement des terres est une bombe à retardement

Le phénomène sévit dans les villages et campagnes du Burkina Faso : l’agrobusiness. Pour des broutilles et profitant de la naïveté et du dénuement des paysans, de « nouveaux riches » se sont accaparés des superficies pharaoniques de terre. Dans un reportage diffusé le 06 septembre 2015 sur la télévision nationale, on apprend par exemple qu’un « agrobussinessman » a pu s’offrir plus de 500 hectares de terre à moins de 400 000 FCFA dans le village de Kation situé sur l’axe routier Sapouy-léo. Il n’a pas payé en liquidité. Il a juste offert une moto. Des structures comme la COPAGEN ou le groupe de recherche et d’action sur le foncier (GRAF) tirent par moment sur la sonnette d’alarme. Mais le mal est profond et nécessite de vigoureuses mesures.

16 juin 2009. Les débats sont houleux à l’Assemblée Nationale. 05 ministres défendent le projet de loi portant régime foncier en milieu rural. Ils sont auditionnés par la Commission des affaires générales, institutionnelles et des droits humains (CAGIDH) chargée de l’examen dudit projet. Pour les membres du gouvernement, la faiblesse des investissements dans le secteur et la multiplication des conflits fonciers sont les principaux maux qui minent l’agriculture burkinabè. A leurs yeux, la nouvelle loi devrait corriger ces insuffisances. Dans le projet de loi, il est indiqué que la terre rurale est un patrimoine de la Nation. En conséquence, sa protection, sa mise en valeur et son exploitation relèvent des prérogatives de l’Etat. Face aux députés qui s’inquiétaient des risques de spéculation et de spoliation des paysans, le ministre de l’agriculture promet que l’Etat mettra tout en œuvre pour permettre un accès équitable aux terres rurales pour l’ensemble des acteurs ruraux sans aucune discrimination. Le projet est par conséquent été adopté avec 92 voix favorables. Ne s’estimant pas convaincu par les réponses de la délégation gouvernementale, des députés de l’opposition votent contre estimant que « La loi sur le foncier rural exproprie les paysans de leurs terres. En revanche, les agrobusinessmen, les riches s’enrichissent davantage du fait du privilège que leur confère la loi de payer des superficies énormes de terre et d’en devenir propriétaires ».

De grandes superficies à peu de frais

Ces députés ont été instruits par les expériences passées. En effet, malgré l’adoption en 1984 des textes portant Réorganisation Agraire et Foncière (RAF) qui a fait l’objet de relecture en 1991 et 1996, l’accès à la terre demeure incertain, particulièrement pour les jeunes et les femmes. L’insécurité foncière constitue par conséquent une des contraintes majeures qui limitent le développement accéléré du secteur rural et la réalisation de la sécurité alimentaire. Il s’en suit des conflits itératifs relatifs à la terre. Chaque année, agriculteurs et éleveurs s’affrontent pour l’occupation et l’exploitation de l’espace rural malgré l’adoption en 2002 d’une loi d’orientation relative au pastoralisme au Burkina Faso. Des conflits opposent également des villages voisins à propos des limites de leurs terroirs ou encore des exploitants ruraux à propos de la propriété des terres cultivées.

Mais le véritable problème, ce sont ces agrobusinessmen d’un genre nouveau qui rêvent de s’accaparer toutes les bonnes terres du pays dans une frénésie sans limites. Dans la nomenclature de l’agrobusiness telle qu’il est actuellement pratiqué, les petits producteurs, expropriés de leurs terres deviennent de simples ouvriers agricoles à la solde des « grands exploitants ». Des quatre coins du pays, on assiste à un processus d’accaparement de grandes superficies de terres dans les villages (plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’hectares) par les élites urbaines. En 2012, une étude de la COPAGEN (coalition pour la sauvegarde du patrimoine génétique africain)a révélé que les régions les plus touchées sont celles du Centre-Ouest (provinces du Ziro et de la Sissili), des Cascades, (provinces la Comoé, Poni, Noumbiel) des Hauts Bassins (Province du Houet), du centre sud (province du Nahouri) et de l’Est (province du Gourma et de la kompienga). Dans ces régions fertiles, presque toutes les réserves de terres sont vendues. Outre la fertilité des sols qui est un élément motivant l’acquisition des terres, la coalition constate que le choix des zones dépend aussi de l’accessibilité des routes, mais aussi de l’attitude de la population autochtone à céder ses terres. Les transactions sont généralement faites de façon illégale avec des promesses qui ne sont généralement pas tenues. Les acheteurs (surtout des nationaux) promettent de construire des forages, des puits, des écoles et dispensaires, des maisons, des lieux de culte, ou d’octroyer des mobylettes aux populations. Certains accèdent à la terre par le simple biais de l’amitié liée avec les paysans autochtones.
La plupart des « nouveaux acteurs » parmi lesquels quelques dignitaires du régime déchu possédant des champs par-ci, des fermes par-là, ne sont pas en mesure de mettre en valeur les superficies acquises. Les objectifs de spéculation foncière ne sont pas absents de leurs stratégies d’accumulation foncière. Ils ont acquis dans les régions propices à l’agriculture, de grands domaines à peu de frais qu’ils prennent le soin de faire borner par les services compétents qui leur délivrent en conséquence des titres fonciers. Aujourd’hui, c’est avec circonspection que les agriculteurs regardent ces « nouveaux acteurs » qui font montre d’un zèle particulièrement débordant. Les risques de conflit sont donc bien réels avec l’appétit vorace des agrobusinessmen. Il y’a donc urgence à agir.

Aimé Florentin BATIONO
Ecodufaso/Groupe Ecodafrik

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